"Ce matin-là" : l’écriture claire et tendre de Gaëlle Josse se penche sur le burn-out

Gaëlle Josse s’attaque à un sujet en apparence peu attrayant pour le lecteur en ces temps sombres : le burn out et la dépression d’une jeune salariée. Mais avec ses mots simples, sans pathos, elle en tire un lumineux roman.

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France Télévisions Rédaction Culture
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La romancière Gaëlle Josse (LOUISE OLIGNY)

Le nouveau roman de Gaëlle Josse, Ce matin-là, était attendu en cette rentrée d’hiver 2021. L’histoire de Clara, 35 ans, victime d’un burn out, et sur le chemin de la rédemption, est touchante et universelle. Ce court roman, d’une justesse remarquable, est dans la droite ligne des ouvrages qui ont installé Gaëlle Josse dans le paysage littéraire français, comme Une longue impatience, ou Le dernier gardien d’Ellis Island, qui avaient reçu plusieurs prix. Ce matin-là, de Gaëlle Josse, est publié le 7 janvier 2021 aux éditions Notablia.

L’histoire : Un matin, la voiture de Clara ne démarre pas. Un moteur en panne, et c’est toute la vie millimétrée de la jeune femme qui va se gripper. Clara est une battante. A 35 ans, elle possède en apparence tout ce dont on peut rêver : un travail bien payé avec des responsabilités, un appartement agréable, un amoureux attentif, et des parents certes un peu envahissants, mais préoccupés par son sort. Sauf que parfois, les apparences ne suffisent pas. Un matin donc, quand la voiture ne démarre pas, Clara se retrouve incapable d’appeler un garagiste, de prévenir son travail, voire d’envoyer un simple SMS à son compagnon. Elle s’effondre, son corps s’effondre, et plus rien ne suit. Le néant.

Des situations qui sembleront familières à beaucoup 

Avec ses mots simples et francs, Gaëlle Josse convoque la vraie vie sur une page blanche, et nous raconte toutes les étapes du burn-out par lesquelles passe son personnage, comme si nous étions à ses côtés. Des situations qui sembleront familières à beaucoup : "Inquiète de ne plus avoir de nouvelles depuis plus d’une semaine, inquiète des SMS et des messages vocaux restés sans réponse, sa mère a fini par la joindre. J’ai appelé ton bureau, on m’a dit que tu es malade. Mais pourquoi tu ne m’as rien dit ? J’avais l’air de quoi, moi, de ne même pas être au courant ? Je suis ta mère, quand même ! (…) Tu travailles trop, je te l’ai dit cent fois, et ton père est de mon avis, mais tu ne veux rien entendre. Et si tu venais à la maison ? Ça te ferait du bien, et on serait contents de te voir. Clara écoute la litanie des arguments."

Clara, c’est un peu la fille d’à côté. On pourrait être elle, elle pourrait être nous. Et Gaëlle Josse, de ses mots délicats et sans tralala, de nous prendre par la main et de nous emmener dans l’univers ordinaire de la dépression qui suit un burn-out. Sans pathos, presque comme une opération au scalpel, on passe avec son personnage par toutes les étapes du naufrage, avec l’accostage qui suit, et puis, la lente reconstruction. 

Retrouver la lumière 

Un récit universel de nos sociétés modernes, qui a le mérite d’interroger sans en avoir l’air nos choix personnels, nos désirs, et les fausses routes que l’on fait parfois, ainsi que les moyens de sortir du labyrinthe pour retrouver la lumière. Gaëlle Josse est venue à l’écriture par la poésie. Depuis, elle s’est fait un nom sur la place littéraire, et a reçu plusieurs prix pour ses précédents romans qui ont marqué le public. Ce matin-là est son huitième roman, écrit d’une même poésie douce que les précédents, faits de mots simples et justes dont l’agencement fait mouche.

"Ce matin-là", paru le 7 janvier 2021 aux éditions Notablia, 224 pages, 17€.

Couverture de "Ce matin-là", de Gaëlle Josse (Editions Notabilia)

Extrait : "Elle raconte une fois de plus le trop-plein de demandes, la brutalité des injonctions, les objectifs impossibles à atteindre, les phrases qui blessent lâchées dans les couloirs, hors témoins, les faux sourires pendant les réunions, les contrôles à tout moment, la froideur des mails, leurs contenus glaçants à l'écran, le téléphone de fonction qui vous poursuit le soir encore, et aussi pendant les vacances, les rivalités entretenues ou provoquées, la défiance qui s'installe, le toujours plus et le jamais assez. 
Elle parle du temps impossible à dilater, à suspendre, l'aiguille de la montre qui court trop vite, en retard, en retard, comme le lapin d'Alice, et les tâches, les rendez-vous qui s'accumulent, les contrôles qui se multiplient. Elle parle du mépris envers les clients qu'il faut pressurer et elle dit qu'elle ne peut plus. Elle raconte les weeks-ends englués dans l'insomnie et le trop de sommeil, les dimanches soir qui commencent de plus en plus tôt, au réveil parfois. Elle parle des kilos perdus et de l'impossibilité de se nourrir. Cette impression qu'elle a de rejouer la même scène, d'un médecin à l'autre, et elle se demande si ça va être comme ça, sa vie, raconter son histoire, et la raconter encore pour qu'on soit bien sûr qu'elle va mal." 

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