"Qui a trahi Anne Frank ?" : nouveaux rebondissements après l'enquête d'un ancien agent du FBI

Une nouvelle enquête parue dans un livre "Qui a trahi Anne Frank ?" incrimine cette fois un notaire juif. "Des dizaines de personnes ont été la cible de ces hypothèses", observe Iannis Roder, responsable des formations au mémorial de la Shoah.

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Radio France
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Photo du passeport d'Anne Frank posé sur des cahiers de son journal qu'elle écrivit dans les combles de la maison d'Amsterdam où elle est restée cachée avec ses parents de juin 1942 au 4 aoùt 1944, avant d'être déportée au camp de concentration de Bergen-Belsen. (DESK / ANP / AFP)

Le 1er août 1944, un sous-officier SS, des policiers allemands et néerlandais découvrent derrière une étagère l’entrée des pièces où Anne Frank et sa famille se cachaient depuis deux ans et trois mois. Pour tous ceux qui se sont penchés sur l’événement, ils ne sont pas tombés par hasard sur cette étagère, il y a eu dénonciation. Mais après deux enquêtes de la police néerlandaise (en 1948 et 1963), cette trahison est devenue la plus vieille affaire classée des Pays-Bas. Or, une nouvelle enquête consignée dans un livre, Qui a trahi Anne Frank ? de l'auteure canadienne Rosemary Sullivan, désigne un nouveau coupable dans ce cold case historique de presque 78 ans : un notaire juif. "Attendons de voir les résultats de cette enquête, attendons de lire ce livre", a appelé prudemment Iannis Roder, responsable des formations au mémorial de la Shoah et professeur d'histoire-géographie dans un collège à Saint-Denis, mardi 18 janvier sur franceinfo. 

>> En 2015, une femme avait été désignée comme celle qui avait trahi les Frank.

Après six ans d'enquête, une trentaine d'experts, dont un ancien agent du FBI, sont arrivés à un nom : Arnold Van den Bergh. C'est lui, selon eux, qui a trahi Anne Frank et sa famille, en révélant l'adresse de l'appartement clandestin dans lequel ils vivaient cachés. Notaire et membre du conseil juif chargé d'organiser la déportation pour les nazis, on sait aujourd'hui qu'il s'est vu retirer son autorisation spéciale lui évitant, à lui et aux siens, la déportation un peu avant l'arrestation des Frank. C'est une lettre anonyme reçue à son retour d’Auschwitz par Otto, le père d'Anne Frank, seul survivant de la famille, qui le désigne comme principal suspect. Une copie de cette lettre a été retrouvée dans un carton chez un ancien enquêteur néerlandais par Vincent Pankoke, un retraité du FBI. Grâce à l’intelligence artificielle, ils ont recoupé des dizaines de milliers d’éléments, d’arrestations, de dénonciations, de collabos, de SS. Ils ont même enquêté sur la totalité des résidents du pâté de maisons au milieu duquel se trouvait la cachette d’Anne Frank. Ils sont arrivés à quatre suspects principaux dont trois ont été éliminés.

"Il faut surtout recontextualiser les choses"

La petite-fille d'Arnold Van den Bergh, encore vivante, ne commente pas et les responsables du musée de la Maison d'Anne Frank appellent également à la prudence. "Il y a eu beaucoup d'hypothèses sur l'arrestation d'Anne Frank, de cette jeune fille et sa famille qui se cachaient dans cette annexe à Amsterdam, des dizaines de personnes ont été la cible de ces hypothèses", a pointé Iannis Roder. "On a même émis l'hypothèse qu'elle n'avait jamais été dénoncée", a ajouté le professeur d'histoire-géographie selon qui, Anne Frank est une "icône, ingénue, naïve et douce" qui "montre l'absurdité du nazisme qui cherche des gens qui ne sont coupables de rien, si ce n'est d'exister".

>> Anne Frank est morte du typhus à Bergen-Belsen en 1945.

Pour Iannis Roder, "il faut surtout recontextualiser les choses", car "ce sont les nazis qui ont mis les juifs en Europe dans une situation absolument abominable, où parfois ils devaient choisir entre la vie de leurs enfants et la vie des enfants du voisin ou du voisin lui-même". "Qui aurait réagi autrement ?", s'est-il interrogé tout en insistant sur la nécessité de "ne pas détourner la culpabilité et la responsabilité qui est celle des nazis, pas celle des juifs". "Ce sont les nazis, les responsables, il ne faut pas détourner cette culpabilité", a-t-il conclu.

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