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Trois questions sur le second roman de Harper Lee, cinquante-cinq ans après "Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur"

L'annonce d'un second roman de l'auteure américaine, un demi-siècle après son best-seller mondial, suscite l'enthousiasme dans le monde de l'édition. Et la surprise.

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France Télévisions
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L'actrice Annette Bening (G) et la romancière Harper Lee (D), lors d'un dîner en l'honneur de l'auteure de "Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur" en 2005 à Los Angeles (Californie). (STEPHEN SHUGERMAN / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP)

Alléluia ! Cinquante-cinq ans après la parution en 1960 de Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur, la romancière Harper Lee, 88 ans, publiera le 14 juillet un second roman, intitulé Go Set a Watchman (Va, place un guetteur, citation du livre d'Isaïe, 21.6, selon Le Monde), chez HarperCollins.

1De quoi s'agit-il ?

Ce second roman est un premier roman. Go Set a Watchman a été écrit au milieu des années 1950. Soit avant la publication et l'incroyable succès de Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur (To Kill a Mockingbird en VO), prix Pulitzer 1961 et vendu à plus de 40 millions d'exemplaires en version originale, selon le magazine Vulture (en anglais).

Même s'il en constitue, explique Le Monde, "la matrice", Va, place un guetteur raconte des faits postérieurs à Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur. L'héroïne du roman de 1960, l'adolescente Scout, est devenue une femme, qui vit à New York. Dans le livre à paraître cet été, elle revient dans la ville fictive de Maycomb, en Alabama, où elle a grandi, pour voir son père. Cet homme est l'avocat intègre qui défendait, explique Le Monde"un homme noir injustement accusé du viol d'une femme blanche" dans cette petite ville du sud des Etats-Unis fortement imprégnée de préjugés racistes.

A l'époque, à la fin des années 1950, l'éditeur auquel elle présente le texte de Va, place un guetteur le refuse. La raison ? "Enthousiasmé par les flashbacks dans l'enfance de Scout, il la persuada d'écrire un roman du point de vue de Scout petite", explique Le Monde

2Pourquoi cela soulève-t-il l'enthousiasme ?

La nouvelle a plu aux très nombreux lecteurs de Harper Lee. Selon Vulture, Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur est le roman classique américain du XXe siècle le plus vendu aux Etats-Unis, davantage que Gatsby le magnifique de Scott Fitzgerald. L'œuvre a été adaptée au cinéma en 1962, valant un Oscar à Gregory Peck pour son interprétation de l'avocat Atticus Finch.

Pour Khalil Gibran Muhammad, directeur du centre Schomburg de recherche sur la culture noire de la Bibliothèque publique de New York, cette découverte est aussi rare que précieuse.

"A quelle fréquence l'édition a-t-elle la possibilité de publier une seconde œuvre d'un auteur dont les promesses étaient énormes mais qui n'a jamais pu mener à bien un deuxième projet ?" résume-t-il. Car Harper Lee s'était éloignée de l'écriture, comme écrasée par le succès phénoménal de son premier roman.

3Pourquoi une polémique commence-t-elle à naître ?

Passé l'enthousiasme, un certain scepticisme s'est fait jour dans les milieux de l'édition américaine. Rares étaient les initiés au courant de cette parution et même la romancière, aujourd'hui en maison de retraite, pensait que le manuscrit avait été perdu. Le texte a été redécouvert par son avocate dans un coffre-fort, à côté du manuscrit original du premier roman publié d'Harper Lee.

Certains se demandent à quel point Harper Lee, "très sourde et en train de devenir aveugle", selon Vulture, affaiblie par un AVC en 2007 et endeuillée par la mort, il y a quelques mois, de sa sœur Alice, son avocate pendant plusieurs décennies, a été associée à la décision de publier ce roman.

"J'ai des questions, des interrogations, et je ne suis pas la seule dans ce cas, sur son état de santé, a notamment déclaré Marja Mills, auteure d'un essai sur les sœurs Harper. D'autant qu'elle a confié à des proches qu'elle ne se relancerait pour rien au monde dans la promotion de la parution d'un nouveau livre." L'argument est-il valable ? Harper Lee refuse de parler à la presse depuis plus de cinquante ans, et ne vit pas pour autant, selon Hugh Van Dusen, son éditeur chez HarperCollins interrogé par Vulture, en "recluse".

Fin de la polémique ? Wayne Flint, historien et ami de Lee, affirmait le 3 février à AL.com (Alabama.com) que l'auteur de L'oiseau moqueur "sait exactement ce qu'elle fait en autorisant la publication" de ce nouveau roman qui dormait dans les tiroirs depuis plus d'un demi-siècle. Et, soutient-il, "pas plus tard qu'hier, elle était tout à fait lucide". 

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