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Exposition "Dans l'intimité de Vever, bijoux et objets d'art depuis 1821" : l'histoire de cinq bijoux de la maison de joaillerie Art nouveau

Deux siècles après sa création et deux ans après sa renaissance, dans son showroom métamorphosé en cabinet de curiosité, Vever revient sur l'histoire de sa dynastie de joailliers avec son exposition "Dans l'intimité de Vever, bijoux et objets d'art depuis 1821"
Article rédigé par Corinne Jeammet
France Télévisions - Rédaction Culture
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 5 min
Exposition "Dans l'intimité de Vever, bijoux et objets d'art depuis 1821" dans le showroom parisien de la maison de joaillerie jusqu'au 7 juillet 2023 (Marie Caneva)

La genèse de l'exposition Dans l'intimité de Vever, bijoux et objets d'art depuis 1821, qui dévoile une cinquantaine de bijoux, médailles, photographies, sculptures, dessins et peintures "est venue assez naturellement. Quand on a relancé la maison avec mon frère, il y a deux ans, pas mal de personnes nous ont posé des questions sur l'origine de bijoux, d'objets et de factures Vever. En parallèle des clients et des amoureux de la griffe nous ont demandé si nous allions organiser une exposition. C'est comme cela qu'est née l'idée" explique Camille Vever, sa présidente.

Joaillier installé dès 1871 rue de la Paix à Paris, la maison Vever a connu son apogée au début du XXe siècle grâce à l’audace et à la créativité des bijoux Art nouveau qui enchantent alors têtes couronnées et personnalités de la Belle Époque. Henri Vever a écrit La bijouterie française au XIXe siècle, bible de l'histoire de la joaillerie, encore éditée aujourd'hui et enseignée aux étudiants de joaillerie. Estimé internationalement dans le monde des arts et des ventes aux enchères, Henri Vever remporte au tournant du siècle quatre grands prix aux Expositions Universelles et ses pièces figurent dans les plus grands musées. La maison, fermée en 1982, ressuscite pour son bicentenaire en 2021 sous l’impulsion de la septième génération, Camille et son frère Damien Vever, et les bijoux imaginés par Sandrine de Laage, la directrice artistique. Le renouveau de cette joaillerie, toujours inspirée de l'Art nouveau, est revisité avec l'utilisation de matériaux écologiques pour une maison désormais entreprise à mission. 

L'exposition, dans leur showroom transformé en cabinet de curiosité, s'ouvre sur une frise chronologique débutant en 1821 et se poursuit par la découverte d'une cinquantaine de bijoux, médailles, photographies, sculptures, dessins et peintures. La visite, en petit comité, est gratuite mais sur réservation (du mardi au samedi de 12h à 19h au 9, rue de la Paix). Cerise sur le gâteau, elle est commentée par l'un des deux fondateurs ou quelqu'un de l'équipe Vever. Parmi les pièces présentées, cinq d'entre elles ont retenu notre attention pour leur intérêt historique. Explications de Camille et Damien Vever ainsi que d'Evelyne Possémé, conservatrice en chef honoraire du Musée des Arts Décoratifs à Paris et experte de Vever. Passionnant et touchant.

1 Broche pendentif en or jaune, émail et diamants, 1900

Cette broche-pendentif en or jaune, émail et diamants de 1900 représentant une femme libellule est caractéristique de l’Art Nouveau. (ArtCurial, 2018. Collection privée)

Cette broche pendentif en or jaune, émail et diamants de 1900 représentant une femme libellule est caractéristique de l’Art Nouveau. Elle reprend les 3 F emblématiques : la faune, la flore et la femme. C'est un visage de femme de profil, le regard plongé dans la verdure environnante émaillée et des ailes de libellule orangées dont les nervures s’inspirent des feuillages. Pour Evelyne Possémé, le médaillon de ce pendentif est intéressant car " il est recouvert d'un émail dit mat qui permet de rendre l'aspect de l'épiderme sur le visage de profil de la femme. Il donne ainsi un aspect velouté et naturel au visage dont le relief est sculpté dans l'or. Cette technique de l'émail mat est un rendu privilégié par la maison Vever dans une série de pendentifs presque similaires présentés à l'Exposition universelle de Paris en 1900".

2 Parure de marguerites en or jaune et émail, 1898

Parure de marguerites, en or jaune et émail. En 1898, Marguerite, la fille de Henri Vever fête ses 12 ans. (Courtesy of Vever)

En 1898, Marguerite, la fille de Henri Vever fête ses 12 ans. Pour l’occasion, René Lalique, ami et ancien élève d’Henri Vever, réalise une charmante parure de marguerites en or émaillé. Ces fleurs symbolisent la pureté et l’innocence. "Avec ce talent nous rêverions tous d’avoir le nom d’une fleur !" s'amuse Camille Vever avant d'expliquer : "J’ai retrouvé dans les cahiers personnels d’Henri Vever ses notes à propos de cette commande… C'est aujourd'hui que Marguerite a seize ans ! [… ]Je lui ai donné une garniture de boutons d'or, fleurs de marguerites sur fond d'émail, pour ses chemisettes et ses manchettes. Elle était ravie" indique-t-il dans cette note du 9 août 1898.

3 Broche barrette en platine et diamants, 1920 

La broche « barette »  En platine et diamants de 1920 offerte à Camille Vever présidente de VEVER, 7e génération du nom. (Courtesy of Vever)

L'histoire de cette barrette est touchante ! "Ma grand-mère avait pour tradition d’offrir un bijou à ses petites filles à l’occasion de leur 16e anniversaire… Ainsi, le jour de mes 16 ans, je reçois cette broche Vever, un moment décisif. En ouvrant l’écrin, en lisant aussi mon nom sur celui-ci, je me suis promis de réveiller un jour la maison de joaillerie familiale. Une petite voix qui ne m’a pas quittée ! C’est finalement en 2021, après une expérience professionnelle riche, que je vais faire renaître la belle endormie, aux côtés de mon frère jumeau Damien" se souvient Camille Vever.

4 Étui à cigarettes en or jaune et émail, 1912

L’ étui à cigarettes représentant les passions du gendre d’Henri Vever, en or jaune et émail (1912) (Courtesy of Vever/collection privée)

"Cet étui à cigarettes raconte l’histoire de ma famille. Elle témoigne des passions d'André Mautin, gendre d’Henri Vever et mari de sa fille Marguerite qui a souhaité un étui gravé Vever avec ses passions. Elle reflète aussi les passions des Français au début du XXe siècle. Ainsi, une automobile, une montgolfière, un ballon dirigeable et un avion, les nouveaux moyens de transport… Ses fidèles compagnons : chien, chat, cheval… Ses sports préférés : la chasse, le tennis et pour les soirées, les jeux, carte, billard qui s’accompagnent d’alcool, de cigarettes et cigares" explique Damien Vever, qui a réveillé la maison en 2021 aux côtés de sa sœur Camille

5 Broche pendentif feuillage, 1900

Pendentif Feuillage, Vever, 1900. (A.Aardewerk Antiquair Jewelier)

Enfin, cette broche Art nouveau, réalisée à Paris vers 1900 par Henri Vever, est en or, émail et pierre de lune. Les nervures dorées des feuilles de lierre sont décorées d'un émail plique-à-jour vert tendre et mat. Les baies sont en pierre de lune. "Cette broche illustre le bijou d’art. Sa valeur est liée à la créativité, le travail sur les matériaux, et non pas uniquement à la valeur des gemmes. Ainsi Henri Vever, mon aïeul, - de son pseudo Maud Ernstyl, clin d’œil au "Modern style" - mentionne dans les revues d’art à l’exposition universelle de 1900 qu'il est bien certain qu'une des modifications les plus heureuses - qui aient été faites dans ces dernières années - est précisément ce mélange des pierreries, de l'or, de l'émail et de tous les matériaux plus ou moins précieux qui rendent si riche et si variée la palette du bijoutier" précise Camille Vever.

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