Le monde de la culture sidéré après le refus de Jean Castex d'assouplir le couvre-feu

Le monde du cinéma et du théâtre est sous le choc après que le Premier ministre a refusé d'assouplir les conditions du couvre-feu pour leur secteur, comme l'avait demandé la ministre de la Culture.

Salle de cinéma à Marseille (août 2020)
Salle de cinéma à Marseille (août 2020) (VALERIE VREL / LA PROVENCE / PHOTOPQR / MAXPPP)

Du "désarroi", de la "sidération" : le monde de la culture était sous le choc vendredi après le refus du Premier ministre de procéder à un assouplissement du couvre-feu pour ce secteur frappé de plein fouet par la crise sanitaire.

"Nous sommes tout simplement désespérés, il n'y a pas d'autre mot", réagit, encore incrédule, Richard Patry, président de la Fédération nationale des cinémas français (FNCF). "On ne remet pas en cause le couvre-feu. Nous sommes des gens responsables. Mais pourquoi nous fermer la porte au nez quand nous demandons simplement des ajustements pour notre survie ?", poursuit-il auprès de l'AFP.

Peu auparavant, le Premier ministre Jean Castex avait écarté l'idée d'un assouplissement du couvre-feu, décrété en Ile-de-France et dans huit métropoles pour endiguer l'épidémie de coronavirus, pour le monde de la culture, arguant que "les règles doivent être les mêmes pour tous". Quelques heures plus tôt pourtant, la ministre de la Culture, Roselyne Bachelot, affirmait dans les colonnes du Parisien qu'un assouplissement serait possible : les pièces et séances de cinéma pourraient se terminer à 21H00 et le public rentrer chez lui ensuite, avec le ticket comme justificatif en cas de contrôle policier.

La douche froide

Pour tous les professionnels du secteur, c'est la douche froide. "On a le sentiment que le Premier ministre n'a pas entendu la question qu'on lui a posée", déclare à l'AFP Emmanuel Demarcy-Mota, directeur du Théâtre de la Ville à Paris et du Festival d'Automne qui propose encore 28 spectacles - soit 120 représentations, d'ici au 1er décembre. "On essaye de nous opposer aux professionnels de santé, desquels nous sommes solidaires à 100%. Mais à quand un débat de société pour dire que la culture fait aussi partie du soin pour se reconstruire ? Nous ne sortirons pas de cette crise sans la culture", martèle-t-il encore "sidéré" par cette annonce.

Le Premier ministre assure aux acteurs du spectacle et du cinéma que l'État sera présent à leurs côtés, mais l'inquiétude est plus vive que jamais.

Dans un communiqué commun, le spectacle privé, dont le Syndicat national du théâtre privé (SNTP), demande à l'État de "renforcer le soutien au secteur" par des exonérations de cotisations sociales patronales ou par une garantie d'accès au fond de solidarité. Seule solution, selon eux, pour sortir de "l'impasse".

Pour Fabrice Luchini, "c'est la prophétie de Jules Romain, c'est Knock !"

"Je pense à tous les théâtres pour qui c'est un arrêt de mort, (alors que) on va tous se balader, se croiser pendant les vacances de la Toussaint. C'est très étrange", pointe dans les colonnes du Figaro l'acteur Fabrice Luchini.

Le ton est plus dur sur son compte Instagram, où il parle d'un "énorme coup de massue". Et de poursuivre : "Moi, je suis depuis 25 ans habitué aux 18h30, donc je ne vais pas être super touché. Ce qui m'hallucine, c'est la prophétie de Jules Romain, c'est Knock ! (...) C'est terrifant, c'est morbide, c'est sordide. On n'a plus envie d'aimer ce gouvernement ni rien. A bientôt".

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Atterré par ces tâtonnements, je ne comprends pas ces toutes incohérences, mais je dois être couillon... (et j'ai un peu exagéré le nombre de prestations rectales dans la vidéo).

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La débrouille pour sauver ce qui peut l'être

Malgré l'émoi, l'heure est aussi à la réorganisation pour tenter de sauver ce qui peut l'être. Le groupe mk2, qui compte 200 écrans dont 68 à Paris, a indiqué que ses salles allaient ouvrir dès 8h le matin pour permettre au public de venir. Au théâtre aussi, l'heure est à la débrouille : spectacles avancés à 19h, voire 18h30, ajout de représentations les week-ends et peut-être le matin. Tout est fait pour permettre la pérennité du spectacle vivant, qui se sent menacé de disparition.

Pour le cinéma, le problème demeure, selon Richard Patry, qui craint que les distributeurs déprogramment massivement les films ou, pire, les mettent directement sur les plateformes, comme Netflix. "On lance un appel aux distributeurs. Il ne faut surtout pas déprogrammer les films. Qui viendra au cinéma s'il n'y a plus de films ?"

Plusieurs films étrangers dont le dernier James Bond, Mourir peut attendre, ont retardé une nouvelle fois leur date de sortie. Mais le film d'horreur sud-coréen Peninsula, suite du Dernier train pour Busan, a finalement décidé de maintenir sa date initiale (21 octobre), "par solidarité".

Tous les films à gros budget pourront-ils faire de même? Aline, la fiction inspirée de la vie de la chanteuse Céline Dion, portée par Valérie Lemercier, superproduction franco-québécoise à 30 millions de dollars, pourra-t-elle prendre le risque d'une billetterie réduite ?