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Art et danse, le pas de deux

Quand le corps se libère, s'exprime, devient œuvre et même pinceau. Le centre Pompidou présente à Paris jusqu'au 2 avril 2012 l'exposition "Danser sa vie, art et danse de 1900 à nos jours" qui rassemble près de 450 œuvres.

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Ernst Ludwig Kirchner, "Totentanz der Mary Wigman", 1926-1928. Huile sur toile - 110 x 149 cm. (WICHTRACH / BERNE, GALERIE HENZE & KETTERER& TRIEBOLD)

Des danseurs qui peignent et s’inspirent de grandes toiles, des peintres qui dansent et sont influencés par des chorégraphies… c’est le curieux spectacle que présente le centre Pompidou du 23 novembre 2011 au 2 avril 2012 avec l’exposition "Danser sa vie". Présentant près de 450 œuvres (et pas des moindres : Matisse, Picasso, Warhol…) disséminées sur plus de 2 000 m2, l’événement démontre finalement qu'il ne faut pas faire le grand écart pour passer des arts plastiques à la danse. La preuve.

Des corps nus

L’exposition commence au début du XXe siècle. La période est marquée par une lente libération des corps : la fin du corset pour les femmes, les débuts du naturisme en Allemagne jusqu’à des défilés de militants nus, en 1917, au début de la révolution russe, avec ce slogan "A bas la honte !". A l'aube de ce siècle, une onde sensuelle traverse également la danse et la peinture. Sur les planches, l’étoile russe Nijinski fait sensation dans le ballet L’Après-Midi d’un faune en apparaissant dans un maillot si près du corps que l’artiste semble presque nu alors qu’Henri Matisse (avec La Danse) et André Derain (et sa Danse bachique) exposent des corps débarrassés de leurs vêtements.

Adolphe De Meyer, "Nijinski à mi-corps, tenant une grappe de raisins", 1914. Epreuve photomécanique (collotype) - 20,9 cm x 15,8 cm. (COLLECTION MUSÉE D’ORSAY, PARIS)

Des corps qui s’expriment

En plus de sortir de leur carcan, les corps "parlent". Alors que la première guerre mondiale menace, le mouvement de peinture expressionniste, en Allemagne, crée des toiles violentes évoquant l’amour et la mort, où les corps torturés, les gestes exagérés dramatisent l’expression des sentiments. Exemple ? Le peintre Emil Nolde est fasciné par la danse "en tant que mouvement et expression de la vie". Dans cette toile qui évoque le sabbat, il cherche à transposer le sentiment d’extase, la transe, en faisant lui-même de grands mouvements avec son pinceau, très visibles à la surface du tableau.

Emil Nolde, "Kerzentänzerinnen" ("Danseuses aux bougies"), 1912. Huile sur toile - 100,5 cm x 86,5 cm. Neukirchen, Stiftung Seebüll Ada und Emil Nolde. (© NOLDE STIFTUNG SEEBUELL, ALLEMAGNE)

Emil Nolde rencontre de nombreux danseurs, parmi lesquels l’Allemande Mary Wigman, qui exprime les mêmes outrances par son corps. Dans sa chorégraphie de la sorcière, la danseuse allemande, agitée de soubresauts, les muscles crispés, semble ainsi traversée par des pulsions de vie et de mort.

Charlotte Rudolph, Mary Wigman dans "Hexentanz", 1926. (WICHTRACH/BERNE, GALERIE HENZE & KETTERER&TRIEBOLD)

Mary Wigman inspirera de nombreux peintres, notamment Ernst Ludwig Kirchner qui ne rate aucune des répétitions de la danseuse.

Ernst Ludwig Kirchner, "Totentanz der Mary Wigman", 1926-1928. Huile sur toile - 110 x 149 cm. (WICHTRACH / BERNE, GALERIE HENZE & KETTERER& TRIEBOLD)

Des corps dématérialisés

Au début du XXe siècle, l’industrialisation progresse, les machines s’imposent aux ouvriers et parfois les remplacent. Parallèlement se développe l’art abstrait, un art qui ne représente rien de concret dans la réalité, mais simplement des couleurs et des lignes. Révolutionnaire ! Un des pionniers de l’art abstrait, le Russe Vassily Kandinsky, explique dans son ouvrage Du Spirituel dans l’art, comment la danse lui a servi pour inventer cette toute nouvelle façon de peindre.

Et de la même façon, certains danseurs ne vont plus chercher à exprimer des émotions, des sentiments, mais vont se servir de leur corps comme un support, pour créer des mouvements de couleur, tracer des lignes dans l’espace. Le sculpteur français Nicolas Schöffer réalise même un projet fou : faire fusionner ses œuvres lumineuses et mobiles à des danseurs réduits à de simples formes géométriques.

Yves Hervochon, Maurice Béjart et Spatiodynamique 16,1953. Epreuve gélatino-argentique, 20,2 x 16 cm. (PARIS, ARCHIVES ELÉONORE DE LAVANDEYRA SCHÖFFER)

Des corps pinceaux

Et tant qu'à fusionner les disciplines, pourquoi ne pas carrément danser dans les musées ou les galeries ? De courts spectacles, appelés performances, naissent pendant la première guerre mondiale mêlant arts plastiques, théâtre, chorégraphies... Une des principales activistes a pour nom Sophie Taeuber-Arp (compagne du sculpteur Jean Arp). Cette sculptrice ne se contente pas de danser. Elle invente des costumes et des masques pour le moins étonnants, inspirés de l'art africain.

Anonyme, Sophie Taeuber-Arp dansant avec un masque de Marcel Janco au cabaret Voltaire, Zürich,1916. Epreuve gélatino-argentique. (© CLAMART, FONDATION ARP, MAISONS-ATELIERS JEAN ARP ET SOPHIE TAEUBER)

Après la seconde guerre mondiale, les artistes vont plus loin. Désormais, c'est le corps qui fait l'œuvre. Le Français Yves Klein, connu pour ses grands tableaux uniformément bleus, se sert de modèles dénudés comme pinceau. Une étrange technique de création reprise récemment par le chorégraphe Jan Fabre qui a troqué la peinture pour plusieurs litres d'huile ! L'union de l'art et de la danse sera poisseuse ou ne sera pas.

Jan Fabre, "Quando l’uomo principale è una donna", 2004. Direction, scénographie et chorégraphie : Jan Fabre. Production : Troubleyn / Jan Fabre (Anvers, Belgique), en coproduction avec le théâtre de la Ville (Paris, France), deSingel (Anvers, Belgique), avec le support du festival Iberoamericano de Teatro de Bogotá. (FILMÉ PAR CHARLES PICQ A LA MAISON DE LA DANSE, LYON, AVRIL 2004)

• Exposition "Danser sa vie, art et danse de 1900 à nos jours"

• Du 23 novembre au 2 avril 2012
Centre Pompidou
Place Geroges Pompidou
Paris, 4e 
Métro : Hôtel de Ville, Rambuteau

• Ouvert tous les jours de 11h à 21h, sauf le mardi
Tarifs : 8 euros / 12 euros
Le site du musée

• Catalogue de l'exposition
Danser sa vie, de Christine Macel et Emma Lavigne
Centre Pompidou éditions, 49,90 euros. 

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