Bernardo Bertolucci, le réalisateur du "Dernier Tango à Paris", est mort

Le réalisateur italien Bernardo Bertolucci, auteur notamment du "Dernier Tango à Paris", est mort lundi à Rome à l'âge de 77 ans, nous a annoncé son attachée de presse, Flavia Schiavi. Attiré par la recherche formelle, explorateur des rapports des individus à l'histoire, il est l'un des rares cinéastes italiens à avoir mené une partie de sa carrière à l'étranger.

Bernardo Bertolucci (à droite) sur le tournage du \"Dernier empereur\", 2 mai 1987
Bernardo Bertolucci (à droite) sur le tournage du "Dernier empereur", 2 mai 1987 (Neal Ulevich / AP / SIPA)
Selon les médias italiens, Bernardo Bertolucci était atteint d'un cancer.

Considéré comme l'un des géants du cinéma, le cinéaste avait remporté l'Oscar du meilleur réalisateur en 1988 pour "Le Dernier Empereur".
 

A 15 ans derrière la caméra

Né en 1941 à Casarola, dans la province de Parme, Bernardo Bertolucci est le fils d'Attilio Bertolucci, poète et critique de cinéma. Il a la révélation du cinéma en voyant "La Dolce Vita" de Federico Fellini. A 15 ans il reçoit en cadeau une caméra 16 mm avec laquelle il réalise ses premiers courts métrages. Parallèlement, il étudie la littérature à Rome et reçoit le Prix Viareggion de poésie à 20 ans, avant de devenir l'assistant de Pier Paolo Pasolini sur "Accatone".
 
Il peut ensuite pour la première fois porter à l'écran son scénario, "La Commare secca" (Les "Recrues"), une enquête policière sur l'assassinat d'une prostituée.
 
En 1963, il reçoit le prix de la Jeune critique à Cannes pour "Prima della rivoluzione" et continue à écrire des scénarios pour d'autres : il est l'auteur de celui d'"Il était une fois dans l'Ouest" de Sergio Leone.

Neuf Oscars pour "Le Dernier empereur"

Le scandale arrive avec "Le Dernier tango à Paris", en 1972. Alors véritable légende vivante, Marlon Brando y interprétait un de ses derniers rôles. Une scène de sodomie avait fait scandale et provoqué l'interdiction du film en Italie. La jeune actrice Maria Schneider, âgée de 19 ans au moment du tournage, en avait été profondément marquée, le réalisateur avouant par la suite que l'actrice n'avait pas été complètement avertie avant le tournage du contenu de cette scène.

La journaliste et écrivain Vanessa Schneider, cousine de la comédienne a publié "Tu t'appelais Maria Schneider", l'une des sensations de cette rentrée littéraire. Elle y parle d'un traumatisme jamais effacé, d'une vie et d'une carrière à tout jamais marquées par ce rôle de Jeanne dans "Le dernier tango à Paris".

En 1976, Bertolucci sort "Novecento", une de ses oeuvres majeures, une grande fresque qui part de l'itinéraire de deux Italiens nés dans le même village et traverse tout le XXe siècle, avec Robert de Niro, Burt Lancaster, Gérard Depardieu. Le film est devenu un classique du cinéma italien.

Adhérent du Parti communiste italien, il tourne "Le Conformiste" inspiré d'un roman d'Alberto Moravia, qui éclaire les motivations intimes de l'engagement d'un jeune bourgeois chez les fascistes sous Mussolini. 
 
En 1981, Ugo Tognazzi reçoit le prix d'interprétation masculine à Cannes pour son rôle dans "La Tragédie d'un homme ridicule".

Lion d'Or à Venise pour l'ensemble de son oeuvre

C'est la consécration en 1987 avec "Le Dernier empereur", film à grand spectacle qui rafle neuf Oscars, dont ceux du meilleur film et du meilleur réalisateur.

Bernardo Bertolucci est un des rares cinéastes italiens à avoir mené une partie de sa carrière à l'étranger. Après  "Le Dernier tango", il était revenu à Paris pour tourner son avant-dernier film, "The Dreamers" (2003), une histoire de passions politiques et de révolution sexuelle en 1968. C'est au Maroc qu'il a tourné "Un Thé au Sahara", une adaptation d'un livre de Paul Bowles,

Il avait reçu en septembre 2007 un Lion d'Or au festival de Venise pour l'ensemble de son oeuvre. Le cinéaste était apparu avec le déambulateur qui l'aidait à marcher à la suite d'un problème au dos. 

Le dernier empereur du cinéma italien, pour Gilles Jacob

"C'était le dernier empereur du cinéma italien, le seigneur de toutes les fresques et de toutes les frasques. La fête est finie: il faut être deux pour danser le tango", a déclaré lundi Gilles Jacob, ancien président du Festival de Cannes qui avait remis une palme d'honneur à Bertolucci en 2011.

"On se souviendra de lui comme d'un des plus grands du cinéma italien et mondial", a réagi de son côté le président de la Mostra de Venise, Paolo Baratta, rappelant que Bertolucci avait présidé deux fois le jury de ce festival, en 1983 et 2013. La Mostra lui avait également rendu hommage en lui décernant en 2007 un Lion d'Or pour sa carrière.

La maire de Rome, ville où le cinéaste avait choisi de vivre ses derniers jours, a salué en lui un "grand maître" du cinéma italien et mondial.

"Sa mort est aussi un peu la notre", a commenté pour sa part le réalisateur italien Marco Bellocchio, cinéaste de la même génération que Bertolucci et auteur lui aussi d'un film sulfureux qui avait fait scandale à sa sortie en 1986 : "Le diable au corps".

France 5 rend hommage à Bertolucci lundi 3 décembre à 20h50, avec la diffusion du film "Le dernier empereur".