Festival d’Avignon : "La dernière nuit du monde", une science-fiction de Laurent Gaudé terriblement vraisemblable !

Comment l’invention d’une pilule pour ne plus dormir va modifier radicalement nos modes de vie. Un spectacle concernant, convaincant et d’une grande beauté formelle, de l’écrivain Laurent Gaudé, mis en scène et interprété par le Belge Fabrice Murgia (le directeur du Théâtre national Wallonie-Bruxelles). 

Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Culture
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
"La dernière nuit du monde", interprétatation et mise en scène de Fabrice Murgia (© KURT VAN DER ELST | KVDE.BE)

Dans la chaude et belle nuit d’Avignon, sous les deux platanes plus que centenaires du Cloître des Célestins, la nouvelle sonne comme une oraison funèbre : la mise sur le marché d’une pilule va nous permettre de dormir seulement 45 minutes et ainsi "désengorger le jour".

Fabrice Murgia, présence forte et fébrile, est Gabor, la tête pensante du lancement de cette pilule. L’auteur des slogans et des arguments chocs proférés par sa patronne sur les plateaux de télévision du monde entier. La résistance s’organise autour du mouvement Nuit noire et d’un enfant à naître. On apprend peu à peu que Gabor est à la recherche de son épouse Lou qui a disparu. L’histoire intime et la marche de l’Histoire s’entremêlent.

La nuit fragmentée 

Le texte de Laurent Gaudé, qui se veut une dystopie nous happe tant il devance de peu la marche de nos sociétés occidentales et leurs villes sursaturées de lumière. Inspiré par l’essai de Jonathan Crary, 24/7 Le capitalisme à l’assaut du sommeil, Laurent Gaudé dépeint de façon très concrète ce que "la nuit fragmentée" induit comme déviances et menaces : la productivité à outrance et l’exploitation qui en découle, le trop de vie, la fatigue qui laisse place à l’usure... Une invention "qui change la façon dont l’espèce humaine va habiter le temps".

La pièce, qui démarre comme un thriller, devient une fiction romanesque mais réussit à tenir le fil. Pendant deux heures Murgia nous tient en haleine, racontant les événements dans un carré de lumière. Derrière lui, un écran où apparaissent en gros plan les autres personnages. A cour, un studio d’enregistrement où est assise Lou (Nancy Nkusi, vibrante et d'une étourdissante beauté). De la neige recouvre la scène.

Nancy Nkusi dans "La dernière nuit du monde" (© KURT VAN DER ELST | KVDE.BE)

 Fabrice Murgia et Nancy Nkusi remarquables

Fabrice Murgia poursuit, avec cette nouvelle aventure théâtrale, son observation de la solitude et de la déshumanisation de notre temps. Protéger la nuit, fonction vitale qui différencie l’homme et la machine : La dernière nuit du monde nous alerte et emporte notre adhésion. Par l’écriture de Laurent Gaudé, par la mise en scène habitée de Fabrice Murgia, tout aussi remarquable comédien, et par la si douce présence de Nancy Nkusi. A un bémol près : on aurait préféré à l'épilogue un peu mièvre une conclusion plus radicale.  

"La dernière nuit du monde" de Laurent Gaudé, mise en scène et interprétation de Fabrice Murgia, et Nancy Nkusi
7, 8, 9, 10, 12, 13 juillet 2021 à 22h
Durée 2 heures
Cloître des Célestins
Festival d'Avignon

4 représentations supplémentaires au Cloître des Carmes : 17, 18, 19, 20 juillet 

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