Fashion Week : les jeunes créateurs engagés pour une mode bonne pour la planète

Alarmés par l'état de la planète, des jeunes talents - présents à la Paris Fashion Week présentant l'automne-hiver 2019-20 - adoptent une façon différente de créer pour limiter le gaspillage et la surconsommation. A côté des marques installées comme Stella McCartney et Vivienne Westwood, d'autres comme Marine Serre, Ottolinger, Savoar Fer et CMMN SWDN cherchent à produire de façon durable.

Marine Serre ah 2019-20, à Paris, en février 2019
Marine Serre ah 2019-20, à Paris, en février 2019 (FRANCOIS GUILLOT / AFP)

Marine Serre : "l'apocalypse peut être positive pour stimuler la création"

La Française Marine Serre a signé l'un des spectacles les plus impressionnants de cette édition automne-hiver 2019-20 avec un défilé décrivant un univers apocalyptique où "les crises écologiques et les guerres climatiques détruisent les restes de la civilisation telle que nous la connaissons". Encagoulées ou protégées par des masques à gaz, les mannequins ont évolué dans des grottes portant des pièces en partie (15%) fabriquées avec des matériaux recyclés. Le vêtement phare de sa précédente collection printemps-été 2019 était la robe du soir confectionnée avec de vieilles couvertures. "L'apocalypse peut être positive pour stimuler la création : des coquilles ou du bois flotté cela ne coûte rien", explique la styliste, lauréate du prix LVMH 2017, qui a vendu en 2018 cinq fois plus de pièces par rapport à sa première collection. "C'est un défi énorme d'être durable (...) recycler de façon correcte et pour que cela ait l'air parfait dans les boutiques".   
Marine Serre ah 2019-20, à Paris, février 2019
Marine Serre ah 2019-20, à Paris, février 2019 (FRANCOIS GUILLOT / AFP)

Ottolinger : "donner une vie à un T-shirt"

La jeune marque berlinoise Ottolinger partage la même philosophie. Les stylistes retravaillent les vêtements existants et les surplus de stock pour créer des pièces futuristes et streetwear. "On ne peut plus justifier toute cette surproduction et la consommation effrénée", rapporte Cosima Gadient, l'une des fondatrices de la marque dans les coulisses du défilé. "Beaucoup a déjà été fait dans la mode. Pour faire quelque chose de nouveau, nous découpons un vêtement et le réassemblons à notre manière", déclare sa partenaire Christa Bosch, en soulignant qu'on peut donner ainsi une seconde vie à un T-shirt ou une veste préférée. "Vous pouvez découvrir des choses étonnantes, la doublure et les coutures qui peuvent vous donner des idée", explique-t-elle à l'AFP. "Vous avez déjà du caractère, une ébauche de vêtement".

Ottolinger ah 2019-20, à Paris, février 2019.
Ottolinger ah 2019-20, à Paris, février 2019. (Christophe ARCHAMBAULT / AFP)

Savoar Fer : 'technique de mamie"

La créatrice suisse Eliane Heutschi, qui présente son travail à Designers Apartment, fait revivre des techniques ancestrales afin de réinventer des vêtements existants pour sa marque Savoar Fer. Après les boutons recouverts, le plissé pli plat, le point de croix et la dentelle aux fuseaux, le thème de cette collection est la "réparation", "considérée comme une technique de mamie, quelque chose de péjoratif" alors qu'il s'agit à ses yeux d'un savoir-faire avec lequel on "peut faire un produit haut de gamme", dit-elle à l'AFP. Pour être écologique, "on fait le maximum à toutes les étapes : on recycle le papier pour les patronage, les tissus... Réparer c'est travailler avec ce qu'on a", raconte-t-elle.

Stella McCartney utilise des tissus recyclés

Certaines marques célèbres militent contre la mode jetable. Stella McCartney a bâti son empire sur l'idée de la mode éthique. La styliste britannique a présenté une collection faite en grande partie de tissus et vêtements réutilisés. La pièce phare de la collection est une robe multicolore confectionnée avec des T-shirts découpés en bandes qui ont été nouées, puis tricotées. Les boucles d'oreille sont inspirées des trombones du bureau. Le défilé mixte, femmes et hommes, a mis en valeur de gros manteaux bordeaux en fausse fourrure, portés avec des bottes Hunter qui, selon Stella McCartney, sont les bottes en caoutchouc les plus durables jamais fabriquées.  
Stella McCartney ah 2019-20, à Paris, mars 2019
Stella McCartney ah 2019-20, à Paris, mars 2019 (Philippe LOPEZ / AFP)

Vivienne Westwood : "nous n'avons pas besoin de tout cela"

Sa compatriote Vivienne Westwood souhaite, elle, aller encore plus loin, en exhortant les gens à cesser d'acheter des vêtements fabriqués de manière conventionnelle. Andreas Kronthaler, son mari d'origine autrichienne, qui conçoit les défilés parisiens, confie à l'AFP qu'il aime créer "des collections énormes". "Mais je ne pense pas que cela corresponde à notre époque. Nous n'avons pas besoin de tout cela". "Je réfléchis maintenant à deux fois avant de m'acheter un autre pull bleu marine, créer ou non une nouvelle pièce". "Ce qui est vraiment durable, c'est de réutiliser ce qui existe déjà ou des sous-produits qui seraient normalement jetés".
Vivienne Westwood ah 2019-20, à Paris, mars 2019
Vivienne Westwood ah 2019-20, à Paris, mars 2019 (Christophe ARCHAMBAULT / AFP)


CMMN SWDN : "déchirez et réparez"

Le couple suédois Emma Hedlund et Saif Bakir, à l'origine de la marque CMMN SWDN, qui était en lice pour le Prix international Woolmark de cette année, invite les consommateurs et les créateurs à trouver "la beauté et le charme" dans les vêtements usés et déchirés. "Comme nous ne fabriquons plus avec nos mains, les vêtements ont perdu leur valeur et sont facilement remplacés", déclare Emma Hedlund à l'AFP. "Pourtant nous avons tous une veste préférée, un T-shirt ou un jean que nous souhaiterions porter à jamais. Nous devons ralentir un peu, réfléchir à ce que nous portons et prendre soin de nos vêtements". Son conseil : "Portez-le, déchirez-le et réparez-le et repeignez-le à nouveau".