Cannes 2019 : le Festival rend hommage à Bertrand Tavernier et à sa passion pour la musique de films

Lundi 20 mai, le Festival de Cannes a rendu hommage à Bertrand Tavernier, cinéphile autant que mélomane, pour son long documentaire sur les musiques du cinéma français. 

Bertrand Tavernier est applaudi par, Jean-Noël Tronc, directeur général de la Sacem, Stéphane Lerouge, Thierry Frémaux, délégué général du Festtival de Cannes.
Bertrand Tavernier est applaudi par, Jean-Noël Tronc, directeur général de la Sacem, Stéphane Lerouge, Thierry Frémaux, délégué général du Festtival de Cannes. (Lorenzo Ciavarini Azzi/franceinfo Culture)

"La musique de film est un élément fondamental du cinéma. Les compositeurs sont des auteurs, comme les scénaristes ou les réalisateurs. Et pourtant, il n’existe pas de prix de la bande originale au Festival", lance Thierry Frémaux, délégué général de Festival, sur la scène de la Salle Bunuel, lundi 20 mai.

Le prix "A life in soudtrack" attribué à Bertrand Tavernier

Pour compenser en partie ce manque, on a créé l’année dernière le prix "A life in soudtrack". Il couronne cette année le cinéaste Bertrand Tavernier pour son long documentaire (plus d’onze heures de film), Voyage à travers les musiques et les chansons du cinéma français, prolongement de son Voyage à travers le cinéma français, débuté en 2016. Il est présenté ici en avant-première.

C’est aussi l’occasion d’un hommage plus vaste rendu au réalisateur de L’horloger de Saint-Paul, Autour de minuit ou La princesse de Montpensier. "Tatave, comme il est affectueusement appelé, fait partie de ces cinéastes cinéphiles et mélomanes, comme Quentin Tarantino ou Martin Scorsese, dit Stéphane Lerouge, grand spécialiste de bandes originales. "Dans son documentaire", poursuit-il, "il montre bien combien la musique transforme l’image".

"Moment de jubilation"

Tavernier est ému, mais ne perd pas son sens de l’humour : "je vais pleurer, comme Delon" dit-il. Et poursuit à propos de la musique de film : "Toutes mes séances d’enregistrement des musiques de films sont des moments de jubilation", dit-il, encore enchanté. "Des moments importants où les doutes commencent à disparaître (…) Je me suis demandé si les compositeurs n’étaient pas les premiers critiques du film. Ils m’ont permis de voir des choses auxquelles je n’avais pas pensé". Tavernier est un réalisateur profondément engagé dans le 7e Art. A propos de son documentaire, il ne veut pas paraître passéiste : "Se battre pour les compositeurs du patrimoine, c’est aussi se battre pour ceux du présent et du futur. Et lancer un cri d’alarme en faveur des musiques originales".

Un montage original du Voyage de Tavernier est ensuite projeté, une sélection d’épisodes parmi les onze heures du film. On y voit Gabin dans Quai des brumes de Carné : la musique est de Maurice Jaubert. Qu’on retrouve aussi dans Quatorze Juillet de René Clair ou dans L’Atalante de Jean Vigo.

Jaubert, Kosma, Dutilleux, Grunenwald, Van Parys et les autres

"Le saxophone", nous explique la voix off de Tavernier, "est porteur de l’émotion de ce film". Jaubert, mais aussi Kosma ("cette musique si française, alors que l’homme était français depuis si peu quand il l’a composée", dit encore Tavernier), Dutilleux, Jean-Jacques Grünenwald, Georges Van Parys, et tant d’autres. On redécouvre la chanson avec ceux qui en sont issus, Fernandel, Bourvil, Gabin, Trénet ou les comédiens qui s’y sont exprimés avec talent, comme Danielle Darrieux et Magali Noël… Dans la salle, le public est captif, séduit : ici des étudiants, là des cinéphiles plus âgés, certains reprennent les refrains en chœur.

Le pianiste Bruno Fontaine et la chanteuse Isabelle Georges.
Le pianiste Bruno Fontaine et la chanteuse Isabelle Georges. (Lorenzo Ciavarini Azzi/franceinfo Culture)
Tavernier apprécie sûrement. Il est comblé lorsque pour la fin de l’hommage le pianiste, arrangeur, compositeur de musique de films Bruno Fontaine interprète Kosma et Jaubert, puis avec la chanteuse Isabelle Georges, La complainte de la butte (Van Parys/Renoir) et le célèbre titre Sans toi, de Michel Legrand (Cleo de 5 à 7). Et pour finir un œuvre signée Philippe Sarde et… Bertrand Tavernier : La java de la masochiste, extraite de Coup de torchon, film de Tavernier de 1981.