L’auteur, dessinateur et illustrateur strasbourgeois Tomi Ungerer est mort dans la nuit de vendredi à samedi, à Cork, en Irlande, au domicile de sa fille Aria. Il a été retrouvé le matin, à 9 h, dans son lit.Reportage France 3 Alsace : O. Stephan, I. Hassid-Guimier L’artiste âgé de 87 ans était encore en pleine activité il y a quelques semaines, comme le rappellent les Dernières Nouvelles d'Alsace, et envisageait encore des projets à mener.Une enfance marquée par la guerreTomi Ungerer est né en 1931 à Strasbourg. Il devient orphelin de père alors qu'il n'a que 4 ans. Pendant la guerre, alors que l'Allemagne annexe l'Alsace, l'usine familiale, une horlogerie, est réquisitionnée et les écoles "germanisées". Tomi Ungerer subit l'endoctrinement nazi à l'école.A la maison sa mère continue à parler français à ses enfants malgré l'interdiction des autorités allemandes. "Français à la maison, Alsacien dans la rue, et Allemand à l'école", dira-t-il plus tard.Cette enfance marquée par la guerre, on la retrouve dans ses histoires pour les enfants, notamment dans le bouleversant "Otto" (L'école des Loisirs), qui à travers le destin d'un ours en pluche né en Allemagne, raconte la déportation, la violence et les déchirements de la seconde guerre mondiale. VoyageurTomi Ungerer n'était pas un élève modèle "J'étais timide, complexé, alors il fallait toujours que je parle fort, que je me fasse remarquer", disait-il. Il rate son bac et décide de partir sur les routes, jusqu'à la Laponie. En 1952, il s'engage dans les méharistes d'Algérie, est réformé en 1953. A son retour, il décide de s'inscrire à l'école des Arts décoratifs, mais il est renvoyé pour indiscipline. Il repart sur les routes d'Europe ; Islande, Norvège, Grèce, Yougoslavie et travaille aussi comme publicitaire.En 1956, il s'embarque pour New York, les poches vides, mais ses cartons à dessin sous le bras. Outre-Atlantique il se met à travailler pour des journaux prestigieux comme le New York Times, le magazine Life. Il se fait connaître avec des affiches contre la guerre du Vietnam et ses dessins pour adultes. Il épouse en 1971 Yvonne Wright, avec qui il s'installe au Canada, puis en Irlande, où il a vécu jusqu'à la fin de sa vie.Un homme engagéTrès marqué par la guerre, Tomi Ungerer s'est toute sa vie engagé dans des combats pour la paix, contre la ségrégation raciale, contre la guerre au Vietnam,contre le nucléaire, et jusqu'à l'élection de Donald Trump. Cet auteur polyglotte travaillait aussi bien en français qu'en anglais ou en allemand et il a toujours été un fervent défenseur de l'Europe. Affiche Black Power/White Power, Tomi Ungerer, 1967 (United States Washington. Library of Congress Archives Snark) (Archives Snark / Photo12 / AFP) Et pas que pour les enfantsTomi Ungerer n'a raconté des histoires qu'aux enfants. Entre les "Trois brigands" et le visage rond de "Jean de la Lune", il a aussi dessiné les maîtresses dominatrices vêtues de cuir et des grenouilles aux mines réjouies pratiquant le kamasutra. Il scandalisa le monde anglo-saxon en passant de l'univers des livres pour enfants aux dessins érotiques en publiant en 1969 "Fornicon", qui décrit en dessins la mécanisation de la sexualité. Tomi Ungerer, « Sophisticated », dessin pour America, 1974. Crayon gras et encres de couleur. Collection Musée Tomi Ungerer – Centre international de l’Illustration, Strasbourg (Diogenes Verlag AG Zürich \ Tomi Ungerer. Photo : Musées de la Ville de Strasbourg / Mathieu Bertola) Il alla plus loin quelques années plus tard, en consacrant un documentaire dessiné aux pratiques des salles de torture des bordels de Hambourg. Un univers qu'il dit avoir abordé "avec le plus grand respect", valeur qu'il plaçait très haut. Un musée à StrasbourgA partir des années 70, il fait des donations à la ville de Strasbourg, de ses œuvres et collections personnelles, notamment des jouets. En novembre 2007, la collection de Tomi Ungerer trouve sa place au musée Tomi Ungerer–Centre international de l'Illustration. "Le géant de Zéralda", Tomi Ungerer (Tomi Ungerer / L'école des loisirs) 11.000 dessins originaux, des estampes, 6500 jouets et jeux issus de sa collection y sont conservés et régulièrement exposés. Tomi Ungerer laisse derrière lui une œuvre immense, des livres pour les enfants qui sont devenus des classiques. "Les Trois Brigands" , "Le géant de Zeralda", et "Jean de la Lune" (L'école des loisirs) ont fait le tour du monde et son affiche contre la ségrégation raciale Black Power/White Power est devenue une icône. "Les trois brigands", Tomi Ungerer (Tomi Ungerer / L'école des loisirs) Pour Arthur Hubschmid, directeur éditorial de L'école des loisirs, et découvreur pour la France du dessinateur au début des années 60, "Tomi Ungerer savait faire pour les enfants les livres parfaits". En 2018, il avait été honoré du titre de Commandeur de la Légion d'honneur pour sa contribution "au rayonnement de la France à travers la culture".Les hommages des dessinateurs à Tomi Ungerer, en dessin et en motshttps://twitter.com/PenelopeB/status/1094219666321522694https://twitter.com/RiadSattouf/status/1094269355033063426https://twitter.com/ClaudePonti/status/1094218336219602945https://twitter.com/DdeMonfreid/status/1094296747894099968https://twitter.com/FredSochard/status/1094302888292241408https://twitter.com/Louison_A/status/1094206285782888448 Voir cette publication sur Instagram #tribute to @tomiungerer #my name is Tiffany #gregoiresolotareffUne publication partagée par Grégoire Solotareff (@gregoiresolotareff) le13 Févr. 2019 à 8 :38 PST