Procès Weinstein : "S'exprimer à la barre, c'est plus difficile que raconter son histoire à un journaliste", explique l'avocate de deux victimes

Gloria Allred représente deux femmes qui accusent Harvey Weinstein de viols et d'agressions sexuelles.

Gloria Allred en août 2019 à New York. 
Gloria Allred en août 2019 à New York.  (JAMES KEIVOM / EPA)

C'est l'un des procès les plus attendus 2020. L'ancien producteur américain de cinéma Harvey Weinstein s'explique à partir de lundi 5 janvier devant la justice à New York, aux États-Unis. En 2017, le New York Times et New Yorker décrivaient le comportement de prédateur sexuel d’Harvey Weinstein. Depuis, plus de 90 femmes ont témoigné, ce qui a abouti au procès du producteur de cinéma.

L'avocate Gloria Allred représente deux de ces victimes présumées dans le procès pénal. Féministe, extrêmement médiatique, parfois critiquée, Allred défend depuis plus de quarante ans les femmes victimes de viols ou de harcèlement sexuels. C’est notamment elle qui a fait tomber l’acteur Bill Cosby. Franceinfo l’a rencontrée dimanche à New York, la veille de l'ouverture de ce procès historique.

franceinfo : Pourquoi ce procès est-il si important ?

Gloria Allred : En partie parce qu'au début, un grand nombre d'actrices de premier plan ont dit avoir été victimes de violences sexuelles de la part de Harvey Weinstein. Et quand des célébrités accusent un producteur, et, dans ce cas, probablement le plus connu à Hollywood, d'interférer avec leurs opportunités professionnelles en exigeant des contreparties sexuelles, ça défraye la chronique.

Vous représentez deux victimes présumées qui vont se présenter devant le tribunal. Face à elles, Weinstein aligne une armée d’avocats…

Harvey Weinstein a les moyens d'embaucher des avocats expérimentés. Parmi eux, il y a une femme. La plupart des hommes accusés de crimes sexuels essaient de faire embaucher une avocate pour la défense pénale parce qu'un jury peut avoir le sentiment qu'une femme ne représenterait pas une personne qui serait vraiment un prédateur sexuel. Mais dans une interview à CNN, elle a déclaré qu'elle ne souscrivait pas au mouvement #MeToo. Croit-elle que les femmes ne doivent pas prendre en main leur destin ? Pense-t-elle qu'elles doivent souffrir en silence ? Nous verrons.

Avez-vous prévenu vos clientes qu'elles seraient confrontées à des questions probablement très difficiles ?

Je m'attends à un contre-interrogatoire très vigoureux et brutal lorsqu'elles seront à la barre. S'exprimer à la barre, c'est bien différent de raconter son histoire à un journaliste. Parmi les 60 à 90 personnes qui ont fait des allégations contre M. Weinstein, certaines l'ont fait dans un cadre très confortable. C'est très différent d'une salle d'audience où un témoin doit lever la main et jurer de dire la vérité, toute la vérité et rien que la vérité.

Mais mes clientes Mimi [Haleyi], l'une des deux victimes présumées dans cette affaire pénale pour lesquelles des accusations ont été déposées, et Annabella [Sciorra], qui va témoigner sur la question de conduite sexuellement prédatrice, sont très, très courageuses. Je les admire, parce qu'elles ont beaucoup de pression. Elles n'ont aucun avantage personnel à agir. Elles ne recevront pas d'argent. Elles témoignent simplement parce que c'est la bonne chose à faire. Et je suis convaincue qu'il y aura un résultat.