"Ervart" au Théâtre du Rond-Point : une pièce foutraque mais décevante, malgré Vincent Dedienne

Au Théâtre du Rond-Point, la comédie (car c’est une comédie !) d’Hervé Blutsch, "Ervart ou les derniers jours de Frédéric Nietzsche", nous a laissé perplexe. La mise en scène de Laurent Fréchuret fourmille d’idées, la troupe emmenée par Vincent Dedienne mouille le maillot… Mais la farce tourne court.

Vincent Dedienne dans \"ervart ou les derniers jours de frédéric Nietzsche\"
Vincent Dedienne dans "ervart ou les derniers jours de frédéric Nietzsche" (Christophe Raynaud Delage)

Tragi-comédie

Nous sommes à Turin où Nietzsche aborde son crépuscule, ou à Paris en 2001, à l’heure où les poubelles ont été condamnées après l’attentat des tours jumelles ! Préambule lapidaire de ce qui n’est pourtant pas du tout une tragédie. Et d’ailleurs ce préambule sera suivi d’une séquence drôlatique qui voit trois comédiens britanniques interprétant "La mort d’une poubelle", une pièce sur le terrorisme, réaliser qu’ils se sont trompés de plateau. Fondu au noir et découverte du fameux Ervart, un mari transformé par sa jalousie en terroriste qui met la ville à feu et à sang.
(Christophe Raynaud Delage)

Galerie de portraits frapadingues

Suivra une galerie de personnages pour la plupart frapadingues : un psychanalyste qui croit pouvoir soigner Ervart en citant Sartre, Pascal ou Cioran ; un enquêteur zoophile déguisé en précepteur qui tombe amoureux d’un cheval ; une comédienne au chômage prête à tous les rôles y compris celui de prostituée ; un majordome qui tente de maintenir les apparences et une jolie épouse sans amants mais pianiste à ses heures. Quant à Nietzsche, dont l’importance est réduite au titre, il sort parfois de son bureau sur la pointe des pieds pour jeter son dernier recueil à la poubelle !
(Christophe Raynaud Delage)
Le spectacle qui commencé par un trio anglais se finira par une séquence désopilante autour du Brexit, en forme de coup de pied de l’âne à nos compatriotes. Mais des personnages étranges et quelques scènes burlesques, basculant de surprise en loufoquerie, ne font pas une pièce construite.
(Christophe Raynaud Delage)

Un zeste de Monty Python

Ce jeu de chamboule-tout qui fait parfois penser aux Monty Python, pique notre curiosité au vif avant de lasser par l'absence de liens entre les séquences. Ervart qui se cherche derrière une multitude de portes finit lui-même par s’y perdre, malgré le talent de Vincent Dedienne qui l'interprète. Lui et les autres, notamment Jean-Claude Bolle-Reddat en majordome, auront fait en tout cas leur possible pour combler les manques d’un texte, qui au final ne nous mène nulle part. Ils démontrent une belle vitalité à faire exister leurs personnages foutraques. C’est eux que les applaudissements polis tiennent à remercier.