Oscars 2022 : le cinéma "Made in Spain" ne s'est jamais aussi bien porté

Après l'Ours d'or de la réalisatrice catalane Clara Simón, les couleurs du 7e art espagnol continuent de briller jusqu'aux Oscars avec la nomination de quatre Espagnols dont Penélope Cruz.

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France Télévisions Rédaction Culture
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Penélope Cruz est nominée aux Oscars pour son rôle dans "Madre Paralelas" de Pedro Almodóvar. (El Deseo / Studiocanal 2021 / Allociné)

Un Ours d'or à la Berlinale pour la réalisatrice catalane Clara Simón, quatre Espagnols nommés cette année aux Oscars, dont le couple Penélope Cruz-Javier Bardem : le septième art espagnol éblouit la scène internationale, qui lui déroule le tapis rouge.

"Que la nomination de Penelope soit pour un rôle en espagnol, c'est extraordinaire, historique pour la marque Espagne" : à l'annonce des nominations pour la cérémonie des Oscars, qui aura lieu le 27 mars, Javier Bardem n'avait pas assez de mots pour s'enthousiasmer.

Contrairement à certains pays ayant un ADN cinématographique très marqué, l'Espagne a eu jusqu'à présent du mal à se faire une place sur la scène internationale. Luis Buñuel est ainsi le seul Espagnol à avoir décroché la Palme d'or au festival de Cannes, en 1961 pour Viridiana.

Le 7e art espagnol rattrape son retard

Mais depuis, le cinéma espagnol a entrepris de refaire son retard, raflant régulièrement le gros lot, à l'instar de Carla Simón à Berlin avec son film Alcarràs. Selon le magazine Variety, le nom de Penélope Cruz circule pour être la présidente du jury du prochain festival de Cannes, une distinction déjà accordée en 2017 à Pedro Almodóvar, de loin le réalisateur ibérique le plus apprécié à l'étranger.

Côté Oscars, l'actrice a déjà décroché une statuette en 2009, mais pour un film américain (Vicky Cristina Barcelona, de Woody Allen). Si elle l'obtenait pour son rôle de Janis dans Mères Parallèles, de Pedro Almodóvar, ce serait la consécration d'un film 100% "Made in Spain", d'autant que la musique du film a valu une quatrième nomination au compositeur basque Alberto Iglesias.

Ce dernier, qui a travaillé avec Almodóvar sur 13 films depuis plus de vingt ans, confirme à l'AFP que le septième art espagnol connaît "un élan très fort qui n'est pas le fait de coïncidences, mais d'une fougue" nouvelle, résultat "d'une éducation, du travail des écoles de cinéma". "Peut-être avons nous commencé avec un peu de retard, une industrie plus petite, moins de cinéastes", poursuit-il.

Une industrie moins bien financée qu'en France

"Le cinéma espagnol a eu beaucoup de mal à franchir les portes des festivals internationaux", renchérit Pilar Martinez-Vasseur, directrice du Festival du Cinéma Espagnol de Nantes. Les films qui sortaient à l'étranger n'étaient souvent pas identifiés comme espagnols, explique-t-elle : qui sait, par exemple, que Les autres, avec Nicole Kidman, a été réalisé par Alejandro Amenábar?

"En Espagne, on a encore l'idée que le cinéma espagnol est mauvais, que c'est un nid de communistes, que les réalisateurs sont des pistonnés qui ne font rien et touchent des subventions", déplore-t-elle, plaidant pour plus de "diplomatie culturelle" à travers un soutien plus important du gouvernement espagnol.

Le septième art est pourtant beaucoup moins financé de ce côté-ci des Pyrénées qu'en France, relèvent de nombreux spécialistes du secteur. L'industrie "a appris à se faire sa place dans un écosystème mondialisé", déclare Beatriz Navas, directrice générale de l'Institut de la Cinématographie et des Arts Audiovisuels, qui dépend du ministère de la Culture. "Il a fallu un bouillon de culture qui ne s'est pas fait du jour au lendemain (...) et un temps de cuisson suffisant pour que les oeuvres obtiennent la reconnaissance qu'elles méritent", ajoute-t-elle.

Prisé par les plateformes de production de séries

Outre Penélope Cruz, Javier Bardem et Alberto Iglesias, le court métrage d'Alberto Mielgo, The Windshield Wiper a été également retenu pour les Oscars. "Le cinéma espagnol vit son meilleur moment", se félicite José Luis Rebordinos, le directeur du prestigieux festival de cinéma de San Sébastien.

"Il se fait beaucoup de cinéma, de production audiovisuelle en ce moment en Espagne, avec les plateformes qui fournissent beaucoup de travail et permettent aux techniciens espagnols d'être meilleurs", explique-t-il. L'Espagne, dont les paysages de western ont attiré Hollywood dès les années 1960, est de plus en plus prisée par les plateformes de production de séries : Netflix, qui a inauguré en 2019 ses premiers studios européens à Madrid, a diffusé des séries espagnoles à succès comme la Casa de Papel ou Elite.

Depuis un an, le gouvernement de gauche a affiché sa volonté de "faire de l'Espagne le hub audiovisuel de l'Europe" et d'augmenter de 30% la production sur son territoire d'ici à 2025 en injectant 1,6 milliard d'euros. "La critique internationale prête davantage d'attention à notre cinéma grâce à des grands noms du cinéma", juge Luis Rebordinos, le directeur du festival de San Sebastien.

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