"Ecce Homo" : l'auteure du portrait raté du Christ va toucher des droits à l'image

Il y a un an, cette femme âgée de 82 ans avait défiguré le portrait du Christ à Borja, en Espagne.

\"Ecce Homo\", avant et après la restauration inopportune. 
"Ecce Homo", avant et après la restauration inopportune.  (CENTRO DE ESTUDIOS BORJANOS / DR)

Après avoir provoqué l'hilarité il y a un an en défigurant un portrait du Christ qu'elle tentait de restaurer, une octogénaire espagnole s'apprête à recevoir près de la moitié des revenus tirés des droits de cette image devenue mondialement célèbre.

La chevelure hérissée aux allures de pelage de singe, les yeux grossièrement cerclés de noir et la bouche aux contours flous de son Ecce Homo avaient d'abord provoqué la stupeur des habitants de la petite ville de Borja, dans le nord-est de l'Espagne, avant de devenir la risée du monde entier puis un objet de curiosité internationale.

Cecilia Gimenez, âgée de 82 ans, s'était lancée discrètement dans la restauration désintéressée du Christ d'origine, peint un siècle plus tôt, dont les traits fins avaient depuis été abîmés. Le portrait avait été réalisé à même le mur de la petite église Santuario de Misericordia par un artiste local, Elias Garcia Martinez.

49% de droits à l'image

En un an, 57 000 visiteurs venus d'Espagne et d'ailleurs ont contemplé la peinture restaurée, moyennant un euro chacun. Le déferlement de curieux et les plaisanteries ont d'abord déstabilisé Cecilia Gimenez, peintre amateur, prise de court par l'intérêt mondial qu'a provoqué son ratage. Un an plus tard, l'écho des moqueries semble toutefois très lointain, alors que l'octogénaire devait signer, mercredi 21 août, un accord lui attribuant 49% des droits à l'image tirés de l'utilisation de son Christ bien singulier, le reste revenant à la fondation municipale. 

Plus encore que les visites, de juteux revenus pourraient être tirés de l'utilisation de l'image sur des bouteilles de vin, des tasses, des t-shirts… Mais "la fondation et Cecilia destineront tous les revenus à des œuvres caritatives", a précisé l'avocat de l'octogénaire. Il ajoute : "Personne ne veut se faire de l'argent en profitant de cette situation." Plusieurs entreprises internationales auraient déjà manifesté leur intérêt pour cette icône moderne.

La version défigurée doit-elle rester intacte ?

"Tout le monde semble être content maintenant", s'est réjouie Cecilia Gimenez dans les pages du journal espagnol El Heraldo de Aragon. Pas tout à fait. Les descendants d'Elias Garcia Martinez n'apprécient pas que la version défigurée de son œuvre reste telle quelle. "C'est le principal point de discorde", explique le maire adjoint de Borja, Juan Maria Ojeda, qui a rencontré la famille. Cette dernière refuse pour l'instant de participer à l'accord de répartition des droits à l'image.

"Certains veulent qu'elle soit restaurée, ce qui est sans doute impossible maintenant, et d'autres veulent juste qu'on l'enlève et qu'on l'expose ailleurs" que dans l'église où leur aïeul avait affirmé l'avoir peinte en deux heures, a-t-il ajouté.