Karl Lagerfeld et Yves Saint Laurent : deux monstres sacrés de la mode, deux destins

Amis, puis rivaux brouillés à jamais, Yves Saint Laurent et Karl Lagerfeld ont eu des destins croisés et des carrières très différentes, l'un faisant de son nom une marque, le second se faisant un nom en travaillant pour d'autres.

Yves Saint Laurent (en 1984 et Karl Lagerfeld (en 1979)
Yves Saint Laurent (en 1984 et Karl Lagerfeld (en 1979) (AFP)
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Ce qui les rapproche
Le point de départ : ils remportent le concours du Secrétariat international de la laine en 1954. Yves Mathieu-Saint-Laurent, 18 ans, décroche les premier et troisième prix dans la catégorie "robes du soir". Karl Lagerfeld, 21 ans, est vainqueur dans la catégorie "manteaux". Ces deux passionnés de dessin deviennent amis. "C'est le même concours, (mais) pas le même parcours, pas la même vie, pas les mêmes ambitions, pas les mêmes goûts. Mais ce qui n'empêchait pas une vraie amitié", racontait Karl Lagerfeld dans le documentaire Duels, diffusé en 2015 sur France 5.

L'enfance : Ils ont tous deux grandi à l'étranger et sont tous les deux issus de familles aisées.

La mère : ils ont tous deux été très marqués par la personnalité de leur mère.

Mondanités : entre Saint-Germain des Prés et Saint-Tropez, matinées au Flore, dîners à La Coupole et soirées dans les boîtes gays, les deux couturiers aiment sortir chacun entourés de leurs muses et amis. Les deux coteries deviendront rivales. 
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Ce qui les sépare
Les débuts L'un (Saint Laurent) débute chez Dior, l'autre (Lagerfeld) chez Balmain. A la mort de Christian Dior, Saint Laurent est propulsé à la tête de la création de la célèbre maison. Il connaît une ascension fulgurante, tandis que les débuts de Lagerfeld sont moins éclatants. "Yves a triomphé à 21 ans, remportant un succès précoce et incontestable qui ne pouvait que rendre fou son rival", écrivait la journaliste Alicia Drake dans son livre "Beautiful People" ("The Beautiful fall" dans la version anglaise parue en 2006), retraçant les itinéraires des deux créateurs dans les années 1970. Un ouvrage que Karl Lagerfeld a tenté, en vain, de faire condamner en justice au nom du respect de sa vie privée. "Jamais ces deux immenses talents concurrents ne pourront se satisfaire de partager le même plateau. Leurs ambitions sont trop proches pour supporter pareille proximité. Ce destin commun n'a d'autre issue qu'une opposition totale", écrivait l'auteure.

La griffe Si l'un choisit de lancer sa propre griffe avec son partenaire et compagnon Pierre Bergé, l'autre préfère se mettre au service de plusieurs maisons (Chloé, Fendi, Chanel) et revendique sa qualité de couturier "mercenaire". "Le nom au-dessus de la porte, tout ça, je n'y tiens pas beaucoup", disait Lagerfeld dans le documentaire "Duels". Il expliquait ainsi la différence avec Saint Laurent : "A Hambourg, contrairement à Oran, si vous aviez une boutique avec votre nom au-dessus, vous étiez 'out'. C'était une espèce de snobisme qui devait être au fin fond de moi: vous pouviez être industriel, tout ce que vous voulez, banquier, mais pas boutiquier".

Le même amoureux : la rivalité des deux créateurs est aussi amoureuse. Elle se noue autour de Jacques de Bascher, un dandy à la beauté envoûtante et au style de vie décadent. "C'était le diable fait homme avec une tête de Garbo (...) la personne qui m'amusait le plus", décrivait Lagerfeld. Avec ce compagnon, emporté par le sida en 1989, Karl Lagerfeld disait avoir une relation platonique. Saint Laurent succombe aussi au charme du jeune homme, avec qui il partage le goût des substances illicites, contrairement à Karl Lagerfeld qui ne boit pas, ne se drogue pas, ne fume pas. La liaison de Saint Laurent avec Jacques de Bascher ébranle son couple avec Pierre Bergé, qui finit par évincer l'amant.
Jacques de Bascher, Karl Lagerfeld, Helmut Berger au Palace, 1981
Jacques de Bascher, Karl Lagerfeld, Helmut Berger au Palace, 1981 (VILLARD/SIPA)
Le look : sur le plan créatif, si le look Saint Laurent est aisément reconnaissable, Lagerfeld ne s'illustre pas par un style unique, mais par sa faculté à innover, à renouveler sans cesse les silhouettes. "Yves fut mon meilleur ami pendant 20 ans. Yves était l'être le plus amusant et sympathique qui soit (...) A la fin, il n'était plus la personne que j'ai connue", confiait Lagerfeld à Elle en 2008, peu après les obsèques de Saint Laurent, auxquelles il n'avait pas assisté.