Paris : le mouvement « Esthétique » au Musée d’Orsay

Le Musée d’Orsay accueille une exposition rétrospective sur le mouvement britannique « Aesthetic » (Esthétique) jusqu’au 15 janvier 2012 : « Beauté, morale et volupté dans l’Angleterre d’Oscar Wilde ». Une des rares occasions de voir en France la production de cette école qui recouvre tant la peinture, l’illustration, la photographie, les arts décoratifs et l’architecture, qui s’avèrera également la première manifestation du design dans l’ameublement et les objets.

Post-préraphaélites
Né en 1860 et étendu jusqu’à 1900, le mouvement Aesthetic dérive de l’école picturale britannique préraphaélites. Né en 1848 sous l’impulsion de William Holman Hunt, John Everett Millais et Dante Gabriel Rossetti, ils furent vite rejoints par d’autres, tels Edward Burne-Jones ou William Morris.

Leur crédo est inspiré par les écrits du critique d’art John Ruskin qui deviendra leur mentor et défenseur. Ils prônent l’art pour l’art et un rejet de tout académisme en se référant à la peinture de la première renaissance, c'est-à-dire antérieur à Raphaël, d’où leur appellation de préraphaélites. Les sujets sont souvent littéraires, mythologique, religieux, historiques, mais également sociaux, alors que tout un pan du mouvement se consacre au paysage, notamment orientaliste, et se lance, avant les Impressionnistes, dans la peinture de chevalet en extérieur.

Critiqués par l’establishment, les préraphaélites ont pour eux l’enthousiasme de la jeunesse. Leurs canons esthétiques en rupture avec les conventions vont drainer l’adhésion de nombreux artistes et le mouvement, ou son influence, s’étendra jusque dans les années 1920. Entre-temps, vers 1860, il se transforme en « Aesthetic movement », notamment sous l’influence de William Morris et Edward Burne Jones dont les œuvres s’étendent désormais à l’ameublement, les vitraux, la tapisserie, l’édition, ou la céramique.

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Réaction contre l’industrialisation
Cette deuxième partie du XIXe siècle anglais est marquée par la Révolution industrielle qui transforme tant la société que le paysage d’outre-manche. Le mouvement Aestetic entre en réaction contre ce qu’il considère comme une atteinte à la beauté, en la galvanisant dans ses œuvres et une production manufacturée haut de gamme.

Oscar Wilde, qui est identifié comme porte-parole du mouvement, bien que son premier écrit sur le sujet date de 1877, exalte cet « amour du beau » en rejetant la laideur industrielle.

Motivé par un idéal social qui veut mettre le beau à la portée de tous, l’école, comme d’autres plus tard (De Stilj, Bauhaus), ne parviendra pas à atteindre son but mais mettra en place les bases d’une production qui lanceront celle du design tel que nous le connaissons. Parmi les fondateurs de ce design naissant : William Morris, Christopher Dresser ou Edward William Goldwin.

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Un exotisme occidentalisé
Américain, mais britannique d’adoption, James Mc Neil Whistler est également un des principaux fers de lance du mouvement Esthétique. Peintre, il est aussi architecte d’intérieur et décorateur, dont toute la richesse est rassemblée dans la remarquable Peacock Room (1876-1877) qu’il réalisa pour l’armateur Frederick Leyland.

Whistler, grand amateur d’art japonais,  glissa nombre de références nipponnes dans ses toiles, comme des éventails, des paravents, ou des porcelaines. Son influence fut déterminante dans le mouvement en imposant les porcelaines bleues et blanches comme canon décoratif de l’intérieur Esthétique. Tant, que les caricaturistes en firent leur choux blanc pour stigmatiser le goût du jour.

L’influence extrême-orientale est lisible dans bien d’autres domaines, tel le Buffet d’Edward William Godwin de1867-1875 ou la Théière Diamant de Christopher Dresser de 1879. L’Antiquité est également une valeur majeure que l’on retrouve dans les toiles de Leighton, Alma Tadema, ou Moore, mais aussi dans l’ameublement, tel le fauteuil de Sir Lawrence Alma-Tadema (1836-1912).

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Décadence : « The Yellow Years »
Si la beauté « Aesthetic » s’est popularisée jusqu’à devenir une mode, cible des critiques, ce ne sont pas elles qui sont venues à bout de l’idéal, mais un mouvement naturel, commun à tous les arts. Les années 1890 sont en effet abondantes en œuvres importantes et révolutionnaires qui stigmatisent la bascule dans un autre temps.

La figure emblématique en est sans doute celle d’Aubrey Beardsley, disciple d’Edward Burne Jones, qui s’en émancipa en produisant une œuvre d’illustration en littérature. Ainsi « La Mort d’Arthur » (1893) et ses dessins à la plume pour la pièce d’Oscar Wilde, « Salomé » (1894), aux représentations sexuelles non équivoques. Collaborateur à la revue livresque « Yellow Book », dont l’influence va jusqu’à qualifier toute la période, Beardsley devait mourir prématurément à 26 ans.

Son influence reste déterminante sur l’Art nouveau en pleine effervescence, par l’arabesque de son trait et les contrastes de noir et blanc purs, caractéristiques de sa production, ainsi que la sensualité lascive, sinon androgyne, de ses figures. Un passage de relais qui s’effectue en même temps de l’Angleterre vers la France.

15
Huile sur toile, 156 x 186 cm
Londres, Victoria and Albert Museum, legs Mme Ellen Coltart
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25
Tapisserie haute lisse, laine et soie sur trame de coton, 258 x 377,5 cm
Paris, musée d'Orsay, don de M. Pierre Bergé, 2009Musée d'Orsay, dist. RMN / Patrice Schmidt
35
Fabriqué par James Dixon & Sons, Sheffield
Argent et nickel électrogalvanisés, poignée en ébène
Londres, Victoria and Albert Museum
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45
Huile sur toile, 102,2 x 115,2 cm
Londres, Victoria and Albert MuseumV&A Images
55
Huile sur toile, 53 x 41,5 cm
Londres, collection particulière, c/o Christie'sChristie's Images