Naomi Campbell se bat contre la discrimination sur les podiums

A 44 ans, elle reste l'un des visages les plus connus de la planète mode. La mannequin noire Naomi Campbell revendique le droit au franc-parler, cher à son maître à penser et ami Nelson Mandela, pour dire non à la discrimination dans son milieu.

Naomi Campbell défile pour la hc ah 2013-2014, en juin 2013 à Paris
Naomi Campbell défile pour la hc ah 2013-2014, en juin 2013 à Paris (MIGUEL MEDINA / AFP)
La Britannique d'origine afro et sino-jamaïcaine, qui règne depuis plus d'un quart de siècle sur la Une des plus grands magazines et parfois encore sur les podiums, est revenue, au cours d'un entretien exclusif par téléphone avec l'AFP, sur sa carrière mais aussi sur les responsabilités qui vont avec un tel succès.
Nelson Mandela et Naomi Campbell, février 1998 à Cap Town
Nelson Mandela et Naomi Campbell, février 1998 à Cap Town (ANNA ZIEMINSKI / AFP)
"M. Mandela m'a toujours dit : Il faut que tu te serves de qui tu es pour parler haut et fort de certaines choses", révèle la top modèle. Proche depuis les années 1990 de l'icône de la réconciliation raciale mort en décembre 2013, la star reste marquée par l'héritage immense de celui qu'elle appelait son "grand-père". "Tout n'est pas facile à dire et tout n'est pas aisément acceptable par tout le monde, et tout le monde ne va pas forcément aimer ce que tu dis", se souvient encore la star.

Seule représentante noire sur les podiums

Et ce qu'elle dit, c'est qu'elle "n'aime pas être toujours toute seule sur les podiums" des défilés de mode, seule représentante des mannequins qui ne sont pas blanches. Une tendance de plus en plus marquée jusqu'à peu, selon elle. Certes, dans ses traces et celles de Beverly Johnson, d'Iman puis plus tard de Liya Kebede, les modèles noires Jourdan Dunn, Joan Smalls, ou même Chanel Iman se sont trouvé une place de choix sous le feu des projecteurs. 

Certes, la chanteuse Rihanna et l'actrice oscarisée Lupita Nyong'o, sont deux stars écrasantes de la mode cette année. Il n'empêche. "Quand j'ai commencé ma carrière, il y avait davantage de mannequins de couleur sur les podiums qu'aujourd'hui", estime-t-elle.
Naomi Campbell et Rihanna, juin 2014 à New York
Naomi Campbell et Rihanna, juin 2014 à New York (DENNIS VAN TINE / NURPHOTO)
Pour l'adolescente londonienne, tout s'est enchaîné à une vitesse étourdissante. Repérée à 15 ans, elle défile pour Gianni Versace à 16 ans et entre dans l'histoire en décrochant la première couverture d'une top noire du Vogue France à 18 ans. "J'ai toujours reçu le soutien extraordinaire" de créateurs comme "Yves Saint Laurent, Azzeddine Alaïa, Gianni Versace, Karl Lagerfeld. Ils m'ont tous énormément soutenue au début de ma carrière, j'ai eu beaucoup de chance", confie Maomi Campbell.
L'une des trois grandes des supermodèles des années 1990, avec l'Américaine Christy Turlington et la Canadienne Linda Evangelista, Maomi Campbell réfute avoir souffert de discrimination raciale. "Je ne peux pas vraiment dire ça, j'ai eu ce que j'ai voulu et j'ai pu réussir, grâce à l'aide des créateurs, et je fais toujours des unes de Vogue", affirme-t-elle. 

Soutenir les jeunes mannequins

"C'est pourquoi je me dois de soutenir à mon tour les jeunes mannequins car leur relation avec les couturiers n'est plus la même", explique-t-elle.. Entre-temps, les directeurs de casting ont appris à faire écran, et les mannequins de couleur ont vu leur carrière dépendre de l'air du temps. "Quand on me disait non, je finissais toujours par trouver un autre moyen pour y arriver. Maintenant, c'est un peu différent, parce qu'elles ont peur de parler. Si elles se plaignent, elles ne seront pas bookées". "Il faut aider ces filles, qu'elles soient asiatiques, noires, ou multi-raciales", ajoute-t-elle. 
Naomi Campbell, défilé Julien McDonald ah 2007 à Londres
Naomi Campbell, défilé Julien McDonald ah 2007 à Londres (JOHN D MCHUGH / AFP)
Naomi Campbell s'est associée en septembre 2013 à une initiative mondiale, Balance Diversity, lancée par une figure de la mode new-yorkaise, Bethann Hardison, pour dénoncer le manque de mannequins de couleur au top du métier. "Ce n'est pas un mouvement politique, c'est simplement une conversation", insiste-t-elle. Depuis, "certaines personnes ont pris conscience du problème et essayent d'améliorer les choses". Mais "espérons que ce n'est pas qu'une tendance et que les gens ne font pas cela pour que l'on se taise car on ne se taira jamais".