Pourquoi fallait-il ressusciter "S.O.S Fantômes" 32 ans après ?

Le "S.O.S fantômes" de 2016 s'inspire largement du scénario du premier film, daté de 1984, mais ne fait pas pour autant table rase du passé.

Leslie Jones, Melissa McCarthy, Kristen Wiig et Kate McKinnon, les héroïnes du film \"S.O.S Fantômes\", de Paul Feig (2016).
Leslie Jones, Melissa McCarthy, Kristen Wiig et Kate McKinnon, les héroïnes du film "S.O.S Fantômes", de Paul Feig (2016). (KOBAL / AFP)

Les fans l'attendaient depuis 32 ans. S.O.S fantômes revient sur les écrans français mercredi 10 août, dans une nouvelle mouture (un "reboot", soit une réinterprétation de l'œuvre originale) 100% féminine. Signé du réalisateur américain Paul Feig, le film met en scène la fine fleur de la comédie américaine, comme l'avait fait Ghostbusters en son temps. Mais à quoi bon déterrer ce monument de culture pop ?

Alors que le blockbuster a reçu un accueil mitigé outre-Atlantique, entre fans nostalgiques et partisans du lifting, francetv info a relevé les cinq raisons de donner une chance à ces chasseuses d'ectoplasmes.

(N'ayez crainte, cet article ne contient pas de spoilers.)

Parce qu'une brillante bande de copines peut sauver New York

Dès octobre 2014, le réalisateur Paul Feig confirmait que les nouveaux "Ghostbusters" seraient des "Ghostbusteuses", suscitant une interminable controverse. Le changement de sexe des protagonistes par rapport à l'œuvre originale n'a rien de cosmétique : au lieu de féminiser les chasseurs de fantômes existants, cette nouvelle mouture permet de repartir de zéro, créant des personnages aux personnalités propres et au moins aussi enthousiasmantes que leurs illustres prédécesseurs. Erin Gilbert (Kristen Wiig) est une chercheuse coincée en mal de reconnaissance et de crédibilité, Abby Yates (Melissa McCarthy), une scientifique passionnée et enthousiaste, Jillian Holtzmann, une ingénieure allumée et Patty Tollan (Leslie Jones), une charismatique New Yorkaise pur jus.

Erigé en film féministe, ce S.O.S fantômes propose une poignée d'héroïnes naturelles, soulignant en creux le ridicule d'un Hollywood peu enclin à mettre des femmes aux commandes. Le message : oui, des filles en combinaison (non-moulantes, les combinaisons) peuvent sauver New York de l'apocalypse. Le scénario s'est aussi débarrassé de la romance du premier volet (entre l'arrogant Peter Venkman – Bill Murray – et la classieuse Dana Barret – Sigourney Weaver) pour se centrer sur une histoire d'amitié féminine décomplexée, un thème heureusement de plus en plus porté à l'écran, y compris par Paul Feig lui-même, dans le très drôle Mes meilleures amies (2011).

Extrait du film \"S.O.S Fantômes\", de Paul Feig (2016).
Extrait du film "S.O.S Fantômes", de Paul Feig (2016). (KOBAL / AFP)

Parce qu'il faut rire des clichés pour les dénoncer

Surtout, il joue habilement des clichés sexistes, quand il offre à Chris Hemsworth (le super-héros Thor, entre autres) le rôle de Kevin, secrétaire neuneu et cartoonesque, lourdement dragué par la maladroite Erin. En jouant l'Apollon décérébré, ce clown irréel met en avant l'incongruité de la "cruche blonde", ce cliché si cher à Hollywood (et pourtant si improbable dans le monde réel). A l'inverse, on retrouve dans la difficulté d'Erin à s'imposer dans un monde académique dominé par des hommes (âgés et blancs, de préférence), une problématique féminine bien réelle.

Pourtant, le film n'est pas aussi progressiste qu'espéré : ainsi, il est vaguement sous-entendu que le personnage de Jillian pourrait être homosexuel ("vous savez comment ça se passe avec les studios et ce genre de choses…" a simplement soupiré Paul Feig, interrogé sur ce point par The Daily Beast), sans plus de détails. Plus problématique encore, il est accusé de perpétuer un stéréotype raciste. Leslie Jones, seule femme noire de l'équipe, incarne en effet une madame tout-le-monde débrouillarde, là où les trois actrices blanches incarnent de brillantes scientifiques. "Vous êtes calées dans tous les trucs scientifiques, mais moi, je connais New York", argumente-t-elle. Attribuer aux personnages afro-américains la seule "intelligence de la rue" reste hélas un travers hollywoodien tenace.

Parce qu'Internet est devenu, à sa manière, un personnage

Spoiler alert : en 2016, on attrape les fantômes comme en 1984. Soit grâce à des gadgets bidouillés, à un hybride sac-à-dos/aspirateur chargé de protons et à une technologie "hautement instable". La seule nouvelle technologie mise en avant par ce nouveau S.O.S fantômes s'appelle sobrement "internet".

Du droit à l'oubli en ligne, à la viralité des vidéos YouTube, en passant par la culture du "fake" et l'acharnement des trolls (ces internautes en colère), le film tire parti de ces nouvelles composantes de la société pour anticiper les critiques. Alors que la sortie du film s'est accompagnée de commentaires misogynes et d'attaques ouvertement racistes à l'encontre de la comédienne Leslie Jones, les scénaristes ont assez justement anticipé cette vague de haine : ainsi, les chasseuses de fantômes découvrent, blasées, les commentaires sexistes qui accompagnent les vidéos de leurs exploits.

A peine plus subtile, la scène du concert de rock – dans laquelle Patty se jette dans la foule de spectateurs pour mieux s'écraser sur le sol – permet à Leslie Jones de répondre en différé à ses détracteurs : "Je ne sais pas si c'est du sexisme ou du racisme, mais ça me met hors de moi !" tonne son personnage, pas dupe. 

L\'actrice américaine Leslie Jones dans \"S.O.S Fantômes\" de Paul Feig (2016).
L'actrice américaine Leslie Jones dans "S.O.S Fantômes" de Paul Feig (2016). (KOBAL / AFP)

Parce que New York n'est plus franchement ce qu'elle était

Quid de New York, personnage incontournable des deux premiers volets ? La ville, elle aussi, a bien changé en 30 ans. Comme le relève le bien nommé New Yorker (lien en anglais), le film se déroule dans un New York gentrifié : contrairement à ce qu'elle était au milieu des années 80, la ville (et Manhattan en particulier) est une cité asseptisée, à la folie domptée par des loyers inaccessibles. Les chasseuses de fantômes sont, de fait, incapables de s'offrir les emblématiques locaux de leurs prédécesseurs (la célèbre caserne de pompiers désaffectée du quartier de Tribeca).

Pour l'hebdomadaire, le film va plus loin en dépeignant New York en ville fantôme, "chargée de néons et vide de gens". Quand, dans le premier film, la foule se presse pour voir les héros venir à bout de Gozer, le grand méchant revenu d'outre-tombe, la bagarre finale s'opère désormais dans des rues quasi-désertes. Telles des revenants, des enseignes disparues aujourd'hui illuminent Times Square, dans ce que le New Yorker interprète comme un hommage ultime à une époque révolue, où la ville s'assumait vibrante, grouillante, à la fois attachante et criminogène.

Extrait du film \"S.O.S Fantômes\", de Paul Feig (2016).
Extrait du film "S.O.S Fantômes", de Paul Feig (2016). (KOBAL / AFP)

Parce que la nostalgie reste un argument de vente

S'il s'agit d'un "reboot" en bonne et dûe forme, Paul Feig a pris soin de rendre hommage à l'œuvre originale. Le scénario n'est pas calqué à l'identique sur son illustre prédécesseur, mais S.O.S Fantômes nouvelle génération reste un film construit sur la connivence avec le spectateur, qui s'amusera à dénicher les multiples clins d'œil au premier Ghostbusters. 

Certaines scènes, et notamment certains plans de New York, sont rejoués à l'identique. Les acteurs du premier font quant à eux tous une brève apparition, chacune accompagnée d'un clin d'œil appuyé aux personnages qu'ils incarnaient jadis. Le traitement réservé au personnage du professeur Heiss, un arrogant sceptique campé par Bill Murray, permet symboliquement de boucler la boucle. Plus exactement, de balancer le passé par la fenêtre tout en le saluant avec humour. Même Harold Ramis (co-scénariste du premier film et interprète d'Egon Spengler), mort en 2014, est honoré d'un buste à son effigie dans le hall de la Colombia University, où se déroule en partie le début du film.  

Seul l'acteur Rick Moranis (le génial Louis Tully dans les deux premiers volets) a décliné l'invitation, mais la toute première apparition de Melissa McCarthy fait une évidente référence à son personnage. Quand Abby apparaît à l'écran pour la première fois, une étrange passoire robotique vissée sur la tête, son amie lui demande, intriguée, à quoi sert ce couvre-chef ridicule : "Ce que tu regardes, c'est l'avenir", lui rétorque-t-elle, le sourire jusqu'aux oreilles. Une réplique bien moins anodine qu'elle n'en a l'air.