L'architecte Jean Nouvel a conçu le nouveau Musée national du Qatar comme une rose des sables

Le Musée national du Qatar, conçu par Jean Nouvel, sera inauguré le 27 mars à Doha, en présence notamment du Premier ministre Edouard Philippe. Dans une interview au Journal du Dimanche, le célèbre architecte français, lauréat du prestigieux prix Pritzker en 2008, expose l'esprit de la construction de ce bâtiment, et défend par ailleurs son travail dans des pays aux régimes autoritaires.

Le musée national du Qatar à Doha s\'inspire d\'une rose des sables.
Le musée national du Qatar à Doha s'inspire d'une rose des sables. (Iwan Baan / HANDOUT / AFP)
Le Musée national du Qatar, œuvre de Jean Nouvel, sera inauguré sous le haut patronage de cheikh Tamim bin Hamad bin Khalifa Al Thani. 
Le musée national du Qatar à Doha.
Le musée national du Qatar à Doha. (Iwan Baan / HANDOUT / AFP)

"Chaos organisé"

Érigé autour du palais historique du Qatar et entouré de vastes jardins, le nouveau bâtiment de 40.000 mètres carrés imaginé par Jean Nouvel englobe les collections de l’ancien musée et intègre des œuvres contemporaines d’artistes qataris et internationaux et des collections d'objets rares et précieux. 
Le musée national du Qatar à Doha.
Le musée national du Qatar à Doha. (Iwan Baan / HANDOUT / AFP)
L'architecte choisi par l'ancien ministre de la Culture Saoud Al Thani pour construire le Musée national du Qatar, a expliqué dans un entretien à l'hebdomadaire le Journal du dimanche qu'il avait eu l'idée de le redessiner pour lui donner l'apparence d'une rose des sables, de façon à en faire "un bâtiment iconique". "C'est plutôt un chaos organisé", a-t-il expliqué, en admettant qu'il s'agissait "d'un projet un peu fou techniquement", avec "un tel bâtiment de 350 mètres de long, traversé de 539 disques acérés et aléatoires".

Travailler pour des régimes autoritaires

Jean Nouvel, qui a également conçu le Louvre Abu Dhabi et a été choisi pour participer au méga-projet d'aménagement du site archéologique d'Al-Ula en Arabie saoudite (avec une mission de conseil et la construction d'un complexe touristique et de conférences internationales), a défendu au passage le fait de travailler pour des régimes autoritaires comme celui du prince saoudien Mohammed Ben Salmane.

"L'architecture est pour moi un acte culturel, dont l'objet est de rendre possible et plus facile la vie des personnes dans un lieu", dit-il, ajoutant : "je travaille à l'échelle du siècle ou des siècles, pour les peuples, pas pour une personne ponctuellement au pouvoir". Il poursuit toutefois en précisant qu'il ne pourrait pas "construire le siège d'un parti politique dont je ne partage pas les idées", comme l'ex-Front national (extrême-droite) en France.

La controverse autour de la revitalisation de la casbah d'Alger

Jean Nouvel a également rejeté les appels d'architectes, urbanistes et universitaires qui lui ont récemment demandé de renoncer à une mission de "revitalisation" de la célèbre casbah d'Alger. 
L'homme a été choisi par le wali (préfet) d'Alger sur proposition de la région Ile-de-France dans le cadre d'un partenariat. La mission qui lui a été confiée (en décembre 2018) consiste à élaborer un plan de revitalisation de ce quartier très densément peuplé, classé depuis 1992 au patrimoine mondial de l'Humanité de l'Unesco.

"Je ne comprends pas la controverse. Quel que soit le devenir politique de l'Algérie, la casbah ne peut pas rester comme ça", plaide-t-il, en soulignant que nombre des structures de ce quartier historique sont aujourd'hui en très mauvais état.