Couvre-feu : Jean Castex refuse tout assouplissement pour le secteur du spectacle

Alors que la ministre de la Culture Roselyne Bachelot plaidait pour un assouplissement du couvre-feu pour le monde de la culture, le Premier ministre Jean Castex a estimé que "les règles doivent être les mêmes pour tous". Le monde de la culture était sous le choc après ses déclarations.

Le Premier ministre Jean Castex au CHU de Lille, le 16 octobre 2020
Le Premier ministre Jean Castex au CHU de Lille, le 16 octobre 2020 (DENIS CHARLET / AFP)

Le Premier ministre Jean Castex a fermé la porte vendredi 16 octobre à un assouplissement du couvre-feu à 21h00 pour le monde du spectacle en déclarant que "les règles doivent être les mêmes pour tous", y compris le secteur de la culture. "Tout le monde doit être chez soi à 21 heures, sauf des exceptions très précises que j'ai énumérées hier", a dit le Premier ministre lors d'un point presse, en marge d'un déplacement dans la métropole de Lille.

"Je suis sûr que tout le monde va s'adapter, y compris le monde de la culture", secteur pour lequel le gouvernement déploiera "tous les moyens (...) pour amortir le choc", a-t-il ajouté, mettant ainsi fin au débat entre le ministre de l'Économie opposé à un assouplissement pour le monde du spectacle et son homologue à la Culture qui y était favorable.

"Pour que des règles soient comprises, pour que des règles soient acceptées, il faut qu'elles soient les mêmes pour tous", a insisté le chef du gouvernement.

Bruno Le Maire contre les exceptions

Le ministre de l'Économie Bruno Le Maire s'était opposé quelques heures auparavant sur BFMTV et RMC à un assouplissement du couvre-feu pour le monde du spectacle, comme suggéré la veille par son homologue à la Culture, Roselyne Bachelot. A la question de savoir si une telle exemption était envisageable, il avait répondu que "ce qui fait la force d'une règle, c'est sa clarté et sa simplicité".

"Si vous commencez à multiplier les exemptions, à dire 'pour tel secteur d'activité, ça ne sera pas 21h00, ça sera 22h00, pour les autres ça sera 22h30, pour les autres ça sera 23h00', on ne va pas s'en sortir", avait-il fait valoir.

Roselyne Bachelot plaidait pour un assouplissement

Jeudi 15 octobre, Roselyne Bachelot avait défendu un assouplissement en faveur des cinémas et des salles de spectacles, dans un entretien au Parisien. "Cela me paraît plaidable (...) Les gens mettent 30 minutes ou même une heure pour rentrer, le temps qu'il faut, c'est leur billet qui servirait de justificatif", avait suggéré la ministre.

"Je suis depuis mercredi soir en contact direct avec les différents acteurs de la culture, du théâtre, du cinéma et de la musique. Il y a un appel très fort venant de leur part pour un assouplissement", avait-elle rapporté, se présentant comme "la médiatrice entre le monde de la culture et le gouvernement".

Paris, sa région et huit autres métropoles, dont celle de Lille, s'apprêtent à vivre une dernière soirée de liberté avant l'entrée en vigueur des couvre-feux, à partir de vendredi minuit, alors que plus de 30 000 cas positifs au covid ont été détectés jeudi 15 octobre au soir en 24 heures, un record.

"Desarroi" et "sidération" dans le monde de la culture

"Nous sommes tout simplement désespérés, il n'y a pas d'autre mot", a réagi Richard Patry, le président de la Fédération nationale des cinémas français (FNCF). "On ne remet pas en cause le couvre-feu. Nous sommes des gens responsables. Mais pourquoi nous fermer la porte au nez quand nous demandons simplement des ajustements pour notre survie ?", a-t-il déclaré à l'AFP.

"On a le sentiment que le Premier ministre n'a pas entendu la question qu'on lui a posée", a déclaré Emmanuel Demarcy-Mota, directeur du Théâtre de la ville à Paris et du Festival d'Automne qui propose encore 28 spectacles - soit 120 représentations, d'ici au 1er décembre. "On essaye de nous opposer aux professionnels de santé, desquels nous sommes solidaires à 100%. Mais à quand un débat de société pour dire que la culture fait aussi partie du soin pour se reconstruire? Nous ne sortirons pas de cette crise sans la culture", martèle-t-il encore "sidéré" par cette annonce.