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Ce qu'a changé la saga "Twilight"

Le dernier volet ciné du blockbuster vampirique sort mercredi 14 novembre en salle. La fin d'une époque pour des millions de fans, et l'aboutissement d'une saga qui va laisser des traces.

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France Télévisions
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Kristen Stewart et Robert Pattinson dans "Twilight - Chapitre 3 : Hésitation" de David Slade. (KOBAL / AFP)

CINEMA - Les fans du monde entier trépignent. A Los Angeles (Californie, Etats-Unis), certains ont même planté leurs tentes devant le théâtre Nokia pour célébrer un évènement qu'ils attendent depuis exactement un an : la sortie ciné du dernier épisode de la saga Twilight, Twilight - Chapitre 5 : Révélation 2e partie, de Bill Condon. Diffusé à partir du 16 novembre en Amérique du Nord, il sort mercredi 14 en France.

Si ce cinquième et dernier film consacre l'aboutissement de l'histoire d'amour romanesque entre l'humaine Bella Swan et le vampire Edward Cullen, il marque aussi la fin d'un phénomène littéraire et cinématographique à l'ampleur rare. Car Twilight, c'est 100 millions de livres vendus dans le monde, 2 milliards d'euros de recettes pour les quatre premiers films, un budget qui dépasse les 100 millions d'euros pour le dernier épisode. Mais c'est surtout une série portée par un couple star qui laissera son empreinte. Francetv info vous dit ce que la saga Twilight a changé.

 Elle a vu naître une communauté de fans de 7 à 77 ans

Difficile d'évoquer Twilight sans penser aux foules de groupies se pressant le long des barrières lors d'avant-premières, et à la frénésie suscitée par la moindre sortie de livre ou de film. Sur le modèle d'Harry Potter, une communauté de fans de Twilight s'est rapidement créée après la sortie des premiers romans, à grand renfort de forums et de blogs spécialisés.

Une des particularités de cette communauté, c'est qu'elle dépasse la cible première de l'adolescente fleur bleue pour toucher aussi les mamans des jeunes filles. Elles se regroupent sous la bannière des Twilight moms, un mouvement originaire des Etats-Unis qui revendique 44 000 membres dans le monde, et assument complètement leur passion pour des histoires de lycéens, d'amours chastes et de vampires.

Elle a donné lieu à d'étranges comportements

Si en France, le phénomène semble se limiter à des échanges d'infos sur des forums comme Twilighters-France.net et à de rares rassemblements, la ville de Forks, dans l'Etat de Washington (Etats-Unis) – le lieu où se déroulent les aventures de Bella et Edward dans les romans – voue un véritable culte à la série, au point de célébrer chaque année par une grand fête le Stephenie Meyer Day, du nom de l'auteure américaine. L'édition 2012 a même donné lieu a une reconstitution du mariage entre Bella et Edward, relatée par le site Actualitté.com.

L'engouement est tel qu'il provoque même des conduites inquiétantes de la part de certains. Comme l'expliquait en 2010 le site Première.fr, citant un article de la chaîne ABC News, de jeunes fans américains de Twilight avaient pris l'habitude de se mordre, parfois jusqu'au sang, pour se montrer leur affection.

Elle a poussé la peopolisation à l'extrême

 Mais le plus effrayant est peut-être l'hystérie provoquée par la médiatisation de la vie privée des acteurs. D'abord concentré sur l'acteur britannique Robert Pattinson, qui joue Edward, le délire a pris une nouvelle dimension avec la révélation du couple que "Rob" forme dans la vie avec l'Américaine Kristen Stewart, alias Bella, sa partenaire à l'écran.

Il faut dire que les médias, en particulier les magazines people, ne cessent de traquer leurs moindres faits et gestes depuis le début de leur relation. D'abord très discret, le couple a fait la une des médias en juilllet, après la révélation de l'infidélité de Kristen Stewart. Il n'en fallait pas plus pour voir un déferlement de réactions de fans atterrés par la nouvelle. Mais les deux acteurs se sont affichés à nouveau ensemble lundi, lors de l'avant-première mondiale à Los Angeles. De quoi susciter un regain d'espoir chez leurs fans.

Kristen Stewart et Robert Pattinson lors de l'avant-première mondiale de "Twilight - Chapitre 5 : Révélation 2e partie", le 12 novembre 2012 à Los Angeles (Californie, Etats-Unis). (JEFF VESPA / WIREIMAGES)

Elle est devenue le digne successeur d'"Harry Potter"

Ecrit pour des ados, plébisicité aussi par les adultes, le cycle Twilight, comme la série Harry Potter, a ouvert la voie à un nouveau genre hybride de littérature, les livres "young adult", comme l'explique Slate.fr. Les maisons d'édition se sont rapidement emparées de cet attrait pour la littérature jeunesse et ont décidé de moins différencier les catégories, soit en "enlevant le logo jeunesse" des couvertures, soit en lançant de nouvelles collections intermédiaires, à l'image de la collection Black Moon de Hachette, lancée en 2005 pour les jeunes adultes au moment de la saga Twilight.

Et si Harry Potter et Twilight "sont devenus les deux plus grandes références en matière de littérature jeunes adultes", qui se concentre sur les genres science-fiction et fantasy, selon Actualitté.com, d'autres œuvres se présentent comme de dignes successeurs des vampires romantiques de la saga : la relève est déjà assurée, explique Le Nouvel Observateur, par des romans adaptés au cinéma comme Hunger Games, "plus apocalyptique que surnaturel", ou encore le film Sublimes Créatures dont la sortie est prévue pour mars 2013, qui met en scène, une fois de plus, un amour impossible entre deux adolescents sur fond de pouvoirs surnaturels.

Elle a développé le phénomène des "fanfictions"

Autre impact, l'amplification, grâce à l'enthousiasme des fans pour Twilight, des fanfictions (ou fanfic), histoires inspirées de sagas existantes ou suites d'épisodes écrites par des fans. Là encore, Harry Potter a ouvert la voie, suivi par Twilight qui a intensifié ce mouvement à l'aspect très communautaire.

Le plus souvent circonscrites au forum sur lesquelles elles sont postées et uniquement destinées aux fans de la série copiée, les fanfictions ont parfois des destinées bien plus originales. C'est le cas de Snowqueen's Icedragon, une fanfiction dont les personnages principaux, sur le modèle de Twilight, s'appelaient Bella Swan et Edward Cullen. Après l'avoir postée sur un forum, l'auteure, la Britannique E. L. James, a décidé d'en faire un roman qui est devenu le best-seller mondial Fifty Shades of Grey, comme l'explique le site du Guardian (lien en anglais).

Elle a introduit du débat dans le roman jeunesse

S'il est un personnage de Twilight qui cristallise les controverses, c'est celui de Bella Swan. Jeune fille fragile et perturbée par le divorce de ses parents, elle a 17 ans lorsqu'elle emménage à Forks, où elle tombe amoureuse du vampire Edward Cullen. Déterminée à se transformer pour pouvoir vivre avec lui à jamais, et après avoir longtemps hésité entre Edward et Jacob, son meilleur ami loup-garou, elle choisit d'épouser le vampire. Ils peuvent enfin consommer leur mariage, la tension sexuelle entre les deux personnages étant "un argument narratif redoutable, exerçant, via la dilatation inouïe du marivaudage platonique et le report infini de la bagatelle, une véritable fascination", comme le souligne Slate.fr. Peu après la noce, Bella tombe enceinte et refuse d'avorter, contre l'avis d'Edward et au risque de perdre la vie. Elle finit par mettre au monde son enfant, mi-humaine mi-vampire, après avoir frôlé la mort.

Apologie du mariage et de la chasteté, romance pro-life mettant en scène une héroïne antiféministe entièrement dévouée à son époux et ayant pour seul but d'avoir des enfants… Les critiques adressées à la saga tiennent aussi beaucoup à la personnalité de son auteure. De confession mormone, Stephenie Meyer aurait retranscrit ses propres valeurs dans ses romans, souvent considérés comme une vitrine du puritanisme américain.

"[Bella] est une femme extrêmement déterminée. Je l'ai toujours vue comme une femme qui veut quelque chose" et qui "prend ses décisions sans tenir compte des avis des gens autour d'elle", défendait en 2011 Melissa Rosenberg sur le site canadien Canoë. La scénariste des longs métrages Twilight souhaitait écarter ainsi toute victimisation de l'héroïne dans la saga.

Mais la sociologue Divina Frau-Meigs, interviewée par Première.fr, voit dans le personnage de Bella un dévoiement de ce "girl power" souligné par la scénariste : "Le pouvoir aux filles, la vraie liberté, c'est la prise d'autonomie, l'empowerment par rapport à l'autorité masculine, à la famille, etc. (…) Le 'girl power' de Bella est complètement différent. Dans sa version humaine, mortelle, elle est fragile et déstabilisée par plein de choses (le divorce de ses parents, le déménagement, etc.). Elle ne devient maîtresse d'elle-même qu'à sa mort. C'est la mort qui lui permet d’accéder au pouvoir. Et pour elle, ce sera notamment celui de procréer."

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