World Press Photo : l'image d'une femme évacuée d'une maternité à Marioupol remporte le premier prix

La photographie de l'Ukrainien Evgeniy Maloletka "capture l'absurdité et l'horreur de la guerre" et "met en lumière le meurtre des futures générations d'Ukrainiens", selon le jury.
Article rédigé par franceinfo Culture avec AFP
France Télévisions - Rédaction Culture
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min
La photographie a été prise le 9 mars 2022, lors d'une frappe russe contre un hôpital de Marioupol (Ukraine). (EVGENIY MALOLETKA / WORLD PRESS PHOTO FOUNDATION / EPA / MAXPPP)

La main sur le bas de son ventre arrondi pendant qu'elle est évacuée, blessée, de la maternité dévastée de Marioupol, Iryna Kalinina, le visage pâle, lutte. L'image, prise par l'Ukrainien Evgeniy Maloletka, a remporté, jeudi 20 avril, le premier prix du World Press Photo. Miron, qui tirait son prénom du mot "paix", est mort-né à la suite de la frappe aérienne russe, presque deux semaines après le début de l'invasion de l'Ukraine. Une demi-heure plus tard, sa mère, âgée de 32 ans à peine, mourait à son tour.

Ce cliché pris par le photographe de l'agence Associated Press (AP) "capture l'absurdité et l'horreur de la guerre" et "met en lumière le meurtre des futures générations d'Ukrainiens", a déclaré le jury du plus prestigieux concours de photojournalisme. Cet Ukrainien, qui a été l'un des rares photographes à documenter le siège de Marioupol, a raconté être allé jusqu'à l'hôpital sitôt après la frappe et avoir vu des secouristes bénévoles transporter cette femme sur une civière.

"Cette image, c'est l'image que je veux oublier"

"Pour moi, cette image, c'est l'image que je veux oublier. Mais je ne le pouvais pas", a raconté Evgeniy Maloletka dans une vidéo diffusée sur le site du World Press Photo. "J'espère que tout le travail que nous avons fait aidera d'une manière ou d'une autre les gens à comprendre. Peut-être qu'il sera utilisé dans un dossier contre les crimes de guerre russes", a-t-il ajouté.

Symbole de la résistance ukrainienne, la cité portuaire de Marioupol, dans le sud-est de l'Ukraine, a été assiégée et bombardée pendant de longues semaines par les forces russes au début de l'invasion. La frappe contre l'hôpital, le 9 mars 2022, qui a fait trois morts et 17 blessés, avait immédiatement suscité des condamnations à travers le monde.

Marioupol est finalement tombée en mai 2022 après une résistance acharnée. Selon Kiev, elle a été à 90% détruite et au moins 20 000 personnes y ont péri. L'Union européenne a qualifié son siège de "crime de guerre majeur".

Des photos exposées à Amsterdam

Le World Press Photo a par ailleurs récompensé du prix "Histoire de l'année" Le Prix de la Paix en Afghanistan, une série de neuf clichés de Mads Nissen, déjà récompensé en 2021 pour la photo d'une étreinte pendant la pandémie de Covid. Ce photographe danois espère susciter, au-delà d'une prise de conscience, "un engagement avec les millions d'Afghans qui ont désespérément besoin de nourriture et d'aide humanitaire en ce moment".

Le prix du projet "long terme" a été décerné à la photographe arménienne Anush Babajanyan, qui a mis en lumière les impacts de la mauvaise gestion de l'eau après la fin de l'Union soviétique au Kazakhstan, en Ouzbékistan, au Kirghizstan et au Tadjikistan, aggravée par la crise climatique. Quant à l'Egyptien Mohamed Mahdy, il a été récompensé pour ses images d'un village de pêcheurs en voie de disparition.

Le travail des photographes sera exposé à partir du 22 avril à Amsterdam, où siège la fondation, avant d'être montré dans le monde entier.

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