Festival de Cannes 2021 : dans "Les Olympiades", Jacques Audiard met le désir à l'épreuve de l'amour

Palme d'or en 2015 avec "Dheepan", Jacques Audiard fait son retour à Cannes dans un style très différent de ses précédents films. Dans "Les Olympiades", un drame en noir et blanc adapté d'une bande dessinée, le réalisateur et scénariste met en perspective l'évolution des sentiments de quatre jeunes adultes aux intrigues entremêlées.

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Emilie (Lumina Wang) et Camille (Makita Samba), colocataires et amants, vont voir leurs sentiments évoluer tout le long du film. (Shanna Besson)

C'est un réalisateur phare du cinéma français qui fait son retour sur la Croisette pour présenter son 10e long métrage. Six ans après sa Palme d'or pour Dheepan, Jacques Audiard était la tête d'affiche de cette journée de fête nationale sur le tapis rouge de Cannes. Aux côtés de celui qui a dirigé les plus grands (Emmanuelle Devos, Vincent Cassel, Romain Duris, Marion Cotillard...), on trouve cette fois-ci quatre acteurs peu connus du grand public : ils sont les héros du film en compétition Les Olympiades, un drame en noir et blanc qui suit des romances de jeunes de 20 à 30 ans dans ce quartier du 13e arrondissement de Paris. 

Cannes : Jacques Audiard en lice pour une seconde palme d'or
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Émilie (Lucie Zhang), téléconseillère qui cherche sa voie après des études à Sciences Po, et Camille (Makita Samba), professeur de lettres éclairé, deviennent amants dès les premières minutes de leur colocation. Le désir ardent qui les relie laisse rapidement place à des sentiments contradictoires qui les invitent à s'ouvrir à d'autres rencontres. Nora (Noémie Merlant), qui reprend les études à Tolbiac après un début de carrière d'agent immobilier à Bordeaux, tente de s'intégrer dans une soirée où son look la fera passer sans le vouloir pour Amber Sweet (Jehnny Beth), une actrice porno qui s'exhibe sur le web lors de prestations tarifées. Humiliée, la jeune trentenaire tourne le dos à la fac et finit par travailler pour Camille, qui tombera immédiatement sous son charme. 

Et à la fin, c'est l'amour qui gagne

Dans ce carré amoureux souvent suggestif et débridé, mais jamais gênant, le désir constitue la base de toutes les relations. La caméra de Jacques Audiard s'invite dans les appartements de ces jeunes adultes aux sentiments confus, pour qui le sexe constitue une valeur refuge. À travers une succession de saynètes et quelques longueurs, on s'attache à quatre personnages qui représentent à eux-seuls la diversité du quartier : ils apportent "une grande interpénétration sociale et culturelle", comme le souligne le réalisateur dans une interview à Franceinfo. On se plaît à deviner l'aboutissement de leurs émois, qui sans grande surprise, convergeront vers l'amour avec beaucoup de douceur. 

Entre quelques vues aériennes très géométriques du 13e arrondissement, le noir et blanc vient renforcer l'esthétisme et la nuance des émotions des quatre personnages, touchants par leur histoire et leur sensibilité. Si la sexualité demeure au centre du jeu, elle est toujours illustrée pour conduire à la quête d'un besoin, qu'il s'agisse de surmonter un traumatisme, de combler une fragilité, de dépasser une frustration. Jacques Audiard met remarquablement en avant ces états de légèreté, de jalousie ou de surprise qui suivent les ébats et finit par les présenter comme un moyen d'accéder à plus de stabilité, dans une époque qui facilite les rencontres à l'excès.

Un nouveau virage dans l'œuvre d'Audiard

On s'interroge pendant 1h46 sur la frontière floue entre la passion et l'amour, mais on rit aussi beaucoup avec ces jeunes sentimentalement désorientés. Un vrai changement de style dans la filmographie du réalisateur de 69 ans, qui adapte ici la bande dessinée Les Intrus d'Adrian Tomine avec l'aide de Céline Sciamma (prix du meilleur scénario à Cannes 2019 pour Portrait de la jeune fille en feu) et Léa Mysius (César 2020 de la meilleure adaptation pour Roubaix, une lumière).

Loin de ses films noirs qui lui ont valu tant de récompenses (De battre mon cœur s’est arrêté, Un prophète, De rouille et d’os...), Jacques Audiard montre une nouvelle fois sa capacité à se renouveler, comme il l'avait fait pour Un héros très discret ou Les Frères Sisters. Avec pour dénominateur commun une photographie superbe, c'est cette fois-ci une fable amoureuse moderne, juste et humble que découvrira le public dans Les Olympiades, le 3 novembre 2021 au cinéma. 

Nora (Noémie Merlant) va peu à peu succomber au charme de Camille (Makita Samba). (Shanna Besson)

La fiche

Genre : Drame
Réalisateur : Jacques Audiard
Acteurs : Lucie Zhang, Noémie Merlant, Makita Samba, Jehnny Beth
Pays : France
Durée : 1h46
Sortie : 3 novembre 2021
Distributeur : Memento Distribution

Synopsis : Paris 13e, quartier des Olympiades. Emilie rencontre Camille qui est attiré par Nora qui elle-même croise le chemin de Amber. Trois filles et un garçon. Ils sont amis, parfois amants, souvent les deux.

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