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Premier album de Gaëtan Henrion : la jeune chanson française a encore quelque chose à dire

Gaëtan Henrion a sorti son premier album "Pas si seul" le 8 octobre. Une plume acérée dans l'héritage de la chanson française engagée.

Article rédigé par Jean-François Convert
France Télévisions - Rédaction Culture
Publié
Temps de lecture : 2 min
Gaëtan Henrion (LAETIGRAPH)

Si certains craignaient que la nouvelle scène française risque de s’endormir dans une variété bien-pensante, qu’ils se rassurent. Les héritiers de Brel, Brassens, Renaud, Béranger ou Thiéfaine sont bien là. Dans le sillon de Gauvain Sers qui continue de tracer sa route, d’autres voix émergent comme celle de Gaëtan Henrion qui vient de sortir son premier album Pas si seul (Uni Sons / L’Autre Distribution / Believe) au mois d’octobre. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il n’a pas sa langue dans sa poche ! 

Une plume franche et directe

Le single Avant Qu'on Se Réveille, titre qui ouvre l’album, dresse un état des lieux sans concession de la situation actuelle dans notre pays. Mais plutôt que de se lamenter, Gaëtan Henrion appelle tout le monde à se réveiller sur fond de musique énergique aux accents folk et bluegrass. Et plusieurs textes sont empreints de cette plume critique qui ne mâche pas ses mots. On sentirait presque un appel à l’insurrection dans Fallait pas et son banjo survolté, le JJ Calien Tirer sur la corde, pamphlet anarchiste directement adressé à Emmanuel Macron, ou encore Laissez faire qui évoque une "démocratie de façade".

Les accointances du pouvoir avec le monde de la finance, les dérives du système politique vers la corruption, ou le durcissement des dispositifs sécuritaires, autant de thèmes que Gaëtan Henrion aborde et fustige dans ses chansons.

Gaëtan Henrion (LAETIGRAPH.FR)

Et l’histoire d’Humberto raconte à la première personne la destinée quasiment sans espoir d’un migrant mexicain. Une situation qui fait écho à tous les migrants du monde entier.

Des influences multi-générationnelles

On pense à Saez, Mano Solo et même Noir Désir par la franchise sans détours des paroles, mais sur des musiques qui lorgnent plus du côté d’Yves Jamait ou Sanseverino.

Principalement acoustiques, les arrangements privilégient les guitares et le piano et offrent des ambiances entre folk et jazz manouche. Une atmosphère swing légèrement Django qu’on entend par exemple dans Jenny et justin, ainsi que dans Cérémonie inutile mais cette fois sur le mode valse.

Impossible de ne pas penser à La non-demande en mariage de Brassens en écoutant ce texte. Un hommage évident par une relecture moderne d’un grand classique du poète sétois. Et la filiation avec Tonton Georges ou Renaud transpire dans plusieurs chansons. Car la plume souvent révoltée de Gaëtan Henrion fait aussi la part belle à l'humour. Des litres d’écoles commence par des répliques de Gabin dans Un singe en hiver, et J’aime pas les gens affiche une misanthropie assumée, mais attention, uniquement à l’égard des gens désagréables… "y’en a j’sais même pas pourquoi j’les aime pas, mais c’est sûrement d'leur faute". La mauvaise foi tournée intelligemment en autodérision.

De l’humour, de l’énergie vindicative, de la poésie transgressive, et même un semblant de slam dans un morceau caché à la toute fin du disque, un joyeux parchwork que Gaëtan Henrion présente comme de la "Chanson Française Grésillante". Une musique qui à n’en pas douter va très vite faire bien plus que grésiller. Un artiste à suivre de très près.

La pochette de l'album "Pas si seul" de Gaëtan Henrion (LAETIGRAPH)

'Pas si seul' de Gaëtan Henrion est sorti le 8 octobre chez Uni Sons / L’Autre Distribution / Believe

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