Commémorations du 6 juin : les "Quatre Libertés" de Norman Rockwell exposées pour la première fois en France, à Caen

Peintes en 1942 et 1943, les "Quatre Libertés" du grand illustrateur américain Norman Rockwell, inspirées d’un discours de 1941 du président Franklin D. Roosevelt, sont exposées au Mémorial de Caen pour les 75 ans du débarquement en Normandie.

Installation de l\'exposition : Rockwell, Roosevelt et les quatre libertés.  Sur la photo \" Freedom of Speech \".
Installation de l'exposition : Rockwell, Roosevelt et les quatre libertés.  Sur la photo " Freedom of Speech ". (PHILIPPE RENAULT / MAXPPP)

Le Mémorial de Caen (Calvados) consacre du 10 juin au 27 octobre une exposition au grand illustrateur américain Norman Rockwell (1894-1978), à l’occasion des 75 ans du débarquement en Normandie.

Parmi les œuvres exposées figurent les Quatre Libertés, quatre tableaux à l’huile peints entre 1942 et 1943 illustrant un discours du président américain Franklin D. Roosevelt, prononcé le 6 janvier 1941, au moment où l’Europe vit sous le joug nazi, et onze mois avant l'entrée en guerre des États-Unis. Roosevelt y appelle de ses vœux un monde fondé sur "quatre libertés humaines essentielles" : la Liberté d'expression, la Liberté de conscience, la Liberté de vivre à l'abri du besoin et la Liberté d'être protégé.

Contribution à l’effort de guerre

"C'est la première fois que les 'Quatre Libertés' sortent des États-Unis", souligne Stéphane Grimaldi, directeur du Mémorial de Caen, qui héberge l'exposition. "Ce sont des œuvres majeures du patrimoine des États-Unis et des témoins de leur histoire".

FRANCE 3

Dans une reproduction de salon américain, évoquant les causeries au coin du feu, l'exposition du Mémorial offre au visiteur l'occasion de réécouter le discours inspirateur de ces toiles, discours qui a marqué l'histoire américaine.

Illustrateur pour le "Saturday Evening Post", Norman Rockwell avait lui-même été séduit par les paroles de Roosevelt et proposa au Bureau de la propagande de guerre (Office of war information), d'en faire des tableaux, ce que ce dernier refusa. Fruit d'un long travail, les quatre toiles seront finalement publiées dans le "Post" qui recevra ensuite des centaines de demandes de reproduction.

Une exposition itinérante à travers les États-Unis permettra même de lever plus de 130 millions de dollars en emprunts de guerre. Plus de 75 ans après avoir contribué au financement de l'effort de guerre américain, les Quatre Libertés apparaissent pour la première fois en dehors des Etats-Unis.

Willie Gillis, le GI idéalisé

Pour réaliser ces œuvres, Rockwell s'est comme souvent inspiré de scènes de la vie quotidienne, prenant comme modèles ses voisins d'Arlington, dans le Vermont.

Dans la Liberté d'expression (1942), un homme debout s'exprime au cours d'un conseil municipal pendant que l'assemblée l'écoute respectueusement. Et dans la Liberté d'être protégé, une mère et un père bordent deux jeunes enfants, paisiblement endormis, tandis que le journal tenu par le père titre sur "l'horreur" des bombardements en Europe.

Les tableaux de Norman Rockwell investissent le Mémorial de Caen
Les tableaux de Norman Rockwell investissent le Mémorial de Caen (FRANCE 3)

Les toiles exposées font largement référence à la période de guerre, vue sous l'angle des civils restés aux États-Unis, mais ne montrent aucune scène d'affrontement. "Norman Rockwell a été très critiqué pour sa bienveillance. Il ne parle pas de la mort, de la blessure, il ne parle pas de combat", note M. Grimaldi.

L'artiste, qui a entre-autres illustré le roman Tom Sawyer de Mark Twain, avait inventé un soldat nommé Willie Gillis, qu'il mit en scène dans des situations cocasses, donnant une image rassurante de l'armée américaine.

Le Mémorial met ce personnage fictif en contraste avec un portrait d'Heinrich Himmler, cerveau de la "solution finale", représenté devant une montagne de cadavres, une œuvre réalisée en 1943 par l'illustrateur Boris Artzybasheff pour Time magazine.

Les Droits civiques

Les années d'après-guerre sont surtout centrées sur la lutte pour les droits civiques, avec notamment The problem we all live with (1963), dans lequel une petite fille noire de six ans fait sa rentrée sous l'escorte de quatre agents fédéraux dans une école jusque-là réservée aux blancs. Comme toujours, Rockwell y insère une foule de détails comme ce graffiti "nigger" (nègre) ou cette tomate écrasée sur le mur. Première commande pour le magazine Look, le tableau a un temps été accroché à la Maison Blanche, sous Barack Obama.

Norman Rockwell (1894-1978), Le problème qui nous concerne tous, 1963. Huile sur toile, 91,4x148,1 cm. Illustration pour Look du 14 janvier 1964.
Norman Rockwell (1894-1978), Le problème qui nous concerne tous, 1963. Huile sur toile, 91,4x148,1 cm. Illustration pour Look du 14 janvier 1964. (Collection du Norman Rockwell Museum.)

Dans Meurtre dans le Mississipi (1965), Rockwell tranche avec la bienveillance de ses œuvres précédentes, en représentant trois militants des droits civiques, en sang, au moment de leur assassinat par le Ku Klux Klan.

"On voulait faire une exposition qui raconte une histoire de l'Amérique", résume M. Grimaldi, qui précise que le Mémorial a dû consentir un "très gros investissements" pour accueillir ces œuvres.

Norman Rockwell & Les Quatre Libertés : Mémorial Caen-Normandie, du 10 juin au 27 octobre 2019.