Eric Dupond-Moretti à la barre... mais au théâtre : "Il n'y a pas d'homme indéfendable"

En 35 ans de plaidoiries, l'avocat Eric Dupond-Moretti a obtenu 150 acquittements. Il a défendu les puissants comme les faibles. Son style direct a fait de lui une star du Barreau. Après le cinéma, Eric Dupont-Moretti monte sur les planches. Il sera à partir du 16 janvier au théâtre de la Madeleine dans "Eric Dupond-Moretti à la barre".

Eric Dupond-Moretti invité de France2
Eric Dupond-Moretti invité de France2 (France 2 / culturebox)
Cela fait 35 ans qu'Eric Dupond-Moretti marque de sa carrure et de son verbe les prétoires. Après avoir goûté au cinéma avec Claude Lelouch, il monte sur les planches pour livrer ses vérités dans "Eric Dupond-Moretti à la barre". Philippe Lellouche, le metteur en scène de son spectacle le décrit comme "un punk, le contraire du politiquement correct, qui fait de telles démonstrations de ses idées qu'on ne peut qu'être d'accord avec lui."  

Laurent Delahousse a choisi d'ouvrir son entretien avec le film préféré d'Eric Dupond-Moretti : "La Bonne Année" de Claude Lelouch avec Lino Ventura : "C'est un chef d'oeuvre. Parce que Ventura, parce que Lelouch. Kubrick dit que c'est un des plus grands films au monde. Je pense que c'est vrai".

L'avocat se trouve de nombreux points communs avec Lino Ventura : origines italiennes, famille modeste, ascension sociale et... les silences. "Le silence souligne le dernier mot prononcé et ça annonce le prochain."

C'est l'enjeu qui distingue l'exercice d'avocat de l'exercice théâtral ou cinématographique. Il y a la situation de l'innocent qui est condamné puis il y a la situation de l'homme qui est trop lourdement condamné, qui reconnaît les faits et ça aussi c'est une injustice."

Il n'y a pas d'homme indéfendable 

Eric Dupond-Moretti a été l'avocat des anonymes d'Outreau comme de Jérôme Kerviel, d'Yvan Colona comme de Jérôme Cahuzac ou Mohamed Merah. "D'abord on ne choisit pas ses clients ce sont les clients qui vous choisissent. Moi je n'ai jamais défendu de causes je défends des hommes. Quand vous défendez un innocent aux yeux de l'opinion public vous êtes un type très bien ; quand vous défendez un salaud aux yeux de l'opinion publique vous êtes un salaud"

Lelouch admiratif

En 2017, à 56 ans, Eric Dupond-Moretti a fait ses débuts au cinéma dans le film de Claude Lelouch "Chacun sa vie".

Une salle d'audience c'est le plus beau théâtre du monde. On a droit qu'à une représentation ; il faut être bon dès la première prise. Je suis allé le voir plaider plusieurs fois et me suis dit : c'est sûrement un immense, un colossal acteur que j'ai très envie de faire tourner.Claude Lelouch

Du vin et des faucons

Quand il ne va pas d'un prétoire à l'autre de l'hexagone, Eric Dupond-Moretti aime passer du temps dans ses vignes au dessus de Collioure. Il a donné à l'une de ses cuvées le nom de son ancien mentor : "Furbury". Son autre passion : la fauconnerie sur laquelle il reste très discret.

Une société hyper-moralisatrice

S'il monte sur une scène de théâtre c'est aussi pour faire part de ses coups de gueules, de ses indignations: "On évoque cette société hyper moralisatrice qui nous contraint en permanence au manichéisme : c'est tout blanc ou tout noir et où tout est sujet à polémique." Dans ce manichéisme permanent l'avocat pointe du doigt la montée des communautarismes, la guerre des sexes qui s'intensifie, fumeurs contre non-fumeurs, mangeurs de viande contre vegan, chasseurs contre anti-spécistes.

Il y a une traduction judiciaire de tout ça. La justice d'aujourd'hui n'est pas celle que j'ai connu il y a trente ans. Elle est beaucoup plus répressive, beaucoup moins nuancée.
 

Puis Eric Dupond-Moretti va plus loin : "Il y a de nouveaux juges et de nouveaux journalistes qui se sont donnés le mot parce que nous exigeons aujourd'hui la transparence ; le jardin secret est suspect, le secret l'est aussi. Il y a de vraies dérives qui nous amènent à moins de libertés.

Les Gilets jaunes qu'est ce que ça veut dire?

Issu d'un milieu populaire, le ténor du barreau reconnaît faire partie des élites qui sont, aujourd'hui la cible d'attaques, voire de haine : "Ce qui se passe aujourd'hui est le fruit de 40 ans de frustrations mais ce qui me dérange dans ce qui s'exprime aujourd'hui c'est qu'on n'a pas de revendications claires ; on n'a pas non plus de porte-parole clair et cela ne peut pas aboutir à un dialogue.

Je vois trois types à la télévision ; le premier dit "Macron doit démissionner", le deuxième dit : "pas du tout il faut dissoudre l'Assemblée", le troisième dit (sic) "Macron est un Arabe". Qu'est ce qu'on fait avec ça comme discussion? On va où? Comment on progresse et on discute... Il y a des choses qu'on doit entendre et des choses qui sont manifestement le fruit d'une frustration."


"Peut-être que les politques communiquent trop au sens médiatique du terme. Les gens ont parfois le sentiment qu'on n'est pas dans le naturel, dans le direct, j'ai presque envie de dire dans le brutal, qu'on est dans la circonvolution. L'élite est dans une forme de communication convenue et ça ça dérange.

Sauvagerie du terrorisme et conséquences

Lui qui a entendu les cris de gens appelant à la mort de Christian Ranucci ou de Patrick Henri s'alarme d'entendre ces cris qui reviennent aujourd'hui dans la rue ou dans les cahiers de doléances.

Le terrorisme c'est sans doute ce qui pouvait nous arriver de plus grave. Certains estiment qu'à la sauvagerie du terrorisme il faut répondre par la sauvagerie. C'est un certain nombre de choses qu'on essaie d'analyser de disséquer dans ce que nous allons faire avec Adrien Raccah (l'auteur de la pièce) et Philippe Lellouche"