"Des masques et pas de contact, le théâtre est la seule respiration vitale" : le metteur en scène Julien Gelas se félicite de la Semaine d’art en Avignon

Le théâtre du Chêne Noir, théâtre permanent et emblématique d’Avignon, est associé à la Semaine d’art qui permet de découvrir des spectacles qu’on aurait dû voir en juillet au festival, annulé en raison de la pandémie. Rencontre avec son directeur, qui adapte et met en scène "Le Horla" d’après Maupassant.

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France Télévisions Rédaction Culture
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Julien Gelas, metteur en scène et co-directeur du Théâtre du Chêne Noir (JULIEN GIOVANNUCCI)

Le metteur en scène Julien Gelas transpose la nouvelle de Maupassant Le Horla dans notre monde en pleine mutation où le virtuel prend tant d’importance. Le narrateur, victime d’un prédateur invisible dans l'oeuvre originale, devient ici un directeur de start-up qui cherche le savoir absolu à travers l’intelligence artificielle et qui, peu à peu, voit toutes ses certitudes s’évanouir : est-il sous l’emprise de son avatar ou est-il en train de devenir fou ? Cette version contemporaine du Horla, tout en étant fidèle à l’esprit de Maupassant, fonctionne et questionne. Rencontre avec Julien Gelas qui se félicite de la tenue de la Semaine d’art en Avignon. 

Franceinfo Culture : cette Semaine d’art en Avignon a rassemblé sous la même bannière le festival In, dirigé par Olivier Py, et les théâtres permanents, dont le vôtre. C’était important ?

Julien Gelas : pour nous ça a été un motif de joie, de reconquête. Nous avons été privés de notre festival d’Avignon, notre bébé, notre moment de bonheur absolu, qui nous permet de tenir toute l’année. Nous, théâtres permanents, avec le festival In, on s’est dit qu’il fallait trouver une réponse à ça, une sorte de pansement. On a dû encaisser un couvre-feu au milieu, mais le public est là. Les gens se pressent, il y a une résistance. C’est un symbole aussi, car la Semaine d’art remonte à l’après-guerre lorsque Jean Vilar a voulu ramener de la joie après le désastre. C’est un peu là où on en est aujourd’hui mais l’histoire n’est pas terminée, il va falloir être patient. Ces moments d’oxygène nous font du bien.

Julien Gelas, co-directeur du Théâtre du Chêne Noir adapte et met en scène "Le Horla" d'après Maupassant (JULIEN GIOVANNUCCI)

Vous avez travaillé main dans la main avec Olivier Py et son équipe ?

Oui, car sur cette semaine il n’y a pas vraiment de festival off, quelques-unes des propositions se sont greffées. Nous, théâtre permanents, avons échangé constamment avec le festival In, ce qui n’était jamais arrivé avant. Olivier Py, le Chêne Noir et les autres scènes d’Avignon se sont serrés les coudes. On est heureux de voir que ça répond bien.

Vous vous êtes glissé dans la nouvelle de Maupassant, c’est un texte prophétique selon-vous ?

Oui, Le Horla est un texte prophétique, il parle de notre présent alors qu’il a été écrit il y a 150 ans. J’ai essayé de suivre mes intuitions, il y avait juste à déplacer la réflexion, car c’est une pièce sur l’aliénation, un terme bien d’aujourd’hui. J’y ai ajouté notre rapport aux machines en général et à l’intelligence artificielle en particulier qui est complexe, à la fois source de liberté et d’aliénation. Je trouvais qu’il y avait matière avec le texte de Maupassant à nous poser cette question : qu’est-ce que l’invisible ?

"Le Horla" d'après Maupassant (Théâtre du Chêne Noir)

Le prédateur invisible de la nouvelle aurait-il envahi nos vies sans qu’on en prenne conscience ? 

Nous sommes portés vers le virtuel qui est aussi l’invisible, nous sommes reliés à une sorte de maelstrom qu’on appelle internet, qu’on appelle ce qu’on veut. L’intelligence artificielle c’est tout ça, et je trouvais en effet que la problématique soulevée par Maupassant est puissante, actuelle. Ce texte est un chef d’œuvre.

On trouve aussi la thématique de l’épidémie dans votre adaptation...

J’ai ajouté la problématique de l’épidémie alors que j’ai rédigé le texte il y a un an et demi, je l’ai gardé car hélas, on y est… Mais Le Horla est aussi une réflexion sur le savoir et les limites de nos connaissances, sur les limites de la raison. Je pense qu’on est dans une époque faussement rationnelle, traversée par des affects, des émotions, on est dans cette problématique là avec Maupassant.
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Arrivez-vous à envisager un festival d’Avignon pour l’été prochain ?

Hélas il n’y a pas de prophétie ! J’espère de tout cœur que nous aurons un festival, au pire avec des restrictions. Je m’attends un peu à ça. Ce qui va être très difficile à vivre et à organiser. Mais on s’en contenterait presque…

Le théâtre doit vivre, malgré tout ?

Toujours, il faut le dire et le redire et là nous avons une ministre de la Culture exemplaire qui le répète : c’est une respiration vitale. Aujourd’hui on des masques, on n’est plus en contact, mais voir des artistes c’est une respiration pour le cerveau, c’est vital. Ce n’est pas juste un divertissement. C’est vital parce que ça nous apprend à penser.

"Le Horla" d'après Guy de Maupassant
Adaptation, mise en scène et scènographie Julien Gelas
Avec Damien Rémy
Théâtre du Chêne Noir
24 et 25 octobre à 16h

8 bis rue Saint Catherine, Avignon
04 90 86 74 87

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