Festival de Cannes 2021. "J'avais envie d'un mélange de gens" : avec "Les Olympiades", Jacques Audiard célèbre le 13e arrondissement de Paris

Le nouveau film du scénariste et réalisateur Jacques Audiard "Les Olympiades" se passe dans le 13e arrondissement de Paris, autour du métro Olympiades, et rend hommage à ce "quartier de grande interpénétration sociale et culturelle".

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Radio France
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Le réalisateur et scénariste Jacques Audiard à l'Institut du Monde arabe à Paris le 4 février 2019. (ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP)

Cannes l'avait déjà récompensé d'une Palme d'or en 2015 pour le drame haletant Dheepan, mais cette fois Jacques Audiard est de retour avec une comédie. Les Olympiades, projeté à Cannes mercredi 14 juillet, raconte les rencontres amoureuses et sensuelles entre trois jeunes femmes et un jeune homme, autour du quartier Olympiades dans le 13e arrondissement de Paris, qui donne son nom au film. À la distribution : Noémie Merlant, révélée dans Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma (2019), mais aussi Lucie Zhang et Makita Samba. Un casting choisi pour évoquer ce 13e arrondissement, "quartier de mélange", que Jacques Audiard magnifie dans ce film intégralement en noir et blanc.

franceinfo : Ce film est l'adaptation d'une bande-dessinée. Comment est-elle arrivée jusqu'à vous ?

Jacques Audiard : C'est arrivé par une amie. C'est une lacune, mais je n'ai pas de très grandes connaissances de la bande dessinée. Je cherchais un sujet et j'en discutais avec cette amie qui m'a dit : "Ah, mais tu devrais lire les nouvelles graphiques d'Adrian Tomine." Effectivement, j'ai trouvé cela vraiment remarquable. Il s'avère qu'ensuite, quand j'ai contacté Céline Sciamma pour l'adaption, elle connaissait son Tomine par coeur et cela a simplifié les choses.

Ce choix de tourner Les Olympiades à Paris, il vient de vous ?

Oui, c'est un choix très subjectif parce que j'ai vécu longtemps dans le 13e arrondissement de Paris. C'est un quartier que je connais donc assez bien et que j'ai vu bouger dans des proportions très importantes, c'est très beau. Ensuite, j'avais envie d'un "mélange de gens" : des noirs, des asiatiques, des caucasiens ... Je voulais un lieu donné, circonscrit, et le 13e c'est vraiment cela : un lieu. C'est aussi un quartier de grande interpénétration sociale et culturelle.

Pourquoi avoir choisi de tourner en noir et blanc ?

J'ai beaucoup tourné dans Paris et je trouve que c'est une ville difficile à photographier. Paris, ce n'est pas New York ! 

"J'ai pensé que le noir et blanc donnait tout à coup plus de lignes, plus de traits, faisait des nuits plus belles et que cela se prêtait très bien à l'architecture du 13e."

Jacques Audiard

à franceinfo

Dans ce film, l'usage de la langue rappelle Un prophète, où l'on passe du corse à l'arabe puis au français. Ici, c'est le mandarin qui se mêle au français dans les conversations. Diriez-vous que cela vous plaît à l'oreille ?

Oui, beaucoup. J'aime le caractère musical d'une expression, le fait de ne pas ne pas comprendre tout ce qui se dit. Il s'est d'ailleurs produit quelque chose d'assez singulier avec Lucie Zhang. Elle est franco-chinoise et elle jouait pour la première fois. Parfois, en français, elle n'arrivait pas à placer son jeu donc je lui faisais jouer la scène en chinois et ensuite, elle la rejouait en français.

On reproche parfois au cinéma français d'être très blanc, ce qui n'est pas le cas de vos comédiens principaux, pas tous en tout cas. Ce choix s'est-il imposé, au vu de votre histoire ?

Oui, cela fait partie du projet bien sûr. Je voulais parler de deux jeunes adultes cultivés qui ont eu des expériences différentes dans la vie, des difficultés à se loger, et qui sont notamment noirs et asiatiques. C'était le projet et le 13e s'y prêtait bien parce que c'était vraiment un quartier de mélange.

Dans la salle de projection presse, ça a beaucoup ri. Diriez-vous que c'est le film que vous avez réalisé dans lequel on rit le plus ?

C'est bizarre mais même dans Sur mes lèvres qui est un film noir, j'ai adopté une structure de comédie. C'est quelque chose qui me tente beaucoup.

Noémie Merlan était déjà radieuse dans Portrait de la jeune fille en feu, de Céline Sciamma. Ici, elle est magistrale ...

C'est une actrice de comédie, surtout. Elle est prodigieuse. Elle comprenait parfaitement ce que je voulais faire et elle était "devant", si vous voyez ce que je veux dire. Je connais mal sa carrière, je l'avais surtout vue dans Portrait de la jeune fille en feu, qui est un film plutôt dramatique. Mais dans la comédie, elle est épatante.

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