Guerre en Ukraine : l'industrie du cinéma russe victime des sanctions et du départ des géants d'Hollywood

Conséquence du retrait provisoire des géants d'Hollywood de Russie, face à la guerre menée par Moscou en Ukraine, les cinémas russes n'ont plus de films à projeter et l'industrie du film se retrouve sans travail.

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France Télévisions Rédaction Culture
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Des passants devant les affiches du cinéma Oktiabr, une des plus grandes salles d'Europe avec ses 1.500 places, le 29 mars 2022 à Moscou (Russie). (NATALIA KOLESNIKOVA / AFP)

Depuis que les cinq géants d'Hollywood (Disney, Universal, Sony Pictures, Warner Bros. et Paramount) ont décidé de suspendre la sortie de leurs films en Russie en réaction à la guerre en Ukraine menée par Moscou, l'industrie du film est désoeuvrée et les cinémas russes n'ont plus beaucoup de films à projeter : plus de la moitié des salles du pays pourraient bientôt fermer.

Le sort du cinéma russe suspendu aux sanctions

Traductrice de films américains, Mme Mila Grekova est sans travail depuis la décision des cinq géants hollywoodiens de retirer leurs productions du calendrier russe. Elle s'interroge toujours sur le but des sanctions: "C'est l'Occident que je déteste aujourd'hui, pas (Vladimir) Poutine, leur cible". "Ici, Bollywood remplacera peut-être Hollywood, mais il est trop tard pour moi pour apprendre l'hindi", lâche cette femme de 56 ans, désabusée, réagissant à l'idée de remplacer les titres américains par des films indiens, évoquée en Russie.

Au-delà de son cas, c'est toute l'industrie du cinéma russe qui subit les retombées du conflit en Ukraine, alors qu'elle se remettait à peine de la pandémie. Le sort de l'industrie est suspendu cette fois-ci aux sanctions, alors que la Russie était le premier marché du cinéma européen avec ses 145,7 millions d'entrées l'année dernière, selon l'Observatoire européen de l'audiovisuel.

Des films asiatiques pour combler le vide

Avant la suspension décidée par Hollywood, la compagnie russe Mosfilm-Master effectuait le doublage d'une dizaine de films étrangers par mois. "Aujourd'hui, nous avons perdu les deux tiers des commandes", déplore son directeur Evguény Beline. "Pendant la pandémie, on avait des films, mais pas de salles de cinéma ouvertes. Aujourd'hui, on a nos salles, mais pas de films", résume-t-il.

Le pays pourrait fermer la moitié de ses salles car celles-si risquent de "perdre jusqu'à 80% des recettes" après le départ d'Hollywood, a prévenu début mars l'Association russe des patrons de salles.

Pour s'adapter et survivre, Mosfilm-Master s'apprête à embaucher des traducteurs de coréen et chinois, même si son directeur "doute que les films asiatiques marchent chez les Russes" du fait des différences culturelles. "Ce n'est pas toujours évident", estime ce spécialiste de 70 ans, dont "30 dans le doublage". "Les Occidentaux nous sont plus proches".

Pavel Doreouli, sound designer, dans son studio Atmosfera, le 28 mars 2022 à Moscou (Russie). (NATALIA KOLESNIKOVA / AFP)

"Le cinéma mondial est l'otage de la grande politique", estime un sound designer moscovite

Depuis le début de l'offensive en Ukraine, le 24 février, le nombre d'entrées dans ses 35 salles a baissé de 70%, alors que le prix moyen d'une place (300 roubles, soit environ trois euros) n'a pas changé depuis cinq ans. Pour faire face, l'État a déjà promis de doubler son soutien financier à la production de films et de minimiser la charge fiscale ainsi que le coût de location des salles.

Le départ des géants hollywoodiens n'a pas surpris Pavel Doreouli, 44 ans, dont le studio Atmosfera crée des ambiances sonores pour une quinzaine de films par an. "Depuis des années, le cinéma mondial est l'otage de la grande politique", estime ce concepteur de son, membre depuis 2020 de l'organisation internationale Éditeurs de son pour le cinéma (MPSE).

"Cannes ou Berlin ne récompensent plus les films, mais leur prise de position", tacle-t-il, en référence à deux festivals de films internationaux, qui ont condamné la Russie pour son offensive en Ukraine. "Privés des festivals internationaux, les Russes renonceront au cinéma d'auteur qui offre une vision du monde différente, si précieuse aujourd'hui", présage-t-il.

Faute de nouveautés, les Russes redécouvrent leurs classiques

"La situation est extrêmement difficile, mais pas catastrophique", veut toutefois relativiser Olga Ziniakova, 37 ans, présidente de l'un des quatre grands réseaux de salles russes, Karo. "Depuis l'arrivée d'Hollywood en Russie, il y a 30 ans, on a traversé plein de crises: politiques, économiques, la pandémie...", souligne-t-elle.

Les Russes, privés de blockbusters américains, "s'exploreront plus profondément eux-mêmes", veut-elle croire, citant le succès du film-culte russe des années 1990, Brat (Frère), revenu à l'affiche. Son réseau s'apprête également à programmer des titres asiatiques, mais aussi latino-américains. "Quand Hollywood reviendra ici, le marché et les spectateurs russes ne seront plus les mêmes", prédit-elle.

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