Un livre autobiographique et un "Cahier de L'Herne" pour entrer dans l'œuvre du poète François Cheng

Deux ouvrages publiés dans cette rentrée d'automne permettent de plonger dans l'œuvre et dans l'incroyable vie de François Cheng, écrivain, calligraphe, romancier, essayiste et avant tout poète.

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France Télévisions Rédaction Culture
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L'écrivain et poète François Cheng, et les couvertures de "Une longue route pour m'unir au chant français" (Albin Michel, 2022) et celle du Cahier de L'Herne Cheng (Editions de L'Herne)  (Opale / Albin Michel)

Dans Une longue route pour m'unir au chant français, paru le 12 octobre aux éditions Albin Michel, l'écrivain et poète François Cheng revient sur l'itinéraire qui l'a amené à adopter la France, et à choisir le français pour écrire. En même temps, L'Herne lui consacre un Cahier, publié le 5 octobre. Ces deux ouvrages plongent dans les coulisses de l'œuvre aussi prolifique qu'éclectique de cet inclassable écrivain de 91 ans d'origine chinoise.

"Itinéraire passablement hors normes"

Se sentant à son âge "acculé à jeter un regard sur le chemin parcouru", François Cheng raconte dans Une longue route pour m'unir au chant français, comment de son arrivée en France à l'âge de 19 ans, alors qu'il ne savait dire "ni bonjour ni merci" quand il est arrivé à Paris, il est devenu l'un des plus grands poètes français contemporains.

"Je ressens aujourd'hui la nécessité de relater l'aventure de ma création poétique, cette longue route par laquelle, contre marées et vents, j'ai rejoint le chant français."

François Cheng

dans , "Une longue route pour m'unir au chant français", page 9

À 91 ans, le poète confie en préambule de ce nouveau livre combien son "itinéraire passablement hors normes" a fait de lui un "être complexe" qui "échappe" à sa "propre compréhension". Il remonte le fil du temps, de son premier poème, intitulé L'eau, écrit à l'âge de 15 ans, qu'il a depuis toujours conservé "comme un talisman" et dont il livre pour la première fois la traduction à la fin de ce nouvel ouvrage.

"Épouser la France"

Depuis ce texte, il nous invite à le suivre dans ce qu'il nomme "sa préhistoire", son enfance en Chine, marquée par l'exil, les bombes et les épidémies, et sa conviction, révélée au cours d'un incident en montagne, que s'il devient poète, "tout pourra être sauvé". "Mon chant perpétuera les cris inentendus des vivants et des morts", confie-t-il. Mais la route sera longue, semée d'embûches avant que François Cheng ne devienne un poète. Car entre-temps il aura quitté la Chine pour gagner Paris avec son père, et décidé d'y rester seul pour "épouser la France".

François Cheng chez lui à Paris en 2019 (Joseph Cui)

"À mesure que l'idée d'exil s'installe en moi, s'impose une évidence : la terre française sera ma terre ; la langue française sera ma langue." François Cheng sait que la route sera "ardue, forcément longue et tortueuse", mais sa décision est prise. "Devant moi s'ouvre l'unique voie, il n'y en aura pas d'autre. En attendant, il me faut partir de zéro", note-t-il page 41. 

Une chambre de bonne, sa découverte de Rimbaud, sa rencontre avec Gide, ses visites à la bibliothèque Sainte-Geneviève à Paris, "caverne aux trésors" dans laquelle il dévore avec "gloutonnerie" tout ce qui lui tombe sous la main, et où il croise le fantôme de Rainer Maria Rilke, "astre à nul autre pareil"... Le jeune Cheng s'y repaît de mots, "véritables remparts pour son âme", "des mots-nourriture, des mots-paysages, des mots de la réalité pratique" qui le "protègent contre les agressions du dehors".

François Cheng devant la dernière demeure de Rilke. Le Valais, Suisse, 1960 (Archives François Cheng / L’Herne)

François Cheng évoque ses rencontres, avec Franck Lee, Vercors, Lacan, Michaux, Gaston Berger… Et aussi sa rencontre avec la peintre chinoise Zheng Zhen-ting, la mère de sa fille Anne, dont la naissance constitue pour lui "un des faits les plus importants" de sa vie. "La formation d'Anne au travers de sa patiente croissance sera le moteur de ma propre formation", affirme-t-il.

La genèse d'une œuvre

Ainsi, entre le début de sa vocation de poète, en passant par les années consacrées à l'écriture d'essais sur la poésie et sur la peinture chinoise à partir de la fin des années 70, jusqu'à son entrée "dans la création poétique en français", François Cheng partage dans ce nouveau livre son amour de la poésie et des grands poètes, et nous ouvre les coulisses d'une œuvre protéiforme, dans laquelle il a, tout au long de son existence, creusé des thèmes qui lui sont chers : la nature, la beauté, la poésie, la religion ou l'amour.

Calligraphie et poème de François Cheng, publié dans le Cahier Cheng, octobre 2022 (Joseph Cui / L’Herne)

On peut compléter cette lecture par celle, passionnante, du Cahier de l'Herne qui lui est consacré, et qui selon la coutume ouvre ses pages à François Cheng lui-même, mais aussi à de nombreux contributeurs, spécialistes, universitaires, écrivains, artistes.

Riche de nombreux documents, photographies, calligraphies, et composé sur un rythme ternaire cher au poète, en trois parties intitulées Le poète-pèlerin, Le poète artiste, et Le poète de l'âme, ce Cahier de l'Herne propose une vision kaléidoscopique évoquant sous toutes sortes de formes les mille facettes de l'œuvre de cet immense et inclassable écrivain, qui a sublimé la langue qu'il a choisi d'adopter alors qu'il n'avait pas vingt ans. 

- "Une longue route pour m'unir au chant français", de François Cheng, de l'Académie française (Albin Michel, 260 p., 17,90 €)

- "Cahier de L'Herne Cheng" (Editions de L'Herne, 288 p., 33€)

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