Privées de festival d'Avignon, les compagnies de théâtre "traumatisées" à la recherche d'alternatives

Les troupes de théâtre vivent l'annulation du festival comme "un traumatisme" et constatent les dégâts d'un été sans Avignon, en quête de solutions pour s'en relever.

Avignon 2019, séance de répétition de la pièce chinoise \"Teahouse\" mise en scène par Meng Jinghui, le 8 juillet 2019
Avignon 2019, séance de répétition de la pièce chinoise "Teahouse" mise en scène par Meng Jinghui, le 8 juillet 2019 (GAO JING / XINHUA / MaxPPP)

"Que va-t-on faire ? Et comment ?" Les compagnies de théâtre pour qui le "off" du festival d'Avignon constitue chaque été un passage incontournable vivent l'annulation de l'édition 2020 pour cause de coronavirus comme "un traumatisme". Elles peinent à faire émerger des alternatives. "Ne pas participer à Avignon, ça change tout", confie à l'AFP Xavier Lemaire, directeur de la compagnie Les Larrons.

Sans Avignon, "tout s'arrête"

Avec près de 1.500 spectacles, plus de 1.000 compagnies et des milliers de professionnels, le festival constitue le plus grand marché du spectacle vivant en France : près de 20% des achats de pièces dans l'Hexagone y sont réalisés. Une sorte de "plaque tournante" à l'instar du "fringe" du festival d'Edimbourg, également annulé.

"Avignon permet une exposition et assure la vente de spectacles, qui permet ensuite d'assurer la production d'autres spectacles. Quand on l'arrête, tout s'arrête", raconte le metteur en scène qui avait trois spectacles programmés pour l'édition 2020 qui aurait dû débuter vendredi 3 juillet. De mars à fin juillet, la compagnie de Xavier Lemaire a perdu 90 dates et 260.000 euros en chiffre d'affaires. Il n'est pas convaincu par l'option de diffuser ses spectacles en ligne, qui "retire l'émotion, alors que le théâtre se construit autour d'une scène et d'un public".

Les troupes subventionnées ont moins de difficultés

Les difficultés ne sont pas les mêmes, entre petites compagnies indépendantes et compagnies subventionnées, celles qui ont déjà une certaine renommée et les plus récentes. Guy-Pierre Couleau, directeur de la compagnie subventionnée Des Lumières et Des Ombres, devait présenter un spectacle au théâtre des Halles, qui fait partie du réseau Scènes d'Avignon. La compagnie n'a pas eu à avancer d'argent pour la location de la salle, une chance à Avignon où les lieux se sont multipliés, se louant parfois à des prix exorbitants. Et malgré "des obligations de résultats" et "d'éducation artistique et culturelle", elle continue de recevoir sa subvention d'environ 80.000 euros.

Aujourd'hui, Guy-Pierre Couleau pense renoncer définitivement à son spectacle. "Pour monter un tel projet, c'est deux ou trois ans de travail. Si jamais je devais repartir, ce ne serait pas avant 2022 ou 2023 et les théâtres nous disent qu'il va y avoir un embouteillage." Une crainte partagée par Julie Timmerman, autrice, metteure en scène et directrice de la compagnie Idiomécanic. Elle n'y jouait pas cette année mais avait prévu des rendez-vous avec des théâtres et des institutions pour préparer l'édition 2021 du festival, une étape "indispensable" selon elle pour attirer directeurs de théâtre et programmateurs. "Comme tout est reporté, je crains qu'il n'y ait pas de place pour ceux qui veulent créer en 2021", dit-elle à l'AFP. "Sachant que la tournée qui est issue d'Avignon, c'est toujours n+1. Si on y va en 2022, on tourne seulement en 2023-2024."

Les mesures de soutien ne suffisent pas à rassurer

À Avignon, beaucoup de théâtres ont proposé aux compagnies de reprendre leur spectacle l'année prochaine. Un fonds d'urgence en direction des salles d'Avignon est également en train d'être mis en place, "à condition qu'elles remboursent les compagnies qui avaient engagé des frais", prévient Pierre Beffeyte, président du festival Off d'Avignon.

Les professionnels du théâtre ont bénéficié des mesures de chômage partiel et de l'année blanche accordée aux intermittents par le président Macron mais certains, comme les auteurs, sont en grande partie exclus des dispositifs d'aide. "On a fait 15 propositions avec le Syndicat national des metteurs en scène pour créer un fonds d'aide parce qu'il faut trouver une manière de dédommager les auteurs sur les dates annulées", souligne ainsi Cyril Le Grix, vice-président de ce syndicat, auprès de l'AFP. "C'est très difficile pour les compagnies d'y voir clair. Il n'y a presque que des cas particuliers et on craint de voir revenir la deuxième vague [de Covid-19, ndlr] alors que le spectacle vivant n'a pas encore commencé à redémarrer, ce serait catastrophique."

Pour offrir aux artistes une visibilité, un projet solidaire, "Avignon Online", a été créé pour tenter de redonner vie virtuellement au festival, offrir des vidéos promotionnelles des spectacles et faire découvrir la programmation des théâtres. Avec comme maigre consolation, du 16 eu 23 juillet, un cycle de lectures d'une quinzaine de textes contemporains inédits est organisé au cloître du Palais des Papes, haut lieu d'Avignon.