"Quand tu écouteras cette chanson" : Lola Lafon dans la chambre d'Anne Frank pour se confronter au tragique et à sa propre histoire

L'autrice a passé une nuit dans le musée de la maison d'Anne Frank à Amsterdam où l'adolescente allemande a vécu recluse pour échapper aux nazis. Elle raconte cette expérience très forte mais aussi les résonances avec l'histoire de sa propre famille. 

Article rédigé par
Radio France
Publié
Temps de lecture : 3 min.
L'écrivainde Lola Lafon, le 5 octobre 2020. (JOEL SAGET / AFP)

Lola Lafon avait eu l'idée d'écrire sur Anne Frank avant que les éditions Stock ne lui proposent. Mais à la veille du grand départ pour Amsterdam où se trouve le musée consacrée à la mémoire de l'adolescente juive allemande, elle tombe malade. Nous sommes en 2020, en plein confinement et l'autrice de Chavirer est sans doute gagnée par le vertige de ce qui l'attend : "J'avais très peur, mais en fait, ce n'est pas pour moi que c'est terrible. Ce qui est terrible, c'est l'histoire. J'ai eu la chance de rencontrer par Zoom non seulement le directeur du musée mais Laureen Nussbaum, la dernière personne en vie à avoir connu les Frank et qui est devenue une spécialiste du journal."

"Ce qui m'a bouleversée, ce sont les traces de vie"

Après ces conversations qui la rassurent, Lola Lafon fait le voyage et passe bel et bien la nuit dans ce qu'on appelle "l'annexe", cette cachette où Anne Frank a vécu recluse avec sa famille entre 1942 et 1944 avant d'être arrêtée par les nazis et déportée. Deux années de clandestinité que la jeune allemande racontera dans son célèbre journal. "Moi, ce qui m'a bouleversée, ce sont les traces de vie, tout est vide, raconte Lola Lafon. Et puis pourtant, à un moment donné, je vois un petit rectangle de papier peint encadré. Et quand je m'approche avec la lampe de poche, je vois les traits de crayon que Otto Frank, le père, a tracé de la croissance de ses filles."

Dans Quand tu écouteras cette chanson, qui fait partie de la collection "Une nuit au musée", Lola Lafon a voulu décrire comment, avec le temps, Anne Frank est devenue un symbole presque abstrait. Un personnage que l'on découvre à l'école mais "qu'on oublie", selon les mots de l'autrice, une fois adulte. Elle s'intéresse aussi à la façon dont son histoire tragique a été embellie voire effacée par Hollywood et Broadway : "L'adaptation du journal dans les années 1960 était faite consciemment pour plaire au plus grand nombre. C'était une époque ou au nom de la réconciliation, on ne voulait pas entendre parler des camps de concentration."

"Le journal d'Anne Frank a été découpé, j'ai envie de dire massacré, parce qu'on ne peut pas enlever la terreur qu'elle exprime. On ne peut pas retenir d'elle simplement cette petite photo souriante".

Lola Lafon

à franceinfo

S'intéresser à Anne Frank et à son histoire permet aussi pour la première fois à Lola Lafon de parler d'elle-même dans un livre, de sa propre judéité, des membres de sa famille morts à Auschwitz. Et de son enfance en France lorsqu'elle préférait alors occulter cette tragédie historique et familiale : "Je ne voulais pas prendre en charge cette histoire-là. Finalement, mes grands-parents, venus de Russie, de Pologne, qui ont fui l'antisémitisme pour venir en France, ils se sont trouvés de nouveau pourchassés. La réalité de ce que j'ai vu dans la génération de mes grands-parents, c'est une anxiété immense."

Avec Quand tu écouteras cette chanson, Lola Lafon redonne sa place à la véritable histoire d'Anne Frank et de sa famille. L'écrivaine nous parle aussi de sa propre existence donc, ou encore de l'exercice d'écriture. Elle rend hommage à la jeune fille en tant qu'autrice - Anne Frank n'ayant jamais vraiment bénéficié de ce statut. Lola Lafon évoque aussi un ami du lycée, tué avec sa famille par les Khmers rouges cambodgiens. Une façon de nous dire sans doute que les génocides ne sont pas forcément si éloignés que cela dans le temps.

Prolongez votre lecture autour de ce sujet

tout l'univers La rentrée littéraire

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.