Les étudiants de l'Institut français de la mode apportent leur réponse à la pandémie de la Covid-19 à la Paris Fashion Week

Les étudiants de l'Institut français de la mode ont lancé le 1er mars la semaine du prêt-à-porter femme pour l'automne-hiver 2021-22 à Paris. Soigner les angoisses avec des vêtements "câlins", remplir le vide d'une ville sous couvre-feu par des volumes ou revisiter les cauchemars, voici leur réponse à la Covid-19.

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France Télévisions Rédaction Culture
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Les étudiants de l'Institut Français de la Mode ont ouvert la Paris Fashion Week féminine automne-hiver 2021-22 avec une vidéo, le 1er mars 2021 (IFM)

C'est une première : une quarantaine d'étudiants de nationalités différentes de l'Institut français de la mode ont ouvert le 1er mars la semaine du prêt-à-porter féminin pour l'automne-hiver 2021-22, qui se déroule à Paris jusqu'au 10 mars.

Vêtements, chaussures, accessoires ou images : leurs créations ont été mises en valeur dans une vidéo qui a inauguré la Fashion Week, une façon pour la Fédération de la haute couture et de la mode de soutenir ces générations particulièrement touchées par la crise sanitaire. Guérir l'angoisse avec des pulls "câlins", remplir le vide d'une ville en couvre-feu par des volumes ou revisiter les cauchemars : les jeunes ont apporté leur réponse à la pandémie.

"Shining" et "American Psycho"

"Les gens ont été beaucoup plus ouverts. On veut faire en sorte que la mode reste vivante et donner un maximum de chances aux jeunes designers", se félicite l'un d'eux, Clément Picot. La collection avec des vestes aux épaules graphiques surdimensionnées est inspirée des films d'horreur Shining et American Psycho. "J'ai créé ma propre narration de rêve et de cauchemar. C'est l'époque qui suggère cela ainsi que mon univers créatif", explique-t-il.

Entrer dans la cour des grands avec une vidéo, format auquel sont contraintes toutes les marques faute de défilés physiques, ne le dérange pas. "Je pourrai regarder cette vidéo toute ma vie, c'est limite plus personnel". 

Les étudiants de l'Institut Français de la Mode ont ouvert la Paris Fashion Week féminine automne-hiver 2021-22 avec une vidéo, le 1er mars 2021 (IFM)

"Créer un vêtement dans lequel on se sent à l'aise, déstressé"

"Ce n'est pas comme si on n'avait pas d'audience, c'est juste un autre rapport avec l'audience", soutient Lucie Favreau, également en master de l'art à l'IFM. Avec des pulls larges en superposition dégradés bleu-jaune-violet et une "combinaison de chaman" avec des imprimés aux mains guérisseuses, la créatrice a voulu "créer un vêtement dans lequel on se sent à l'aise, déstressé". "J'ai conçu cette collection pendant le confinement, je n'en pouvais plus, j'avais besoin de trouver une échappatoire", raconte-t-elle à l'AFP.

Originaire de Taïwan, Meng Che Chiang signe "une lettre d'amour à Paris" avec des tenues aux volumes exagérés faites de matières neuves ou d'occasion comme des serviettes ou jeans décolorés et repeints. Il est en train d'apprendre le français et il est fasciné par le mot "poubelle", métaphore de sa collection qui "juxtapose le laid et le beau, le vieux et le neuf".

Les étudiants de l'Institut Français de la Mode ont ouvert la Paris Fashion Week féminine automne-hiver 2021-22 avec une vidéo, le 1er mars 2021 (IFM)

Des petites marques qui rêvent d'intégrer le calendrier

Alors que certaines grandes marques boudent le calendrier officiel, des petites rêvent, elles, de l'intégrer, à l'instar du créateur Victor Weinsanto dont la présentation a clôturé la première journée de la Fashion Week. "C'est un signe de crédibilité auprès des professionnels", explique-t-il à l'AFP. Sa collection est dédiée à une "courtisane maîtresse du jeu", "un peu dominatrice" portant un hybride de bomber et de robe corsetée qui s'adapte à sa morphologie. Une collection mise en scène par ses amies danseuses et performeuses.

Des changements "radicaux" pour les grandes maisons

Cette Paris Fashion Week, quatrième depuis le début de l'épidémie de la Covid-19, est plus désorganisée que jamais mais surtout désertée par plusieurs poids lourds.

Dior (le 8 mars) et Louis Vuitton (le 10 mars), maisons appartenant au groupe de luxe LVMH, ont dû changer à la dernière minute les dates de la diffusion de leurs présentations tandis qu'aucune maison de la holding rivale Kering (Saint Laurent, Balenciaga...) n'est sur le calendrier. Saint Laurent a été le premier à annoncer son retrait : son créateur belge Anthony Vaccarello l'ayant communiqué pendant le premier confinement au printemps 2020

D'autres n'ont pas fait d'annonces mais présentent de plus en plus les collections à leur rythme. Hedi Slimane, directeur artistique de Celine (LVMH), a ainsi dévoilé sa collection masculine pour l'automne-hiver 2021-22 début février 2021, en dehors des Fashion Weeks. Dans cette vidéo, des chevaliers modernes en blousons de cuir défilaient sur les remparts du château de Chambord, sur la Loire.

"Tout est remis en question, la taille des collections, la livraison, la façon de présenter", résume Kris Van Assche, créateur belge de la maison française Berluti (LVMH). Sa collection n'a pas été présentée lors de la semaine du prêt-à-porter homme en janvier 2021 à Paris mais va l'être à Shanghai en avril. 

"Je me suis retrouvé avec des usines fermées (...) Mon métier a beaucoup changé". "Le principal talent qu'il faut cocher sur un CV, c'est la flexibilité, la capacité de s'adapter à l'imprévu", souligne le styliste qui n'a jamais connu de changements aussi "radicaux" en 20 ans de carrière. Selon lui, avec la numérisation de la mode et l'impossibilité de toucher les vêtements et de les voir de près, le luxe "perdra la bataille". "La différence avec la mass market va disparaître parce qu'en vidéo, on peut tricher", conclut-il.

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