"Le goûter du lion" de la Japonaise Ito Ogawa : un roman radieux sur la fin de vie

L'écrivaine japonaise Ito Ogawa aborde avec une grande délicatesse le sujet de la fin de vie, dans un roman solaire.  

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France Télévisions Rédaction Culture
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La romancière japonaise Ito Ogawa, 2022 (MAKIKO DOI-POPLAR)

L'auteure du best-seller Le restaurant de l'amour retrouvé (2008) ou de La papeterie Tsubaki (2016), Ito Ogawa revient avec Le goûter du lion, un roman solaire sur le sujet sombre de la fin de vie, paru le 25 août aux éditions Picquier.

L'histoire : Shizuku, la trentaine, est atteinte d'un cancer à un stade avancé. Malgré son combat acharné contre la maladie, arrive le moment où les médecins lui annoncent qu'elle est condamnée. La jeune femme, sans famille, décide d'aller passer les derniers moments qui lui restent à vivre sur une petite île de la mer de Seto surnommée "l'île aux citrons".

Le jour de Noël, elle est accueillie à la Maison du Lion, un centre de soin palliatif dirigé par une drôle de petite bonne femme qui se fait appeler Madonna. Tout de suite, Shizuku se sent bien, "comme dans un cocon", dans ce lieu où dit-elle, on se sent "comme couvé du regard par un inconnu au visage souriant".

Goûter la vie

Dans cette maison, la jeune femme rencontre les sœurs Kano, maîtresses de la cuisine, un lieu stratégique, mais aussi "Patron", ou "Maestro" et les autres, les pensionnaires de la maison qu'on appelle ici des "invités" et qui peuvent s'ils en ont envie se choisir un autre nom. Elle fait aussi la connaissance de Tahichi, un jeune viticulteur installé dans les environs de la maison, avec qui Shizuku aime passer du temps. Elle l'a rencontré grâce à Rokka, une petite chienne qu'elle a adotpée dès son arrivée à la Maison du Lion, réalisant son rêve d'enfant.

Dans ces derniers moments, Shizuku repense à sa vie, à son enfance heureuse avec son père adoptif, au chagrin d'en avoir été séparée quand il s'est marié. Mais ni ces souvenirs, ni ses douleurs, que la maison s'attache à adoucir le plus possible, ne l'empêchent de profiter de chaque instant de ce qui lui reste de vie, dans une atmosphère baignée de lumière, de beauté et de plaisir.  

La musique, les massages, le dessin, mais surtout les plaisirs de la bouche, chers à la romancière ponctuent la vie de ceux dont les jours sont comptés. Ainsi chaque dimanche, la maison propose un dessert concocté à la demande d'un pensionnaire, "un dessert qui vit dans leurs souvenirs et qu'ils aimeraient manger à nouveau". Le rituel veut que Madonna lise avant la dégustation un texte rédigé par le demandeur, qui raconte ses souvenirs liés à ce dessert. Sont ainsi révélées des tranches de vie, partagées en même temps que le goûter avec les autres pensionnaires de la Maison du Lion.

"Jusqu'à la dernière goutte"

Dans ce roman sur la fin de vie et sur la mort, déployé à la première personne, c'est surtout de vie qu'il est question. Sans éluder les aspects les plus sombres et les plus triviaux de la maladie, la romancière décrit avec une infinie délicatesse ce dernier séjour de Shizuku, et à travers le récit de ce temps compté, c'est toute une vie qu'elle fait défiler sous nos yeux.

Comme le docteur Sabra, que l'on voyait accompagner ses patients vers la mort dans le film De son vivant, d'Emmanuelle Bercot sur le même sujet, Madonna met tout en œuvre, malgré la maladie et l'arrivée imminente de la mort, pour que ses pensionnaires savourent "le délice de la vie jusqu'à la dernière goutte", et se débrouille pour qu'ils fassent la paix avec eux-mêmes et avec leurs proches, "qu'ils rangent leur bureau", aurait dit le docteur Sabra, avant le grand départ.

Tout le monde n'a pas la chance de finir ses jours dans un lieu qui ressemble déjà un peu au paradis, mais en décrivant dans ce roman lumineux un endroit "idéal" pour quitter le monde, la romancière japonaise nous rappelle combien le désir de vie bat jusqu'au dernier souffle quand la douleur est prise en compte, et soulagée, et nous interroge sur la délicate question du traitement des personnes en fin de vie. Un roman doux comme un souffle léger.

Couverture de "Le goûter du lion", d'Ito Ogawa, auût 2022 (EDITIONS PICQUIER)

Le goûter du Lion, de Ito Ogawa, traduit du japonais par Deborah Pierret Watanabe (Picquier, 272 pages, 19 €)  

Extrait :

"Je n'avais plus qu'une envie: me reposer en contemplant la mer. Je voulais dormir d'un sommeil paisible, sans avoir les bras hérissés de tuyaux. C'était ce qui m'avait poussée à choisir la Maison du Lion. Car c'était le seul endroit d'où l'on pouvait voir la mer à chaque minute de la journée. Pourquoi étais-je tant attachée à la mer? Pourquoi pas la montagne, une rivière ou la forêt? Je n'avais pas vraiment d'explication. J'avais simplement l'impression que c'était ce qu'il y avait de plus proche. Du paradis. Mais je pensais avoir fait le bon choix. Car depuis mon arrivée, mon cœur semblait comme protégé, à l'abri d'une enceinte immuable et solide, à l'image de la mer qui entourait l'île." (Le goûter du Lion, p. 20)

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