"J'accuse" de Polanski, projeter le film ou le déprogrammer ? Les sentiments toujours partagés des exploitants à Poitiers

Face à la pression d'associations demandant le retrait du film "J'accuse" de Roman Polanski, les exploitants de salle ne sont pas tous d'accord. Exemple à Poitiers où une salle vient de déprogrammer le film.

Avant-première parisienne du film \"J\'accuse\" de Roman Polanski
Avant-première parisienne du film "J'accuse" de Roman Polanski (JEAN-BAPTISTE QUENTIN / MAXPPP)

Doit-on continuer de projeter J'accuse ? Une question délicate pour les exploitants de salle. Il ne s'agit plus seulement pour eux de savoir si projeter le film équivaut à soutenir son réalisateur, mais de gérer les menaces et d'éventuelles représailles. Personne ne sait jusqu'où les groupes de pression sont prêts à aller et il en va peut-être de la sécurité des spectateurs comme de celle des employés des salles de cinéma, jugent certains.

Je suis toujours l'intermédiaire entre des oeuvres, des artistes et des publics. Tout à coup, couper cette chaîne de moi-même est pour moi très, très difficile. En revanche, montrer ce film../... avec tout ce qui pèse sur Roman Polanski était tout aussi difficile.Jérôme LecardeurDirecteur du TAP-Poitiers

A Poitiers, certaines salles ont conservé J'accuse à l'affiche quand d'autres, comme le Castille l'ont retiré. Même si pour l'heure les actions militantes ont toujours été pacifiques concernant J'accuse, de précédentes affaires restent dans les mémoires. En octobre 1988, un groupe de catholiques traditionnalistes avait ainsi incendié le cinéma le Saint-Michel, à Paris, provoquant des blessures à quatorze spectateurs du film La dernière tentation du Christ, de Martin Scorsese.

Les cinéastes de l'ARP protestent contre la déprogrammation

Les cinéastes de l'ARP (Auteurs, réalisateurs, producteurs) ont fait part vendredi 29 novembre de leur "consternation" après l'annonce de la déprogrammation de J'accuse dans un cinéma de Poitiers, affirmant "condamner" tout "acte politique qui s'apparenterait à une forme de censure".

L'association qui compte plus de 200 cinéastes, dont Roman Polanski, a "appris avec consternation la déprogrammation du film J'accuse, notamment au Théâtre Auditorium de Poitiers", ont-ils indiqué dans un communiqué.

"En cohérence avec ses précédentes communications, l'ARP condamnera toujours, et avec la plus grande fermeté, tout acte politique qui s'apparenterait à une forme de censure, qui contreviendrait à la liberté d'expression, et qui interdirait aux spectateurs l'accès à un film", ont ajouté les cinéastes.