En confrontation avec la mairie de Nanterre, Philippe Quesne va quitter la direction du Théâtre des Amandiers

Le metteur en scène et actuel directeur du Centre dramatique national de Nanterre a annoncé son intention de quitter l'institution. Dans un entretien accordé à Libération, il revient sur les raisons de son départ.

Philippe Quesne en 2014, au début de sa mandature comme directeur du Théâtre des Amandiers.
Philippe Quesne en 2014, au début de sa mandature comme directeur du Théâtre des Amandiers. (THOMAS SAMSON / AFP)

Ambiance tendue à Nanterre. Alors qu'il dirigeait le célèbre Théâtre des Amandiers depuis 2014, Philippe Quesne a annoncé le 12 juillet à Avignon qu'il ne renouvellerait pas son mandat à la tête de la prestigieuse institution du théâtre français. Deux jours plus tard, dans un entretien acccordé à Libération, le metteur en scène s'est justifié, révélant une relation très tendue avec l'actuel maire de Nanterre, Patrick Jarry.

"Mépris absolu"

"Ciao ! C'est pas ça la gauche !" a-t-il déclaré au quotidien. Visiblement assez remonté, Philippe Quesne ne veut plus travailler avec la mairie de la ville. Patrick Jarry, le maire DVG (ex-PCF), "m’a tout de suite dit qu’il ne comprenait pas ce qu’on programmait et n’a cessé de formuler un mépris artistique absolu envers nous" raconte-t-il

Moi, j’aime programmer. A force de râler qu’en France, il n’y a pas de ligne artistique dans les théâtres, j’ai aimé en proposer une.Philippe QuesneLibération

Une ligne artistique qui n'a pas semblé plaire à la mairie, qui, bien qu'elle ait reconnu de "belles créations", reproche une trop grande déconnexion avec le territoire, les habitants et les associations. Et ce malgré Atlas, une des créations participatives proposées par les Amandiers qui avait mobilisé 100 habitants de la ville. Des créations "trop rares" selon la mairie. 

Un ministère de la Culture de plus en plus absent

Selon les propos de Philippe Quesne, toujours recueillis par Libération, le ministère de la Culture assure de moins en moins sa mission de médiation entre le CDN et la mairie. "Des crispations entre un directeur de théâtre et un maire, ça arrive, mais on est dans une époque qui va se durcir, et où il n’y a plus d’arbitrage de l’Etat" explique-t-il.

Le théâtre des Amandiers à Nanterre en 2008.
Le théâtre des Amandiers à Nanterre en 2008. (DAVID-ULRICH JURQUET / AFP)

La direction de Philippe Quesne depuis 2014 n'aura pas été un long fleuve tranquille. Il avait été nommé en tandem avec Nathalie Vimeux. Celle-ci quitta son poste au bout de six mois. Ses relations avec son équipe, confrontée à un revirement esthétique brutal par rapport à son prédécésseur Jean-Louis Martinelli, n'étaient pas des plus fluides non plus. Mais Quesne défend son bilan : "Dès les deux premières années – ce qui est rare – on a renouvelé les spectateurs (près de 40% de moins de 30 ans), on a des comptes à l’équilibre, on produit 80% de ce qu’on montre".

Un lien "affaibli" avec la population

Immédiatement après le parution de l'entretien à charge, la mairie de Nanterre a publié un communiqué pour se défendre des accusations de Philippe Quesne et renvoyer les coups. Elle dénonce l'absence de consultation du maire dans le renouvellement du contrat de Philippe Quesne par le ministère de la Culture en 2017, se défend d'être intervenu dans les choix artistiques du scènographe et confirme son principal reproche à la direction de théâtre.

Pour la mairie, "le lien entre le Théâtre des Amandiers et Nanterre, sa population, ses acteurs culturels s’est beaucoup affaibli. A titre d’exemple, on notera que la proportion de spectateurs Nanterriens est tombée à 10%, alors que la part du public originaire de la ville est de 41% au Centre dramatique national de Montreuil, de 38% au Théâtre Gérard Philippe de Saint-Denis, de 36% au théâtre de la Commune d’Aubervilliers"

Philippe Quesne quittera ses fonctions le 31 décembre 2020, le processus de candidature pour une nouvelle direction devrait débuter très prochainement.