Gauvain Sers à la fois intimiste et social dans "Ta place dans ce monde", son troisième album

Dans son dernier album, "Ta place dans ce monde", sorti le mois dernier, le jeune chanteur creusois croque notre société et quelques-uns de ses travers, mais s'autorise aussi des chansons intimes, tendres, personnelles. 

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France Télévisions Rédaction Culture
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La pochette de l'album "Ta place dans ce monde" (Franck Loriou)

On l’avait découvert il y a bientôt cinq ans en première partie de Renaud. Depuis, Gauvain Sers a fait son chemin. Un premier album Pourvu en 2017, puis un deuxième Les oubliés en 2019, qui confirme le succès. Ce troisième opus Ta place dans ce monde, sorti le 27 août, prolonge la dualité déjà affichée dans les deux précédents : des chansons à fort caractère sociétal, et d’autres dans une veine plus intimiste, le tout sur fond de mélodies ciselées et d’arrangements folk, parfois légèrement pop, mais toujours dans la lignée de la grande chanson française.

Des textes reflets de notre époque

Gauvain Sers a toujours dépeint notre société actuelle. Que ce soit par exemple sur Hénin-Beaumont ou Les oubliés, ses textes mettent à l’honneur les laissés-pour-compte, les anonymes, mais surtout en les situant dans notre environnement social et lié à l’actualité. Ici, le morceau-titre démarre l’album dans la mélancolie et le mal-être généré par la solitude dans notre monde qui a parfois du mal à retisser le lien social.

Et ce sont aussi Les gens de l’ombre, ou ceux En première ligne qui accèdent à la lumière dans les chansons de Gauvain. Des portraits de celles et ceux qui ont vécu la crise sanitaire de plein fouet. Le chanteur leur avait déjà rendu hommage lors du premier confinement en couplant cette chanson avec En quarantaine, au profit de la Fondation Hôpitaux de France

Des chansons plus personnelles

Depuis son premier album et son single phare Pourvu, l’auteur-compositeur originaire de la Creuse s’est dévoilé à plusieurs reprises. Soit sur le ton humoristique, quand il s’agissait de se moquer gentiment de sa moitié Quand elle appelle sa mère, et de ses virées entre potes avec Changement de programme, ou sur une note plus tendre pour effeuiller les souvenirs d’enfance Dans la bagnole de mon père et les années étudiantes passées dans une Petite piaule.

Mais sur cet album, Gauvain Sers va encore un peu plus loin avec une chanson qu’il juge lui-même impudique, et dans laquelle il n’oublie pas que celle à ses côtés "était déjà là" bien avant sa notoriété. Un clip en forme d’ode à la jeunesse et l’insouciance, sur fond de musique à l’ambiance très JJ Cale.

Et dans cette même veine romantico-intime, il signe un petit bijou d’écriture avec Le kiosque, véritable petite nouvelle délicieuse qui nous donne une "claque de tendresse".

Clins d’œil et références

En se présentant comme chanteur creusois à casquette en velours côtelé marron, Gauvain Sers a toujours cultivé l’auto-dérision, la prise de distance, et en même temps les références à ses modèles. Renaud bien sûr, son parrain musical, qu’on pense retrouver ici en filigrane dans L’imprévue. Une chanson qui s’écrit rapidement sur une serviette en papier, avec en plus un banjo dans l’accompagnement… impossible de ne pas faire le lien avec Laisse béton, que le chanteur énervant avait griffonné en quelques minutes dans un bar.

Et quand Sentiment étrange, au sujet de la difficulté d’intégration des immigrés africains, nous interroge sur "Qu’est-ce qui a changé depuis Lily ?", c’est évidemment à la chanson de Pierre Perret que Gauvain Sers fait référence. Pousserait-on même l’analogie avec Ebony and Ivory du duo McCartney-Wonder lorsque l’auteur creusois rêve que "les couleurs de peau se mélangent comme sur un piano" ? Pourquoi pas, si on en juge par les arrangements plus pop sur cet album, avec des harmonies vocales chantées par Gauvain lui-même.

Plus surprenant, l’évocation de Toni Musulin dans Le convoyeur. Certes, celui qui défraya la chronique en 2009-2010 n’est pas distinctement nommé, mais l’histoire contée dans la chanson laisse peu de place au doute. En revanche, les célèbres Spaggiarri et Mesrine, eux, sont clairement cités. Mesrine à qui Renaud avait dédié son album Marche à l’ombre en 1980. Décidément, on y revient toujours. 

Et cette filiation avec Renaud embrasse les influences de toute une chanson française, de Brassens à Cabrel, d’Anne Sylvestre à Tryo, de Piaf à Barbara, où quelles que soient les époques, Paname se retrouve toujours inévitablement au centre des attentions. Si Gauvain Sers a trouvé sa Place dans ce monde, il se pourrait bien que ce soit sur Les toits de Paris.

Mais même lorsqu’au détour d’un texte, il savoure un peu de solitude, le chanteur finit toujours par revenir à l’appel de l’autre, la rencontre des gens. De la légèreté et de la flânerie oui, mais une écriture toujours soucieuse de se recentrer sur l’humain.

La pochette de l'album "Ta place dans ce monde" (Franck Loriou)

"Ta place dans ce monde" de Gauvain Sers est sorti le 27 août et disponible sur toutes les plateformesRetrouvez les dates de la tournée sur le site officiel

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