"Le rire de Cabu" : une exposition rend hommage au dessinateur de "Charlie Hebdo" à l'Hôtel de Ville de Paris

Près de 350 dessins de Cabu, dont certains inédits, sont exposés jusqu'au 19 décembre. 

Le bureau de Cabu : installation à l\'entrée de l\'exposition \"Le rire de Cabu\" à l\'Hôtel de Ville de Paris. 
Le bureau de Cabu : installation à l'entrée de l'exposition "Le rire de Cabu" à l'Hôtel de Ville de Paris.  (Manon Botticelli/ Franceinfo Culture)

Ses personnages Grand Duduche et Dorothée, son amour pour le jazz et la liberté, son combat contre "l'injustice et la connerie", son humour… Tout l'univers de Cabu,  Jean Cabut de son vrai nom, dessinateur de presse notamment pour Charlie Hebdo, est à découvrir à l'Hôtel de Ville de Paris. Trois cent cinquante dessins sont présentés, dont certains inédits. Une exposition gratuite (sur réservation), à la fois joyeuse et émouvante, qui rend hommage à ce grand artiste et journaliste, mort tragiquement le 7 janvier 2015 lors de l'attentat au siège de Charlie Hebdo.

"Cette exposition trouve son origine au lendemain des attentats de janvier 2015. Véronique Cabut et Anne Hidalgo se sont rencontrées peu après et ont décidé que l'exposition aurait lieu" explique Carine Rolland, adjointe à la Culture de la Mairie de Paris. "Le message que l'on veut faire passer est qu'on peut exprimer des idées en gardant toujours le sourire", continue-t-elle. L'exposition dure jusqu'au 19 décembre. Elle devait avoir lieu au printemps mais a été repoussée à cause du coronavirus et se tient en même temps que le procès aux assises de quatorze personnes soupçonnées de soutien logistique aux auteurs des attentats de Charlie Hebdo.

"Ranger" le bureau de Cabu

"On vous accueille directement à son bureau, ce bordel magnifique qui constituait son espace de travail", lance Jean-François Pitet, commissaire de l'exposition et ami du dessinateur. Effectivement, à l'entrée, on se retrouve devant un fatras de feuilles, de carnets, et de journaux qui s'échappe d'une photo du dessinateur souriant derrière son bureau. "Cette exposition consiste à ranger le bazar de Cabu, qui était quelqu'un qui gardait tout et ne rangeait rien", explique Jean-François Pitet.

Et pour "ranger" ce bureau, l'Hôtel de Ville propose un parcours thématique permettant aux visiteurs de (re)découvrir de manière exhaustive l'œuvre du caricaturiste. L'exposition s'ouvre sur une présentation de ses personnages emblématiques : le Beauf "qui incarne la bêtise", Dorothée et son grand nez, Grand Duduche "son alter ego", la fille du proviseur... C'est à travers ces personnages que Cabu va porter ses combats : il dénonçait déjà le bizutage sur une planche en 1963.

Le Nez de Dorothée, 1986A retrouver dans la section \"Les personnages de Cabu\".
Le Nez de Dorothée, 1986A retrouver dans la section "Les personnages de Cabu". (V. Cabut)

On explore ensuite des thèmes chers au dessinateur : du jazz à la politique en passant par les peoples, notamment son aversion pour Johnny, et les sujets de société, "des moments importants de la société française que Cabu a chroniqués avec intransigeance" pendant 60 ans de carrière, explique Jean-François Pitet. 

Un atelier de caricature

"On a fait cette sélection avec plusieurs critères : il fallait faire rire, réfléchir, mais aussi montrer tout le talent de l'artiste derrière le dessinateur de presse", explique-t-il, notant que Cabu était "toujours dans le dessin d'après". "C'est pour cela qu'on se retrouve avec une œuvre extrêmement prolifique", avance-t-il. Certaines images, presque prémonitoires, résonnent drôlement avec notre actualité. Comme ce dessin de 1973 représentant un couple réfugié dans un bunker qui commande sur catalogue malgré la désolation à la surface. Ou encore cette caricature de Jean-Pierre Pernaut qui s'exclame : "Je veux regarder la France au fond du jardin".

C'est quelqu'un qui n'arrêtait pas de dessiner et de mettre ses crayons au service de la liberté d'expression.Jean-François Pitet, commissaire de l'exposition "Le rire de Cabu"

L'exposition ne se limite pas aux planches. Des films (extraits du club Dorothée, sa rencontre avec le président François Hollande), des objets (ses crayons) et des documents (une lettre de Barack Obama, sa carte de presse) viennent enrichir cette exposition. Profitant du grand espace qu'offre l'Hôtel de Ville, haut de plafond, de grandes reproductions proposent aux visiteurs de plonger dans son univers coloré. Pour les apprentis dessinateurs, un atelier permet d'apprendre à dessiner avec la méthode de Cabu ou même à se caricaturer, à l'aide d'une rangée de miroirs. Les plus belles créations seront par la suite diffusées.

\"Emmanuel Macron, l\'hémisphère droit de Hollande ... qui prend toute la place ?\" Le Canard Enchaîné, 2014. A retrouver dans la section \"Les présidents de Cabu\". 
"Emmanuel Macron, l'hémisphère droit de Hollande ... qui prend toute la place ?" Le Canard Enchaîné, 2014. A retrouver dans la section "Les présidents de Cabu".  (V.Cabut)

En fin de parcours, une assemblée de visages dessinés s'étale sur un mur. Ce sont "les copains inoubliables". "On rend hommage aux amis de Cabu notamment à ceux partis en même temps que lui le 7 janvier 2015. On a exposé un dessin d'Honoré sur Cabu, de Cabu sur Honoré, la même chose pour Tignous, Charb et son grand copain Wolinski", explique Jean-François Pitet, qui ajoute : "Cela nous semblait important que ses amis soient aussi autour de lui."

"Le rire de Cabu"
Hôtel de Ville de Paris, Place de l'Hôtel de ville 75004 Paris 
Du lundi au samedi de 10h à 18h30
Gratuit sur réservation
Du 9 octobre au 19 décembre 2020

Affiche pour Charlie Hebdo, 1994A retrouver dans la section \"Les combats de Cabu\". 
Affiche pour Charlie Hebdo, 1994A retrouver dans la section "Les combats de Cabu".  (V.Cabut)