Victoires de la musique : pourquoi certains lauréats ont été (trop) vite oubliés

Le palmarès 2014 des Victoires de la musique, qui sera connu ce soir, regroupera à coup sûr des talents aujourd'hui très connus. Mais le destin de certains lauréats des précédentes éditions démontrent que la gloire est parfois éphémère.

Le rappeur Kamini, récompensé par une Victoire de la musique pour le clip de \"Marly Gomont\", le 10 mars 2007 à Paris.
Le rappeur Kamini, récompensé par une Victoire de la musique pour le clip de "Marly Gomont", le 10 mars 2007 à Paris. (MAXPPP)

Elles viennent couronner ce qui se fait de mieux dans la production musicale hexagonale. Mais les Victoires de la musique, dont la 29e édition est diffusée vendredi 14 février sur France 2, réserve aussi parfois son lot de surprises. Le palmarès compte ainsi dans ses rangs quelques chanteurs et musiciens qui n'ont pas marqué de leur empreinte l'histoire de la musique française. Francetv info se penche sur ces artistes récompensés, mais parfois oubliés.

Parce qu'ils n'ont fait qu'un seul tube

Leurs noms ne rappelleront pas grand chose au public. Leur chanson, en revanche, fera s'allumer une petite lumière dans ses yeux. Ces artistes ont suscité de grands espoirs en interprétant un tube qui leur a permis d'être récompensés par une Victoire de la musique. Avant de retourner dans l'anonymat. En anglais, on les appelle les "one hit wonders".

Le meilleur exemple reste Philippe Lafontaine. Le Belge a été propulsé révélation de l'année en 1989 grâce à Cœur de loup, son titre phare aux influences jazz qui fait alors se déhancher toute la France. Un énorme tube qui reste le seul grand succès du crooner venu de Charleroi.

La même année, une autre étoile filante de la chanson française est mise à l'honneur. Corinne Hermès, connue à l'époque pour avoir remporté l'Eurovision en 1983 pour le Luxembourg, est récompensée d'une Victoire de la musique, catégorie révélation féminine. Son titre Dessine-moi tourne alors en boucle à la radio. Elle ne connaîtra ce succès qu'une fois dans sa carrière.

Elle a changé plusieurs fois de noms de scène, avant de connaître la gloire. Finalement, en 1994, Nina Morato se fait enfin connaître et devient lauréate des Victoires de la musique, là encore comme révélation féminine grâce à son titre Maman. A ses côtés, un jeune guitariste fait ses premières armes : il s'appelle Mathieu Chédid et deviendra -M- quelques années plus tard. Le nom de Nina Morato, lui, disparaîtra à nouveau des écrans radars.

En 1999, une nouvelle branche du hip-hop français pousse : le rap celtique. Son seul représentant, le groupe Manau, triomphe dans les bacs avec son tube La Tribu de Dana. Du coup, son album Panique Celtique est nommé album rap de l'année aux Victoires de la musique. Depuis, les rappeurs amateurs de bignou, malgré un second disque qui se vendra assez bien, n'ont jamais retrouvé les sommets.

Parce qu'ils n'avaient pas grand-chose à faire là

En 1996, un certain malaise s'est emparé de la cérémonie quand est arrivé le moment de désigner la révélation féminine de l'année, dans la catégorie variété. Parmi les nommées, on compte la populaire Ophélie Winter, la prometteuse Axelle Renoir et une chanteuse folk-rock quasi-anonyme, Stephend. Et c'est cette dernière qui l'emporte à la surprise générale. Elle monte alors sur scène et interprète Tu vis encore, adaptation française inconnue de The Show Must Go On, du groupe britannique Queen. Rapidement, une polémique enfle (en vidéo) autour de l'influence du producteur de la chanteuse sur le palmarès. Depuis Stephend s'est exilée au Canada, et l'épisode a été oublié.

Le clip récompensé en 1996 par une Victoire a également fait grincer quelques dents puisqu'il s'agit plus d'un sketch que de l'œuvre d'un artiste. Ce sont en effet les Inconnus et leur Auteuil-Neuilly-Passy, le rap des beaux quartiers, qui l'emporte devant Mylène Farmer et Marc Lavoine. C'est la première fois qu'une parodie est récompensée, mais le succès immense de leur album Bouleversifiant les pousse à cette entrée fracassante dans le monde musical.

L'année 1993 est également marquée par une nomination inattendue. Face à l'opéra rock de Catherine Lara, Sand et les Romantiques, c'est finalement la cérémonie d'ouverture et de clôture des JO d'Alberville qui remporte la Victoire du spectacle musical.

Plus décalé encore, c'est pour un clip qui n'était au départ qu'une vidéo amateur diffusée sur internet que Kamini a reçu le prix du meilleur clip en 2007. Grâce à Marly Gomont, le rappeur picard a intégré le prestigieux cénacle de la musique française. Mais sa Victoire de la musique ne lui a pas permis d'y rester puisque l'artiste n'a plus donné de nouvelles musicales depuis 2009.

Parce que leurs catégories ont disparu

Vous ne connaissez ni Jannick Top, ni Bernard Parmegiani ? Pourtant, ce sont de grands noms de la scène musicale française. Le premier est l'ancien bassiste du groupe Magma, devenu arrangeur. Il obtient ainsi une Victoire de la musique en 1986 dans la catégorie "musique de studio". Le second est un célèbre compositeur, récompensé dans la catégorie "musique contemporaine" en 1990 pour son œuvre La création du monde. Les deux catégories ont depuis disparu des palmarès, aujourd'hui plutôt réservés aux interprètes.

En 1985 et 1986, les pochettes d'album étaient également récompensées. Et dans ces cas-là, ce sont les photographes qui sont mis à l'honneur, comme William Klein pour la photo de Serge Gainsbourg maquillé, sur la pochette de Love On The Beat, visible sur Leskeud.com. C'était également une époque où les humoristes, dont les sketchs étaient édités en disque vinyle ou CD, étaient distingués aux Victoires de la musique. La récompense est ainsi revenue à Coluche, Raymond Devos, Smaïn ou encore Valérie Lemercier.

Jusqu'en 2001, les albums et chansons destinés aux enfants étaient également récompensés. Résultat, en 1985, Dorothée fait partie du tout premier palmarès avec Les Petits Ewoks. La preuve que tout le monde a sa place aux Victoires.