"Je pars" : l'actrice Adèle Haenel annonce arrêter le cinéma pour des raisons politiques

Aperçue lors des dernières mobilisations contre la réforme des retraites, l'actrice Adèle Haenel, explique dans une lettre publiée sur le site de Télérama, les raisons de sa mise en retrait du cinéma français.
Article rédigé par franceinfo Culture
France Télévisions - Rédaction Culture
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min
L'actrice Adèle Haenel lors d'une manifestation contre l'harcèlement sexuel dans le milieu du théâtre, le 30 mai 2022. (AFP)

L'actrice Adèle Haenel, César de la meilleure actrice en 2015 pour Les Combattants et connue pour ses combats féministes, sociaux et écologiquesa annoncé son arrêt du cinéma dans une tribune à Télérama (article payant) mardi 9 mai. Pour la première fois, depuis sa sortie fracassante de la cérémonie des César 2020, elle a accepté de prendre la parole pour dénoncer "la complaisance généralisée du métier vis-à-vis des agresseurs sexuels et, plus généralement, la manière dont ce milieu collabore avec l’ordre mortifère écocide raciste du monde tel qu’il est".

Le magazine culturel Télérama, pour une enquête journalistique, cherchait à savoir si son absence des écrans depuis trois ans était subie ou choisie. A la suite de ses sollicitations, la comédienne de 34 ans a répondu aux nombreuses interrogations. 

Un cinéma trop "léger" 

Dans cette lettre, elle dénonce tout d'abord un cinéma qui semble être trop "léger" face à "la biodiversité qui s’effondre, à la militarisation de l’Europe qui s’emballe et à la faim et la misère qui se répandent". Adèle Haenel se pose une question : "Quelle est cette obsession du monde du cinéma (...) de ne surtout parler de “rien” ?". Puis elle continue en désignant un entre-soi bourgeois, loin des réalités et responsable selon elle d'empêcher l'expression de voix de révolte.  "Remplir de vent l’espace médiatique a un but, celui de rendre l’ordre bourgeois aussi naturel que le bleu du ciel et de rendre inaudibles, marginales, les voix de celleux qui organisent la résistance pour que tous les humains puissent vivre dignement et qui essayent d’arracher un avenir à cette planète".

En novembre 2019, Adèle Haenel avait pris la parole sur Mediapart en révélant avoir été victime d'attouchements et de harcèlements sexuels par le réalisateur Christophe Ruggia. Cette interview était d'abord "une question de survie", avait-elle expliqué. Cela s'est d'abord fait "sans forcément que ce soit médiatisé, dans la sphère intime, de manière presque secrète", ajoute la comédienne. L'actrice de Portrait de la jeune fille en feu profite aujourd'hui de ces quelques lignes pour accuser le monde du cinéma de fermer les yeux sur les agissements d'agresseurs sexuels présumés : "Mais elles et eux toustes ensemble pendant ce temps se donnent la main pour sauver la face des Depardieu, des Polanski, des Boutonnat. Ça les incommode, ça les dérange que les victimes fassent trop de bruit, ils préféraient qu’on continue à disparaître et crever en silence. 

"Je vous annule de mon monde"

Pour toutes ces raisons, Adèle Haenel annonce sa mise en retrait du septième art, éminemment politique : "Face au monopole de la parole et des finances de la bourgeoisie, je n’ai pas d’autres armes que mon corps et mon intégrité.(...) Je vous annule de mon monde. Je pars, je me mets en grève, je rejoins mes camarades pour qui la recherche du sens et de la dignité prime sur celle de l’argent et du pouvoir". 

La comédienne termine sa lettre en déclarant que depuis 2019, elle poursuit un "travail artistique dans la collaboration théâtrale et chorégraphique avec Gisèle Vienne". Son départ de la cérémonie des César en 2020, après le sacre de Roman Polanski, a été un vrai tournant. "Face au détachement, à la vacuité et à la cruauté que l’industrie du cinéma érige en principe de fonctionnement, le sens, le travail et la beauté qu’elle met en permanence en jeu sont une lumière qui me permet de garder
la foi dans ce que peut vouloir dire la puissance de l’art", conclue-t-elle.

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.