La célèbre maison Sonia Rykiel liquidée faute de repreneurs

L'entreprise était en difficulté financière depuis plusieurs années. 

Défilé Printemps/Eté 2017 prêt-à-porter de Sonia Rykiel à Paris. 
Défilé Printemps/Eté 2017 prêt-à-porter de Sonia Rykiel à Paris.  (ALAIN JOCARD / AFP)

Le tribunal de commerce de Paris a prononcé le 25 juillet la liquidation judiciaire de la célèbre maison de prêt-à-porter française Sonia Rykiel. La maison n'a pas trouvé de repreneurs, trois mois après son placement en redressement judiciaire en raison de lourdes difficultés financières. Après avoir repoussé à trois reprises la date de clôture pour le dépôt des offres, les juges réunis en audience se sont prononcés pour la liquidation judiciaire immédiate, a constaté une journaliste de l'AFP.


La maison parisienne de prêt-à-porter, en difficulté depuis le décès de sa créatrice emblématique en 2016, avait demandé en avril son placement en redressement judiciaire. Au cours des derniers mois, une petite dizaine de repreneurs avaient manifesté leur intérêt pour la marque. Trois offres, partielles cependant, sortaient du lot : un dossier emmené par Emmanuel Diemoz, ancien dirigeant de Balmain, une proposition émanant d'un groupe chinois et une autre formulée par des entrepreneurs du secteur immobilier. Mais tous ont finalement jeté l'éponge, et les juges n'ont donc eu aucune offre à examiner, selon plusieurs sources concordantes.

Des salariés en larmes

"Cela implique le licenciement des 131 salariés", a commenté, l'avocat des représentants des salariés, Thomas Hollande, à l'issue de l'audience, alors que plusieurs employés, qui avaient fait le déplacement au tribunal, fondaient en larmes à l'annonce de la liquidation. "A présent, la tâche des représentants des salariés va être de négocier les meilleures conditions de départ possibles", a souligné l'avocat.

La liquidation va aussi donner lieu à la vente des actifs, dont le principal est la marque, mais aussi le stock et les fonds de commerce. Nous avons demandé à ce qu'une partie de cet argent puisse servir aux salariés.Thomas Hollande, avocat des représentants des salariés

En 2018, la griffe de Saint-Germain-des-Prés fondée à la fin des années 1960, a enregistré 35 millions d'euros de ventes, pour une perte nette de 30 millions d'euros. Elle s'appuie sur un réseau actuel, en propre, de six boutiques ainsi que quatre "outlets" (magasins de déstockage), et réalise un peu plus de 50% de ses ventes en France.

Sonia Rykiel "avait une poigne"

"C'est comme si elle mourait une deuxième fois", a déclaré Agnès Troublé, créatrice de la marque parisienne Agnès b. "C'est triste, elle a travaillé énormément toute sa vie", continue-t-elle. "C'était une grande dame de la mode, elle avait une poigne. Dior et Saint Laurent c'est du bling bling maintenant, elles n'ont plus l'élégance parisienne qu'elles avaient au départ."


"Il est triste de voir un nom d'une telle notoriété s'éteindre mais il est encore plus fâcheux de voir à quel point certains actionnaires peuvent abîmer" de telles marques, souligne pour sa part l'historien de la mode Olivier Saillard.

En conséquence, je pense qu'il est maintenant temps de considérer avec maturité la fin de certains grands noms et de préserver mieux ainsi les œuvres originales et fondamentales que les fondateurs ont initiées. L'oeuvre de Sonia (...) n'en sera que plus précieuse et grande.Olivier Saillard, historien de la mode

Pour lui, Sonia Rykiel est "une pionnière qui a inventé et ouvert la voie démocratique du prêt-à-porter" qui était à l'origine de nombreux gestes "qui font figure de pivots dans l'histoire de la mode contemporaine". "Les ourlets coupés à vifs, les coutures à l'envers, le déstructuré, le noir omniprésent ont encouragé ensuite plusieurs écoles stylistiques dont celles des Japonais et des Belges", a-t-il conclu.