Le programme du Festival d'Avignon 2019 donne la voix aux exilés et met à l'honneur les auteurs français

43 spectacles dont 33 créations, 280 levers de rideau. La 73e édition du Festival d'Avignon, qui se déroulera du jeudi 4 au mardi 23 juillet 2019, fera la part belle aux artistes français. Le metteur en scène Kirill Serebrennikov, assigné à résidence à Moscou, sera la star absente du Festival, dont la programmation dévoilée par Olivier Py, veut faire entendre la voix d'exilés et de dissidents.

Le voyage, l'exil, les migrants

L'édition de cette année (4-23 juillet) du plus prestigieux festival de théâtre au monde avec celui d'Edimbourg est beaucoup plus "française" que les précédentes, avec un retour important des auteurs de théâtre. Un "renouvellement esthétique" aussi car plus des deux-tiers des artistes invités ne sont jamais venus au Festival, selon son directeur Olivier Py. La quarantaine de spectacles 2019 ont globalement pour thématique l'Odyssée: le texte d'Homère mais surtout des pièces sur le voyage, l'exil, les migrants.

Le russe Kirill Serebrennikov mettra en scène à distance

Comme il l'a fait récemment pour un opéra monté à Hambourg, Kirill Serebrennikov, enfant terrible du théâtre russe accusé de détournement de fonds et assigné à résidence depuis deux ans, va tenter de monter à distance, à travers ses assistants, la pièce "Outside" sur le photographe chinois Ren Hang, censuré pour son oeuvre osée et qui s'est suicidé à 29 ans en 2017.

Etre le porte voix de ceux qui en sont dépourvus

Deux autres spectacles évoquent la Chine et la dissidence. Chef-d'oeuvre de la littérature chinoise, "La maison de thé" du grand écrivain Lao She, une des premières victimes de la Révolution culturelle, sera mis en scène par Jinghui Meng. "C'est un spectacle grandiose avec 25 acteurs, des décors délirants", a précisé Olivier Py. Le chorégraphe chinois Wen Hui s'associe avec la Tchèque Jana Svobodova pour monter "Ordinary people", une volonté politique forte de faire entendre la voix de ceux qui en sont dépourvus", selon M. Py.
 
Du Brésil, la metteure en scène Christiane Jatahy va mélanger théâtre et cinéma pour raconter des témoignages tirés de ses voyages mais aussi évoquer l'Amazonie et les craintes de destruction sous Jair Bolsonaro. Autre spectacle brésilien, cette fois musical, de Tigana Santana sur la censure et la colonisation.

"Architecture" de Pascal Rambert en ouverture, avec une pleïade de stars

La Cour d'honneur du Palais des papes, lieu de naissance du Festival en 1947 qui a accueilli les plus grands noms du théâtre, sera confiée cette année à l'auteur et metteur en scène français Pascal Rambert avec "Architecture", et une distribution de stars : Emmanuelle Béart, Audrey Bonnet, Jacques Weber, Marina Hand, Stanislas Nordey, Denis Podalydès, entre autres. Le spectacle brosse le portrait d'une famille déchirée, thème de prédilection de Rambert, pour en faire "une métaphore de la famille européenne", selon Py.

La part belle aux artistes français

Quatre jeunes metteurs en scène sont à l'affiche: Clément Bondu avec "Dévotion" qui parle d'un poète qui convoque dans sa chambre tous les exilés du monde; Julie Duclos avec "Pelléas et Mélisande" de Maeterlinck; Maëlle Poésy avec sa version de l'Enéide de Virgile et Tommy Milliot qui met en scène "La brèche", un texte de Naomi Wallace sur le viol d'une adolescente.

La metteure en scène engagée Irène Bonnaud s'empare du dernier scénario de Pasolini qu'il n'a pas pu tourner avant son assassinat: "Amitié", l'histoire extravagante sur un roi mage qui arrive trop tard pour voir le Christ.
 
La franco-roumaine Alexandra Badea présente "Points de non-retour" sur la Guerre d'Algérie, un sujet sensible très peu traitée dans le théâtre français.
 
Spécialiste du théâtre musical, Roland Auzet présentera "Nous l'Europe, banquet des peuples", un texte commandé spécialement pour Avignon à l'écrivain Laurent Gaudé.
 
Macha Makeïeff s'inspire de Lewis Carroll et Daniel Jeanneteau, d'un texte du dramaturge britannique Martin Crimp. Olivier Py lui-même poursuit son travail avec les prisonniers avec "Macbeth", après "Antigone" l'année dernière.

Le feuilleton sur l'Odysée d'Homère 

Tradition du festival, le "feuilleton", un spectacle sur plusieurs jours en plein air est confié à la metteure en scène Blandine Savetier qui déroulera l'Odyssée d'Homère en 13 actes. 

Deux stars de la chorégraphie

Le Britannique Akram Khan fait la deuxième Cour d'honneur avec "Outwitting the devil", sur l'homme qui détruit la planète et son compatriote Wayne McGregor qui va créer un spectacle "autobiographique" en s'inspirant de ses chromosomes.
 
La compagnie de danse basque Kukai Dantza, et deux chorégraphes africains, le Congolais Faustin Liyenkula et Burkinabé Salia Sanou sont également à l'affiche.