EN IMAGES. Charles Aznavour intime : le photographe des sixties Roger Kasparian commente ses clichés pour nous

Le photographe Roger Kasparian expose une trentaine de photos de Charles Aznavour à Montreuil jusqu'au 20 octobre. Il nous commente une dizaine de photos.

De Françoise Hardy aux Beatles, de Johnny Hallyday aux Kinks, des Stones à John Coltrane, le photographe Roger Kasparian a immortalisé des dizaines d'artistes français et étrangers dans leur prime jeunesse, celle des années 60. Redécouvert sur le tard, en 2013, alors qu'il était âgé de 76 ans, il n'a cessé depuis d'éblouir en dévoilant ses trésors. Il a exposé à Londres et à New York, et plus récemment à Montevideo en Uruguay avant de s'envoler l'an prochain pour Kuala Lumpur en Malaisie.

Mais de tous les artistes qu'il a visés avec son objectif, Charles Aznavour est un cas à part. En tant qu'Arménien âgé de 13 ans de moins que lui, l'artiste était pour lui un phare. Il a tout fait pour le photographier et n'a jamais arrêté, des années 60 à sa disparition le 1er octobre 2018.

Au studio Boissière de Montreuil, fondé par son propre père Varastade Kasparian, photographe de quartier passé par le Studio Harcourt, Roger Kasparian expose du 10 au 20 octobre une trentaine de clichés en tirage argentique de l'auteur de La bohême. Tous les clichés sont en vente, de 1.500 à 3.000 euros. Le studio Boissière, réhabilité par sa fille Macca, se veut désormais plus qu'un studio photo : un lieu de rencontres et un laboratoire d'art dédié aux artistes émergents et issus des migrations. Un beau projet soutenu par la mairie de Montreuil.

Exposition photos de Charles Aznavour par Roger Kasparian
Du 10 au 20 octobre 2019, entrée libre
Studio Boissière, 268 boulevard Aristide Briand, Montreuil
Samedi 12 octobre, une soirée musicale est prévue et dimanche 13, Roger Kasparian fait visiter l'exposition en personne.

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Charles Aznavour dans les années 60. 
Roger Kasparian : "Au tournant des années 50 et 60, un petit Arménien commençait à faire parler de lui. On l'entendait à la radio. Ses textes et sa musique nous parlaient, à nous les jeunes. Ses chansons évoquaient des choses comme l'ennui des dimanches, les homosexuels, ou l'amour charnel (Après l'amour, qui fut un temps censuré). En tant qu'Arméniens, ça nous remontait le moral. Parce qu'à l'époque, personne ne parlait de l'Arménie et du génocide. Mais lui ne voulait surtout pas être un chanteur de la diaspora. Il voulait être un chanteur français et veillait à ne pas se laisser enfermer dans une case communautaire." ROGER KASPARIAN
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Charles Aznavour avec Charles Trenet et Jean Cocteau, le 12 décembre 1960, après son concert à l'Alhambra.
Roger Kasparian : "Il faisait déjà parler de lui auparavant mais c'est avec ce fameux concert à l'Alhambra que sa notoriété a éclaté. Ce soir là il y avait le tout Paris, avec Dalida, Cocteau et Trenet mais aussi Louis Armstrong et Duke Ellington, accompagnés de leurs épouses." ROGER KASPARIAN
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Johnny Hallyday et Charles Aznavour à Montfort L'Amaury.
Roger Kasparian : "Johnny était l'idole des jeunes et donc un peu mon idole et Aznavour était un phare. Il avait écrit Retiens la Nuit pour Johnny, une très belle chanson qui avait bien marché. Là ils sont à Monfort L'Amaury, c'est la première fois où j'ai fait des photos d'Aznavour. J'étais envoyé en reportage par un journal, Paris Jour je crois. Johnny a habité chez lui pendant un an dans cette propriété où il y avait un manège pour les chevaux." ROGER KASPARIAN
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Charles Aznavour à son piano, dans sa propriété de Montfort L'Amaury au début des années 60.
Roger Kasparian: "Dans cette propriété, il y avait aussi une salle de projection et une piscine. Là, Charles venait de sortir de la piscine, il était encore en peignoir et en tongs. Il était naturel mais très professionnel. Il mesurait le temps qu'il accordait aux photographes et aux journalistes. Lui qui en avait bavé pour percer était conscient de sa réussite.ROGER KASPARIAN
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Charles Aznavour, qui était aussi acteur, se voyait déjà derrière la caméra.
Roger Kasparian : "Durant les tournages, entre les prises (je ne me souviens plus de quel film il s'agit ici), Charles Aznavour jouait aux échecs ou s'intéressait à ce qui se passait, au matériel, il était curieux de tout. Plus tard, on le trouvait toujours avec un appareil photo en bandoulière ou une caméra à la main." ROGER KASPARIAN
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Charles Aznavour dans un studio d'enregistrement au début des années 60.
Roger Kasparian : "Aznavour ce sont ses chansons qui le portaient. Ce n'était ni son physique, ni sa taille, ni sa voix, mais ce sont ses textes et ses musiques qui restaient. Longtemps, d'autres ont chanté ses textes, de Juliette Gréco (Je hais les dimanches) à Johnny Hallyday (Retiens la nuit). Et puis tout à coup on a réalisé que toutes les chansons du moment qui avaient un sens étaient d'Aznavour." ROGER KASPARIAN
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Charles Aznavour sur scène dans les années 60.
Roger Kasparian : "Bien que fils d'immigrés, il maniait admirablement la langue française. Ses paroles étaient très travaillées et très visuelles, on voyait tout de suite une image. Il a même inventé des expressions passées dans le langage courant comme "quelque chose que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître" (La Bohême). ROGER KASPARIAN
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Charles Aznavour devant le poulailler de sa propriété de Mougins, dans les années 60. 
Roger Kasparian : "Des photos d'Aznavour je dois en avoir près de trois mille. Je l'ai photographié dès le début des années 60 puis dès que je pouvais et jusqu'à la fin, à l'hommage national aux Invalides. J'étais là aussi lors de son dernier concert parisien à l'AccorHotel Arena (Bercy) en décembre 2017. A la fin, son fils Nicolas m'avait dit : "Il a tout donné!", ça m'a marqué. ROGER KASPARIAN
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Charles Aznavour assiste, en compagnie d'autres membres de la communauté arménienne, à l'inauguration du Jardin d'Erevan (la capitale de l'Arménie), dans le 8e arrondissement de Paris, le 12 mars 2009.
Roger Kasparian : "A ses débuts, Aznavour ne tenait pas à être catalogué chanteur arménien, mais à partir du moment où il a eu une envergure internationale, il est devenu naturellement une sorte d'ambassadeur de l'Arménie dans le monde." Après le tremblement de terre qui a ravagé le pays en 1988, il crée l'association Aznavour pour l'Arménie et son engagement pour le pays de ses ancêtres ne s'est plus jamais arrêté. ROGER KASPARIAN