Au Japon, le film d'animation "Demon Slayer" talonne le record du célèbre "Voyage de Chihiro" au box-office

Véritable phénomène depuis sa sortie au Japon à la mi-octobre, le film d'animation "Demon Slayer : le train de l'infini", adaptation d'un manga à succès, pourrait supplanter "Le Voyage de Chihiro", chef-d'œuvre de Miyazaki, indétrônable depuis près de vingt ans.

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France Télévisions Rédaction Culture
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Un personnage du film "Demon Slayer : le train de l'infini" (2020) (Wakanim)

Demon Slayer : le train de l'infini, réalisé par Haruo Sotozaki, c'était à l'origine un manga qui a donné lieu à une série à succès, avant d'aboutir à une adaptation cinématographique qui triomphe au Japon depuis mi-octobre. Malgré la pandémie de coronavirus, une lutte acharnée entre deux films d'animation sortis à vingt ans d'écart se déroule actuellement dans ce pays où le phénomène Demon Slayer est en passe de battre le record national de recettes en salles détenu par Le Voyage de Chihiro du Studio Ghibli. Demon Slayer talonne actuellement le chef-d'œuvre de Hayao Miyazaki (2001), après avoir dépassé le Titanic de James Cameron (1997).

Suspense en haut du box-office japonais

Un rebondissement quasi-hollywoodien vient cependant de perturber l'ascension inexorable du nouveau venu. Mardi 15 décembre, les recettes du Voyage de Chihiro au box-office nippon ont été réévaluées à la hausse pour tenir compte de sa ressortie en salles cet été. Avec 31,7 milliards de yens (252 millions d'euros) de recettes, Le Voyage de Chihiro conserve pour l'instant son trône, alors que Demon Slayer, toujours en salles, affichait 30,3 milliards de yens lors de la dernière mise à jour du classement du box-office lundi.

Demon Slayer raconte l'histoire de Tanjiro, un adolescent vivant au Japon à l'ère Taisho (1912-1926), qui devient chasseur de démons après le massacre de sa famille par ces créatures assoiffées de sang humain. L'œuvre combine le parcours initiatique du héros, un thème récurrent des mangas pour adolescents, avec des valeurs positives comme l'amour fraternel, l'amitié et la lutte du bien contre le mal, qui ont réchauffé le cœur des spectateurs japonais en pleine pandémie.
"Autrefois, la figure du démon servait à incarner des maux invisibles et effrayants pour les hommes, comme les maladies et les épidémies", notamment la variole, ce qui a particulièrement résonné avec l'actualité, selon Yuka Ijima, maître de conférence en manga et psychologie à l'université Daito Bunka.

Succès en librairie, à la télé, au cinéma, auprès des petits comme des grands

Le manga à l'origine de Demon Slayer, publié dans l'hebdomadaire Weekly Shonen Jump de 2016 à 2020, a encore gagné en popularité avec la diffusion en 2019 d'une adaptation en série animée. Puis ses ventes en librairie se sont envolées au printemps dernier, quand la population japonaise était appelée à rester chez elle à cause de la pandémie. Cette œuvre a ainsi réussi à séduire aussi bien les enfants que les adultes, qui avaient beaucoup de temps et disposent d'un pouvoir d'achat plus important, a estimé Yuka Ijima lors d'une récente conférence de presse.

Enfin le long-métrage, dont le lancement était initialement prévu au printemps, est sorti en octobre, "au moment où régnait un certain sentiment de sécurité" au Japon, avec un nombre de cas de contaminations quotidiens en relative baisse, a encore relevé la chercheuse.

Pour Kei, un jeune homme de 25 ans venu voir cette semaine le film à Tokyo avec sa soeur, "son succès est dû à la beauté et à la singularité de l'animation. C'est vraiment créatif", déclare-t-il à l'AFP. Plus loin, un groupe d'amies expliquent avoir voulu voir le film car "tout le monde en parle" au Japon, tout en assurant ne pas craindre d'attraper le Covid-19 au cinéma.

Bouche-à-oreille et habile campagne marketing

L'effet est en effet amplifié par le bouche-à-oreille et une habile campagne marketing. Des partenariats avec des marques, magasins et restaurants rendent le film omniprésent dans la vie des Japonais. Le choix de voix connues pour le doublage des personnages, et les chansons entêtantes de la bande originale ont également contribué à son succès.

Le film, qui a déjà réalisé plus de 22,5 millions d'entrées au Japon, est aussi déjà diffusé ailleurs en Asie. Il est attendu l'an prochain aux États-Unis et en Europe. Le phénomène en salles a aussi bénéficié à l'œuvre originale : de longues files d'attente se sont formées devant les magasins début décembre à la sortie du 23e et dernier tome du manga, dont l'ensemble de la série a déjà tiré à plus de 120 millions d'exemplaires.

Traduit en 14 langues et disponible dans 33 pays et régions, selon sa maison d'édition Shueisha, il connaît aussi le succès à l'étranger. Selon l'institut de recherche Dai-ichi Life, la franchise aurait déjà généré 270 milliards de yens (2,1 milliards d'euros) en prenant en compte entrées en salles, ventes de mangas et produits dérivés.

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