"La Mexicaine est déjà descendue" au Théâtre de la Criée, histoire d'une débandade au masculin

"La Mexicaine est déjà descendue", derrière ce titre étrange se cache la nouvelle création de Carole Errante et de la compagnie La Criatura. Présentée du 18 au 24 janvier au Théâtre national de la Criée à Marseille, le spectacle, qui mêle théâtre et danse, s'empare de la question de la virilité. Il interroge sur les stéréotypes qui nous formatent et sur notre capacité à les dépasser.

Etre un homme aujourd’hui, est-ce être libre ? C\'est une des quetsions que pose cette création de la compagnie CriAtura.
Etre un homme aujourd’hui, est-ce être libre ? C'est une des quetsions que pose cette création de la compagnie CriAtura. (France 3 Culturebox (capture d'écran))
Avec un titre aussi énigmatique, pas facile de deviner quelle est l’histoire de ce spectacle. Au cœur du propos, il y a Harold, un marchand d’art trentenaire habitué à séduire, macho, misogyne voire prédateur. Il est entouré de femmes, sa mère Ginger et sa sœur Jeanne, qui attendent de lui beaucoup de choses et notamment qu’il se comporte en homme "viril".

La métaphore de la panne érectile

Une jour, une jeune femme débarque (c'est peut-être elle la Mexicaine) et bouleverse le fonctionnement du trio. Lors d’une soirée particulière, le miroir viril qu’Harold s’était construit va se craqueler, avec comme point de départ une panne érectile. "C’est l’histoire d’une débandade" explique la metteure en scène Carole Errante.

La panne érectile, c’est une métaphore de quelque chose qui va glisser, qui lâche prise. A travers cette panne, Harold va découvrir que les fondements de sa masculinité s’effondrent et qu’on peut être homme autrement.

Reportage : France 3 Marseille - M. Frey / R. Gasc / B. Joubert

Faire parler les hommes 

C’est l’envie d’aborder la question de la virilité d’un point de vue de femme qui a poussé Carole Errante à monter cette création qui mêle théâtre et danse. Mais une longue période de maturation a précédé son écriture avec projet intitulé "Parlez-moi de lui". Dès octobre 2016, des ateliers de théâtre et d’écriture ont été organisés avec des habitants de plusieurs secteurs de Marseille, au total une trentaine d’hommes et de femmes de cultures et d’âges différents. Carole Errante a ensuite confié la matière récoltée pendant ces échanges à une jeune auteure, Perrine Lorne. Son texte intitulé "Chasse à l’homme" a servi de socle à la construction du spectacle.

"J’ai proposé aux participantes initiales d’aller interviewer des hommes" raconte Carole Ferrante. "Nous avons mené un atelier d’écriture pour mettre en place une sorte de questionnaire comme base des entretiens. Elles ont interviewé leurs maris, voisins, amis, collègues de travail etc, dans quatre secteurs de Marseille. Nous avons mis le doigt, de façon ludique, sur la façon des hommes de parler, de marcher et autres comportements."  
(France 3 Culturebox (capture d'écran))

Interroger toutes les normes

Carole Errante a voulu interroger la figure masculine, ses représentations et voir comment on pouvait se libérer de ces figures imposées. Une volonté de casser les codes et les normes qui s'appliquent aussi à la mise en forme de la pièce où un homme joue la mère, un autre pratique le twirling bâton, discipline qu’on pense réservée aux femmes. Et tous se mettent au Voguing, cette danse née aux Etats-Unis, dans les milieux gays afro-américains, vulgarisée par Madonna et qui se moque des stéréotypes de genre.
 
Pour aller au bout de son idée, la metteure en scène s'est appuyée sur une équipe éclectique de comédiens (de la compagnie La CriAtura) et danseurs : Geoffrey Coppini, Axel Escot, Anne Naudon, Maurice Vinçon et Emma Gustafsson, soliste chez Angelin Preljocaj, qui joue le rôle du grain de sable qui va venir remettre en cause le modèle de virilité d’Harold.
(DR)

Et le titre ?

Et pour ceux qui sont frustrés de n'avoir aucune explication concernant le titre, voici ce qu'en dit la metteure en scène Carole Ferrante dans le dossier de présentation : "C’est un titre à tiroirs qui invite chacun à l’interpréter à sa manière. On m’a déjà renvoyé des interprétations les plus diverses. La "Mexicaine" serait une technique de lissage des cheveux, une drogue, une métaphore de la menstruation et tant d’autres. Cela me plaît d’autant plus que l’écriture de Perrine Lorne est assez facétieuse. Elle joue avec les registres et flirte avec le polar. Sans oublier que les Tontons Flingueurs parlent sans cesse d’un certain "Mexicain". 

Peut-être une occasion d'en savoir plus le mercredi 23 janvier à l’issue de la représentation avec un "Bord de scène" en présence de Carole Errante et d'Hervé Castanet, psychanalyste et professeur des Universités.