Goncourt en Tunisie : "Un voyage vers autre chose que ce proposent les djihadistes"

C’est à 13 h ce mardi, depuis le musée du Bardo à Tunis, que le jury du Goncourt dévoilera la liste finale du prix décerné le 3 novembre à Paris. Des étudiants tunisiens choisiront aussi leur Goncourt.

(Didier Decoin, juré de l'académie Goncourt, entouré d'étudiants tunisiens © Radio France / Thierry Fiorile)

Après les attentats meurtriers de mars et juin dernier au Bardo et à Sousse, le dépaysement des jurés du Goncourt prend une dimension symbolique. Cette délocalisation est accompagnée du lancement du Goncourt Tunisie, près de 200 lycéens et étudiants vont choisir leur livre préféré. Il sera désigné en décembre et édité en langue arabe. Lundi, les membres de l’Académie Goncourt ont rencontré ces jeunes gens.

Fatma Kilani est émue de recevoir Didier Decoin, membre du jury du Goncourt, à l’Institut des Hautes études commerciales de Carthage. Ici, le soleil, la vue sur la mer, le parfum du jasmin sont trompeurs. Même s’ils sont privilégiés, la dizaine d’étudiants qui participent au concours tunisien sont coutumiers des baisses budgétaires, de la crise économique et du risque terroriste. Alors ce moment, ils le savourent, comme les anecdotes de Didier Decoin, prix Goncourt 1977, qui se souvient avec sa gouaille, d’un prix manqué deux ans plus tôt et d’une camionnette de traiteur dans la cour de son éditeur.

"Je vois le camion part. On me dit, il va chez l’autre…je me suis dit un jour, je serai l’autre."

Dans l’assistance, ce sont les jeunes filles qui se passionnent le plus, Nour, s’enflamme pour Christine Angot. "C’est un bijou d’émotion"dit-elle.

Pour Fatma Kilani qui encadre ces étudiants, le livre c’est l’antithèse du discours mortifère des djihadistes.

"C’est la vie que l’on propose à travers la littérature, à travers des personnages. Les livres, c’est le voyage vers autre chose que ce proposent ces djihadistes.".

Le reportage de Thierry Fiorile auprès d'étudiants tunisiens impliqués dans le choix du Goncourt
--'--
--'--

Et ce livre ici a un coût exorbitant pour les Tunisiens, 50 dinars soit près de 25 euros, comme en France. Les éditeurs anglo-saxons font l’effort de baisser leurs prix mais pas les éditeurs français. Pour lire les finalistes du Goncourt, les étudiants de Carthage vont se prêter leurs livres.

La francophonie a encore des efforts à faire.