Festival Off d'Avignon 2021 : le marathon d'Hervé Pépion, directeur du théâtre d'Issoudun, à la recherche de nouveaux spectacles

Chaque année au Festival Off d’Avignon, des programmateurs viennent repérer les spectacles pour la prochaine saison de leur salle. Hervé Pépion dirige un théâtre dans l’Indre, il s’est donné trois jours pour dénicher de nouvelles pièces qui pourraient plaire à son public.

Article rédigé par
Jérémie Laurent-Kaysen - franceinfo Culture
France Télévisions Rédaction Culture
Publié
Temps de lecture : 6 min.
Hervé Pépionn directeur et programmateur de l'EPCC d'Issoudun.  (JEREMIE LAURENT-KAYSEN)

Le Festival Off d’Avignon est une opportunité pour les compagnies de théâtre de se faire connaître et de vendre leurs dernières créations. Chaque année, des professionnels des quatre coins de la France viennent assister à des représentations pour élaborer la nouvelle saison de leur salle de spectacle. Le temps d'une matinée, nous avons suivi Hervé Pépion, directeur et programmateur du théâtre d'Issoudun, dans son marathon avignonnais.

Un rythme effréné

A 9h du matin, l’espace ALYA, petit village théâtral de la rue Guillaume Puy à Avignon, est encore calme et paisible. Hervé Pépion nous y a donné rendez-vous, c’est dans ce théâtre que commence sa course folle. Directeur et programmateur de l’établissement de coopération culturel (EPCC) d’Issoudun, l’homme d’une quarantaine d'années gère plusieurs salles de spectacle, et n’a pas une minute à perdre. "Et encore, j’ai ralenti le rythme cette année ! C’est peut-être parce que je vieillis", précise-t-il, amusé. Habillé d’un pull bleu marine, pour lutter contre le mistral matinal, d’un jeans et d’une paire de baskets, il est prêt à enchaîner en trois jours ses 21 spectacles réservés. "Je vais peut-être m’en ajouter d’autres encore parce que je constate que j’ai des trous à certains endroits" confie-il en regardant son planning imprimé sur de grandes feuilles blanches .

Si Hervé Pepion s’inflige un tel rythme, c’est qu’il doit trouver les pépites qui composeront la saison 2022-2023 de son théâtre, le centre culturel Albert Camus. Avec ses 700 places, l’espace accueille une quarantaine de représentations par an. "La prochaine saison 2021-2022 est déjà bouclée. Avec la pandémie, on a eu beaucoup de report. La programmation s’est faite rapidement mais de façon assez compliquée parce qu’il a fallu tout réorganiser avec les compagnies".

"On se file les bons tuyaux"

Pour faire son programme, Hervé Pépion se rend à des festivals, à Avignon ou au Chainon manquant à Laval, et se déplace aussi tout au long de l’année dans des théâtres nationaux. "Je fais beaucoup de 'One shot', je vais en Ile-de-France mais aussi à Tours, à Orléans pour parfois une seule pièce… Je veux absolument voir les spectacles avant de les programmer". Il fait également partie de plusieurs réseaux, comme Scen'o centre qui rassemble l’essentiel des programmatrices et programmateurs de la région Centre. Entre collègues, peu de rivalité et beaucoup de conseils. "L’année dernière j’ai vu un spectacle extraordinaire que je n’ai pas pu programmé dans mon théâtre pour des raisons techniques. Alors je l’ai laissé à un collègue !" explique-t-il. "À Avignon, c’est pareil, on est plusieurs à y être, à enchaîner les spectacles, et on se file les bons tuyaux".

Face aux 1070 spectacles proposés au Off d’Avignon, Hervé Pépion doit choisir ses représentations avec efficacité : Il suit les conseils de ses collègues, se réfère à la réputation des théatres et évalue le prix d'achat du spectacle. "Quand on vient à Avignon depuis plusieurs années, on sait où aller : espace Alya, Présence Pasteur, le 11, le Train Bleu… Ce sont des théâtres qui choisissent leur programmation. Donc on se concentre là-dessus !". En dehors de la notoriété des comédiens et des metteurs en scène, les partenaires et soutiens sont aussi des données à prendre en compte. Membre de la commission des experts théâtre à la DRAC ( direction régionale des Affaires culturelles), l’Issoldunois regarde toujours si la compagnie est soutenue par la région ou par un organisme renommé. "Mais parfois on cède aussi à la surprise ! Il m’arrive d’aller voir certaines pièces simplement parce qu’elles m’intriguent" précise-t-il. 

Programmation pour tous les publics

Ce matin, Hervé Pépion a réservé deux spectacles : Bric à Brac, du théâtre de la Vallée et Fin de service de la compagnie Cavalcade. Le premier est à destination d’un très jeune public et le second est une comédie dramatique. "Bric à Brac est réalisé par une compagnie très soutenue par la DRAC et la région Ile-de-France", développe-t-il. "Le spectacle dure 25 minutes, il est fait pour des enfants d’un an donc une cible difficile… On va très vite voir si ça tient la route !".

S’il garde quelques critères de sélection en tête, Hervé Pépion fonctionne surtout au coup de coeur : "J’ai une programmation pluridisciplinaire, allant du concert de Métal à un spectacle pour les tout-petits. Je suis donc assez libre ! Mais il faut aussi que je m’adapte à mon public tout aussi varié que les spectacles proposés". Issoudun est une ville de 13 000 habitants et fait face à une grande concurrence : elle se trouve à 25 minutes de la scène nationale de Châteauroux, à 30 minutes du théâtre de Vierzon et à 15 minutes du Pôle Régional Chanson Les Bains-Douches. "On a un public assez volatile. 60% sont issus du bassin issoldunois et 40% circulent et viennent des villes alentours".

Analyse de la pièce et du public

Aujourd’hui, Hervé Pépion se rend à six spectacles, du théâtre Artéphile au Train Bleu. Dans la petite salle de l’espace ALYA qui accueille Bric à Brac, une dizaine de spectateurs accompagnent des enfants en bas âge. "Je regarde autant le public que le spectacle : j’ai besoin de voir comment les personnes réagissent" murmure-t-il avant que le spectacle ne commence. Pendant la représentation, les enfants rient en entendant les tintillements de clochettes, sont fascinés par les battements d’ailes d’un petit oiseau mécanique et restent attentifs jusqu’à ce que leurs parents et grands-parents applaudissent. Pour Hervé Pépion, c’est une réussite : "Je suis très content ! Le spectacle est rythmé et efficace. Je pourrais potentiellement le programmer pour notre salon du livre jeunesse. En plus le décor ne prend pas beaucoup de place, il serait facile à intégrer à un espace".

Après une petite pause cigarette, il est déjà temps pour le directeur de l’EPCC d’Issoudun de filer au théâtre La Luna pour le prochain spectacle. Il est comme un poisson dans l’eau dans les rues d’Avignon. "C’est ma 8e année ici ! Ce qui est atypique par rapport à mes autres collègues, c’est que j’ai travaillé pendant 24 ans en compagnie. Donc j’ai pu vivre le festival de différentes manières ! ".

Fin de service de la compagnie Cavalcade offre un bon moment d’amusement. La pièce raconte l’histoire d’une femme aisée qui s’ennuie terriblement dans sa villa et dont la seule compagnie est celle de son fidèle domestique, Cork. Un spectacle plaisant mais qu’Hervé Pépion ne programmera pas. "Ce n’est pas vraiment le genre de pièce qui me fait vibrer, j’aime le théâtre beaucoup plus contemporain. Mais je trouve que c’est merveilleusement bien exécuté et le public a beaucoup ri ! Donc je soutiendrai la compagnie auprès de la DRAC sans hésiter".

À midi, Hervé Pépion a déjà vu deux spectacles, et se prépare pour son troisième qui commence dans un peu plus d’une heure. Il profite toujours du déjeuner pour discuter avec ses collègues ou pour rencontrer des metteurs en scène avec qui il aimerait bien travailler. "On a le beau rôle quand on est programmateur, je n’ai pas à me plaindre ! On est invité tout le temps pour aller voir des spectacles. Il y a quand même pire gère plusieurs vie". 

Au termes de ces trois jours de festival, le programmateur du théâtre d'Issoudun a finalement eu trois coups de coeur : le spectacle de danse TumulTe de Bruno Pradet aux Hivernales, le concert jeune public d'Alain Schneider Mundo pataquès au théâtre de l'Arrache-Coeur et la pièce de théâtre Jubiler de Pierre Notte et Denis Lachaud à l’Artephile.

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