La mort du négationniste Robert Faurisson

Robert Badinter l'avait qualifié de "faussaire de l'Histoire". Le négationniste français Robert Faurisson, connu pour ses thèses contestant le génocide des juifs, est mort dimanche soir à 89 ans à son domicile de Vichy, a-t-on appris lundi auprès de sa sœur et de son éditeur. Réagissant à sa mort, Serge Klarsfeld a estimé qu'il avait "involontairement" aidé au travail de mémoire sur la Shoah.

Robert Faurisson au Tribunal Paris le 21 juin 2016
Robert Faurisson au Tribunal Paris le 21 juin 2016 (Thomas Padilla / MaxPPP)
"Robert Faurisson revenait d'Angleterre quand il s'est écroulé dans son couloir dans sa maison de Vichy", a déclaré à l'AFP Yvonne Schleiter, sa sœur. Son éditeur Akribeia a également confirmé à l'AFP le décès de l'universitaire plusieurs fois condamné pour ses thèses.

Ancien professeur de littérature de l'Université de Lyon, Robert Faurisson avait fait face à une cascade de procès après que ses thèses eurent été publiées dans la presse, fin 1978, déclenchant une tempête de protestations indignées chez les victimes de la Shoah et dans toute la société française et européenne.

La Shoah, "l'un des événements les plus connus du monde" grâce aux négationnistes, souligne Klarsfeld

"Il était un des pionniers du négationnisme. Ce qu'il écrivait était pour moi répulsif, agaçant, douloureux", a déclaré à l'AFP Serge Klarsfeld, célèbre chasseur de nazis et historien de la déportation à propos de Robert Faurisson. "Les négationnistes ont rendu un grand service involontairement : ils ont fait comprendre au monde juif et au monde scientifique qu'il fallait un grand travail universitaire à travers le monde occidental pour pouvoir écrire chaque page de la Shoah d'une façon très précise", a ajouté le président de l'association des Fils et filles des déportés juifs de France.

Pour l'inlassable militant de la connaissance de la Shoah, "l'aiguillon qu'a constitué l'ignoble littérature de Faurisson" a permis que "la Shoah soit un des évènements les mieux connus du monde". "Le résultat du négationnisme, c'est qu'il y a des dizaines de centres sur la Shoah à travers le monde (...), où des centaines de millions de documents sont rassemblés", a développé Serge Klarsfled, évoquant les nombreuses thèses ou encore les milliers de publications sur le sujet.

Faurisson niait l'existence des chambres à gaz

Chef de file controversé du courant négationniste français, niant l'existence des chambres à gaz dans les camps de concentration nazis, il soutenait que le génocide des juifs par les nazis était un mensonge destiné à récolter des dommages de guerre et que les déportés sont morts de maladie et de malnutrition. Faurisson contestait aussi l'authenticité du Journal de la jeune juive néerlandaise Anne Frank.

Robert Faurisson avait perdu un procès en 2007 contre Robert Badinter qui l'avait qualifié de "faussaire de l'Histoire". Cet homme pour qui les fours crématoires d'Auschwitz et de Birkenau sont "une tromperie" et le "plus gros mensonge du XXe siècle" était la dernière figure du négationnisme connue du grand public après le décès de Roger Garaudy en 2012.

Né le 25 janvier 1929 en Grande-Bretagne, d'une mère écossaise et d'un père français, aîné de sept enfants, Robert Faurisson connaît une enfance plutôt malheureuse et une éducation stricte. Agrégé de lettres, il exerce d'abord dans le secondaire où il a la réputation d'être un enseignant brillant mais aussi caractériel et violent. Il se penche sur l'histoire de la Shoah dès les années 60.

Il se voulait "le maître à penser du négationnisme mondial"

Faurisson enseigne ensuite à l'université Paris III puis à partir de 1973 à l'université Lyon II. Celui qui se veut "le maître à penser du négationnisme mondial", commence alors à diffuser ses idées dans les cercles universitaires puis dans les médias.

En 1978, il fait parler de lui en publiant dans Le Monde une lettre tribune intitulée "le problème des chambres à gaz ou la rumeur d'Auschwitz". La polémique enfle. Il ne peut plus exercer normalement ses cours et se consacre alors à l'enseignement à distance.

Il sera l'objet de plusieurs agressions, dont une près de son domicile à Vichy (Allier) en 1989 par plusieurs membres d'une association baptisée "Les fils de la mémoire juive", qui le conduira à l'hôpital.

Auto-proclamé anti-sioniste, il reçoit le soutien de l'Iran et se rapproche de Dieudonné

Au début des années 1980, son discours négationniste prend un tournant politique. Il attire autour de lui une nébuleuse d'anciens écologistes, de militants d'extrême gauche ou d'extrême droite. Il se proclame anti-sioniste : une position qui lui vaudra le soutien de l'Iran où il devient une figure intellectuelle. En 2012, il reçoit du président Mahmoud Ahmadinejad le premier prix honorant "le courage, la résistance et la combativité".

Cette consécration le rapprochera également de l'humoriste Dieudonné. Ce dernier suscite la polémique en l'accueillant en décembre 2008 sur la scène du Zénith de Paris pour lui remettre un "prix de l'infréquentabilité et de l'insolence" par une personne déguisée en déporté juif. En mars 2011, la cour d'appel de Paris a condamné Dieudonné à 10.000 euros d'amende pour "injures" à caractère raciste à la suite de propos tenus lors de ce spectacle.

"L'apparition de Faurisson au Zénith coïncide avec le renouveau de l'antisémitisme arabe et un contexte tendu autour d'Israël", explique l'historienne Valérie Igounet, citée par l'AFP.