La mystérieuse Vivian Maier au musée du Luxembourg avec ses autoportraits, ses photographies de rue et ses jeux d'enfants

Vivian Maier avait eu une exposition importante au château de Tours en 2014 mais jamais à Paris. Le musée du Luxembourg propose la première rétrospective parisienne de la photographe mystérieuse devenue mythique. A ne pas rater même si on reste sur sa faim du côté de la couleur.

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France Télévisions Rédaction Culture
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A gauche, Vivian Maier, Chicago, 1956, tirage argentique, 2014 - A droite, Vivian Maier, Chicago, 1957, tirage argentique, 2012 (A gauche et à droite : © Estate of Vivian Maier, Courtesy of Maloof Collection and Howard Greenberg Gallery, NY)

Depuis une dizaine d'années, depuis la publication de quelques images sur Flickr et sa première exposition en 2011 au Chicago Cultural Center, Vivian Maier fascine le monde. L'exposition du musée du Luxembourg ne s'attarde pas sur son parcours extraordinaire raconté mille fois. Elle nous fait surtout réaliser un peu davantage à quel point celle qu'on a appelée la nounou photographe était tout simplement une grande photographe. On ne s'en lasse pas et on découvre toujours de nouvelles images, même si la section sur la couleur est décevante.

Il faut tout de même revenir en quelques mots sur l'histoire rocambolesque d'une artiste et d'une œuvre qui auraient pu disparaître à jamais. En 2007, un jeune agent immobilier, John Maloof, achète par hasard à une vente aux enchères des cartons contenant des tirages et des négatifs, dont certains jamais développés. Quand il se rend compte de leur valeur, il recherche leur auteur dont il retrouve la trace deux ans plus tard, alors qu'elle vient de mourir. Au total, avec les autres lots en vente, son œuvre comprend plus de 120 000 photographies, le plus souvent en noir et blanc mais aussi en couleur, plus des films et des documents.

Photographie : la surprenante histoire de Vivian Maier, immense artiste restée dans l'ombre
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Un mystère

Vivian Maier, née en 1926 à New York d'une mère française et d'un père d'origine autrichienne a travaillé toute sa vie comme garde d'enfants dans des familles de New York puis de Chicago. Parallèlement, elle a pris des dizaines de milliers de photos, essentiellement dans les rues de ces deux villes. Elle n'a pas vu beaucoup de ces images qu'elle n'a pas pu développer et tirer. Elle n'a montré ses photographies à personne et on ignore si c'est par choix ou par manque d'opportunités. Le mystère de cette femme ballottée entre la France et les Etats-Unis, qui a eu peu de contacts hormis les familles qui l'employaient reste grand.

Elle a terminé sa vie dans la misère et c'est ainsi que son œuvre a fini dans une vente aux enchères qui devait servir à payer des loyers du garde-meuble où elle avait dû entreposer toutes ses affaires.

Entre photographie humaniste française et street photography américaine, Vivian Maier se situe parmi les plus grands. Si elle est autodidacte, elle connaît les photographes de son époque qu'elle a vus au MoMA ou dans des livres, nombreux, qu'on a retrouvé dans ses cartons.

Vivian Maier, Chicago, 16 mai 1957 tirage argentique, 2012 (© Estate of Vivian Maier, Courtesy of Maloof Collection and Howard Greenberg Gallery, NY)

Portraits et scènes de rue

L'exposition s'ouvre sur une série d'autoportraits. Toute sa vie, Vivian Maier a saisi sa propre image un peu austère, d'une façon souvent géniale et non dénuée d'humour : elle profite d'un miroir croisé sur son chemin ou d'un reflet dans une vitre. Parfois elle se met en abyme à l'infini grâce à plusieurs miroirs. Ou bien elle capte sa silhouette, déformée, en ombre.

Dans la rue aussi, elle photographie les scènes ou les attitudes banales qui peuvent prendre un tour cocasse, quand un policier prend les mains d'une vieille femme en colère, qu'un enfant joue avec un carton plus grand que lui, que des hommes coiffés d'un chapeau lisant le journal sont alignés les uns derrière les autres dans les transports.

Il y a, en plus gros plan, les portraits faits également dans la rue. Ils montrent son intérêt pour les gens du peuple, les Noirs, mais aussi les femmes de la haute. Elle surprend ses sujets de près, parfois dans une contreplongée que permet le Rolleiflex, à hauteur de pitrine de la photographe. Des sourires disent l'assentiment, la complicité. Parfois, le regard traduit l'agacement d'être pris à son insu.

Vivian Maier, Chicago, 1960, tirage argentique, 2020 (© Estate of Vivian Maier, Courtesy of Maloof Collection and Howard Greenberg Gallery, NY)

Corps fragmentés

Le plus frappant dans cette exposition, c'est ce que la commissaire a appelé un peu pompeusement les gestes interstitiels. Là, Vivian Maier fragmente les corps, se concentrant sur des attitudes, des moments fugitifs qui en disent long, des pieds, des dos, des mains qui se détachent souvent. Les pieds fatigués d'une vieille femme, la bouche ouverte et la tête penchée en arrière d'un homme qui dort sur un banc, un autre allongé à terre. Et puis tous ces corps de dos, dont elle a coupé le haut et les jambes : la légèreté des doigts entrelacés d'un couple, des mains qui tiennent un cigare.

Vivian Maier a aussi particulièrement bien su saisir les attitudes, les émotions et les jeux des enfants, dans la rue et surtout dans les familles avec qui elle passait beaucoup de temps. Il y a une image géniale de pieds accrochés sur le bord d'une piscine, le corps plongé dans l'eau, ou un bob qui dépasse à peine d'une table. Là encore elle fragmente les corps : les jambes d'un petit garçon allongé répondent aux bras d'un autre enfant posé à côté de lui, les genoux de deux petits assis dans l'herbe se regardent.

On découvre des images poétiques d'un gant écrasé sur le bitume, une feuille de lignes d'écriture accrochée dans un arbre, des fils tendus dans un jardin, une fleur minuscule sur les lattes d'une maison en bois, un journal tombé sur le pavé.

Vivian Maier, New York, 1953, tirage argentique, 2020 (© Estate of Vivian Maier, Courtesy of Maloof Collection and Howard Greenberg Gallery, NY)

Où est la couleur ?

En revanche, la section consacrée au travail de Vivian Maier en couleur est décevante. A la même époque qu'Ernst Haas, Joel Meyerowitz ou William Eggleston, qui sont considérés comme des pionniers de la photographie couleur, voire avant eux, elle a exploré ce moyen d'expression, laissant derrière elle plus de 40 000 diapositives Ektachrome. A une époque où la couleur était réservée à la publicité et aux magazines, elle s'est amusée à traquer les correspondances de couleurs, attrapant le rose d'un chapeau extravagant, le rouge d'un manteau, le jaune d'un bouquet de fleurs dans un cabas. L'exposition, qui propose quelques tout petits tirages, ne rend pas compte de ce travail effectué dès les années 1950.

Vivian Maier
Musée du Luxembourg
19 rue de Vaugirard, 75006 Paris
Tous les jours 10h-19h, nocturne le lundi jusqu'à 22h (fermeture anticipée à 18h les 24 et 31 décembre)
13€ / 9€
Du 15 septembre 2021 au 16 janvier 2022

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